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PEROU - JOUR DE VOTE

Le Pérou choisit — sans certitude

PEROU - JOUR DE VOTE Source : Facebook des candidats

Quand Lima dormait encore, les Péruviens de Sydney, Tokyo et Séoul glissaient déjà leur bulletin dans l'urne. La diaspora d'Océanie et d'Asie a ouvert ce second tour avant la capitale. À 7 heures du matin, heure de Lima, les 90 223 tables de scrutin ont pris le relais dans tout le pays, sous le contrôle de 28 772 inspecteurs du Jury national des élections.

Le choix se résume à deux visions inconciliables du pouvoir. Keiko Fujimori, fille de l'ancien président Alberto Fujimori, condamné pour violations des droits humains, contre Roberto Sánchez, ex-ministre du Commerce extérieur et candidat de la gauche coalysée au sein de Juntos por el Perú. Au premier tour du 12 avril, Mme Fujimori avait fini en tête avec 17,2 % des voix, M. Sánchez second avec 12 %. Ce dernier n'avait dépassé le maire de Lima, Rafael López Aliaga, que d'environ quatorze mille bulletins — sur plus de 99 % des procès-verbaux dépouillés. Le JNE avait proclamé ces résultats le 17 mai, ouvrant trois semaines d'une campagne à vif.

Les sondages, interdits de publication depuis le 1er juin, ne tranchaient rien. Ipsos créditait Mme Fujimori de 51,4 % des voix valides, M. Sánchez de 48,6 %. CPI mesurait 32,5 % contre 29,1 % — un écart inférieur à la marge d'erreur de 2,8 points. L'IEP penchait vers 36 % contre 30 %. Surtout, 22,6 % des électeurs sondés par CPI affirmaient encore vouloir voter blanc. Une indécision qui, à ce niveau, vaut verdict d'incertitude.

Le dossier sécurité a dominé toute la campagne. Les extorsions frappent les transporteurs, les commerçants et les agriculteurs avec une intensité qui en a fait le premier sujet de l'élection. Lors du débat du 31 mai au Centre de conventions de Lima, les deux candidats ont défendu des réponses aux antipodes. Mme Fujimori a plaidé pour la fermeté : peines alourdies, renforcement des forces de l'ordre. M. Sánchez a retourné le prisme et mis en cause la corruption, dénonçant une « mafia politique » qui gangrène les institutions — Fuerza Popular et le Congrès en ligne de mire directe.

Le face-à-face a pesé. Selon une enquête Datum Internacional pour *El Comercio*, 57 % des Péruviens le jugeaient déterminant pour leur vote. Les commentateurs ont estimé que M. Sánchez avait su exploiter la méfiance qui colle au parti adverse, tandis que Mme Fujimori, donnée favorite, n'avait pas su creuser l'écart. L'enjeu pour elle dépasse ce scrutin : c'est son quatrième second tour consécutif, après les défaites de 2011, 2016 et 2021. Aucune autre figure de la vie politique péruvienne n'a enchaîné pareille série d'échecs au seuil du palais présidentiel. Le 27 mai à Huancayo, des bombes lacrymogènes avaient dispersé la foule tandis que des drapeaux orange de Fuerza Popular brûlaient dans la ville andine — rappel brutal que le nom Fujimori reste une ligne de fracture, pas simplement un héritage.

Cette fracture épouse une géographie précise. Lima plaçait Mme Fujimori en tête avec 52,2 % selon Ipsos ; le Pérou rural votait Sánchez à 53,9 %. La carte n'a pas changé depuis 2011 : les seconds tours péruviens rejouent inlassablement l'affrontement entre une capitale tournée vers les marchés et un arrière-pays andin qui n'a jamais digéré ni le fujimori­sme ni les institutions qu'il incarne. L'incarcération puis la grâce d'Alberto Fujimori, condamné pour crimes contre l'humanité, a resurgi au débat du 31 mai avec une acrimonie intacte.

Les deux camps ont clos leur campagne le 4 juin. Mme Fujimori a réuni ses partisans à l'Arena Monumental d'Ate. « Cette campagne, ce sont les Péruviens qui veulent un avenir meilleur qui l'ont faite », a-t-elle déclaré, prenant soin d'effacer sa propre silhouette. À quelques kilomètres, M. Sánchez s'est adressé à ses supporters sur l'avenida de la Peruanidad, au Campo de Marte de Jesús María, revendiquant l'héritage de l'ancien président Pedro Castillo et promettant la reconnaissance de la dette sociale des enseignants et la gratuité d'accès à l'enseignement supérieur.

La journée se déroule sous tension maîtrisée. La loi sèche est en vigueur depuis samedi matin ; la diffusion de sondages reste interdite. La Présidence du Conseil des ministres a exhorté les citoyens à respecter le résultat, et le JNE a demandé aux deux partis d'attendre les chiffres « avec patience et responsabilité » — formule qui en dit long sur la nervosité des états-majors.

Les bureaux ferment à 17 heures. L'ONPE activera son portail à 18 heures, mais les premiers résultats officiels ne sont pas attendus avant 23 heures. Le vainqueur prendra ses fonctions le 28 juillet, fête nationale, face à un Congrès fragmenté et à une opinion épuisée : six présidents en moins de dix ans. Ce matin, ni les analystes ni les états-majors des deux camps ne se hasardaient à désigner un nom.