Vendredi 29 mai 2026. Les pavillons bleu et blanc de Saint-Marin descendent à mi-mât sur les pentes du mont Titano. Mariella Mularoni, secrétaire d'État à la Santé et à la Sécurité sociale de la plus ancienne république du monde, vient de mourir à 63 ans d'une longue maladie — qu'elle avait menée de front avec ses dossiers jusqu'aux dernières semaines.
Elle n'était pas entrée en politique par les grandes portes. Professeure d'anglais au lycée d'État de Titano, elle avait passé les premières décennies de sa carrière à former des générations d'élèves saint-marinais dans une communauté de trente-quatre mille habitants où l'interconnaissance tient lieu de capital politique. C'est ce réseau invisible, tissé tableau noir après tableau noir, qui constituera plus tard le socle de sa légitimité électorale.
Son adhésion au Parti démocrate-chrétien date de 1994. Une formation qui domine la vie institutionnelle du micro-État depuis l'après-guerre, enracinée dans la doctrine sociale catholique et une gestion prudente des finances publiques. Elle en gravit méthodiquement les échelons avant de rejoindre le Grand Conseil général en 2012, réélu en 2016.
Le sommet arrive en septembre 2019. Le parlement lui confie la capitainerie-régence — cette magistrature suprême bicéphale dont les origines remontent à 1243, exercée à deux pendant six mois. Elle prête serment le 1er octobre aux côtés de Luca Boschi. Six mois plus tard, la pandémie de Covid-19 déferle sur l'Émilie-Romagne voisine. Le mandat se termine en état d'urgence : décrets de confinement, fermeture des frontières, économie locale à l'arrêt.
L'épisode ne l'épuise pas — il la propulse vers Strasbourg. De 2020 à 2024, elle siège à l'Assemblée parlementaire du Conseil de l'Europe, au sein de la commission de la culture et des médias. Deux prises de position retiennent l'attention : son soutien à une déclaration exigeant le blocage des procédures d'extradition de Julian Assange, et sa cosignature d'une motion réclamant le transfert médical de l'ancien président géorgien Mikheïl Saakachvili. Des positions inhabituelles pour une petite nation souveraine habituée à la prudence diplomatique.
En juin 2023, la coalition au pouvoir la rappelle au gouvernement. Elle hérite d'un portefeuille massif : santé, sécurité sociale, égalité des chances, innovation technologique. L'infrastructure hospitalière saint-marinaise souffre de son vieillissement démographique et d'une dépendance structurelle aux spécialistes italiens. Elle lance des chantiers de numérisation des protocoles médicaux, renégocie des accords de coopération transfrontalière, tente de stabiliser les caisses de retraite.
La maladie la rattrape en plein effort réformateur. Elle choisit de ne pas en informer l'institution, continuant à valider les arbitrages budgétaires, à convoquer les directeurs d'hôpitaux, à signer les décrets. La résistance physique force le respect de ses collaborateurs. Le 29 mai 2026, le Grand Conseil général lève sa session en cours à l'annonce de sa mort. Les hommages traversent tous les clivages partisans.
Dans son bureau de la Santé, les dossiers sont restés tels qu'elle les avait laissés.