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NECROLOGIE - YEMEN

Hadi, président d'un Yémen qui n'existait déjà plus

NECROLOGIE - YEMEN

Il est mort dans l'anonymat relatif d'une résidence saoudienne. Abdrabbo Mansour Hadi, ancien président du Yémen, a succombé à une crise cardiaque le 28 mai 2026 à Riyad, à l'âge de 80 ans. Le roi Salmane et le prince héritier Mohammed ben Salmane ont présenté leurs condoléances à la délégation yéménite. Un geste protocolaire pour un homme que l'Arabie saoudite avait accueilli onze ans plus tôt, non par amitié, mais par calcul géopolitique.

Cette mort en exil dit presque tout de ce que fut la présidence Hadi : un destin subi plus que construit, une trajectoire façonnée à chaque étape par les décisions des autres.

Né en 1945 dans le village de Thukain, en province d'Abyan — alors sous protectorat britannique —, il choisit la carrière militaire et se forma en Égypte puis en Union soviétique, comme nombre d'officiers du Sud-Yémen de sa génération. Rien dans ce parcours ne le distinguait comme un futur chef d'État. C'est la violence interne du régime marxiste d'Aden qui fit de lui ce qu'il devint. En janvier 1986, les factions au pouvoir s'entre-déchirèrent dans une purge sanglante. Fidèle au camp perdant, celui du président destitué Ali Nasser Mohammed, Hadi dut fuir vers le Nord et se plaça sous la protection d'Ali Abdallah Saleh à Sanaa. C'est là, dans l'ombre du chef nordiste, qu'il reconstruisit sa carrière — patiemment, sans éclat.

La réunification de 1990, puis la guerre civile de 1994 — quand le Sud tenta de faire sécession — lui fournirent l'occasion de se rendre indispensable. Son rôle militaire dans l'écrasement de la sécession lui valut la vice-présidence en octobre 1994. Pendant dix-sept ans, il occupa ce poste avec une discrétion qui tenait autant au tempérament qu'aux règles du jeu : Saleh ne partageait pas le pouvoir, il le distribuait en contrôlant jalousement ce qu'il cédait.

Le Printemps arabe de 2011 rompit cet équilibre. Les protestations de masse réclamèrent le départ de Saleh après plus de trois décennies au pouvoir. Blessé lors d'un attentat en juin 2011, ce dernier fut évacué en Arabie saoudite et finit par accepter, dans le cadre d'un accord négocié par le Conseil de coopération du Golfe, de transmettre le pouvoir. Hadi fut élu président en février 2012, candidat unique d'une transition par définition incertaine, pour un mandat de deux ans censé déboucher sur une nouvelle architecture institutionnelle.

Ce qu'il trouva à Sanaa n'était pas un État, mais un champ de mines. Les réseaux de Saleh continuaient de traverser l'armée et l'économie. Le dialogue national qu'il pilota produisit un projet de fédéralisation en six régions qui mécontenta à peu près tout le monde — Houthis, mouvements sudistes, élites tribales du Nord. Hadi n'avait ni les relais tribaux, ni le charisme, ni la brutalité nécessaires pour imposer un cadre dans un pays aussi fragmenté.

La suite fut rapide. À l'automne 2014, les Houthis marchèrent sur Sanaa avec la complicité d'unités restées acquises à Saleh, profitant à la fois du mécontentement populaire contre la hausse des prix et de la paralysie d'un gouvernement sans base réelle. La capitale tomba presque sans combat. En janvier 2015, sous pression, Hadi annonça sa démission, avant de s'échapper de sa résidence surveillée pour rejoindre Aden, où il rétracta cette même démission. Le 25 mars 2015, il gagnait Riyad. Une coalition menée par l'Arabie saoudite lançait dans le même temps ses premières frappes contre l'avancée houthie.

L'exil dura onze ans. Hadi conserva la reconnaissance internationale comme président légitime du Yémen, ce qui signifiait concrètement peu de chose : son autorité réelle s'était évaporée au profit des Houthis au nord, des séparatistes du Conseil de transition du Sud, et d'une coalition saoudienne dont les propres objectifs divergeaient des siens. En avril 2022, Riyad lui força la main : il transféra ses pouvoirs à un Conseil de direction présidentiel présidé par Rashad al-Alimi, entérinant la fin de ce qui restait de son rôle exécutif.

Hadi n'aura pas survécu à la résolution du conflit qu'il n'a jamais su — ni pu — contenir. Le Yémen qu'il laisse est fracturé entre plusieurs autorités rivales, sa population étranglée par l'effondrement des infrastructures et des finances publiques. Ce n'est pas lui seul qui a échoué : les parrainages extérieurs, les ambitions des factions armées et la désintégration de l'État yéménite ont chacun leur part. Mais il reste le nom au sommet pendant les années où tout s'est défait.