Le drapeau de l'hôtel de ville d'Hamilton est en berne depuis jeudi. Sir John Swan est mort à 90 ans dans un établissement de soins palliatifs, emportant avec lui le dernier titre de « Héros national » vivant de l'archipel — une distinction accordée en 2016 pour ce qu'aucun de ses successeurs n'a osé refaire : transformer un paradis touristique de l'Atlantique en capitale mondiale de la réassurance.
Le point de départ n'avait rien d'une trajectoire fléchée. Enfant, ses difficultés scolaires lui valurent le diagnostic humiliant d'un retard intellectuel, avant qu'une sévère dyslexie ne soit identifiée. Ses parents — classe moyenne noire bermudienne, méthodes spartiates — lui apprirent à compenser ce qu'il ne pouvait lire par ce qu'il pouvait dire. Cette mémoire orale forcée, ce verbe travaillé dans l'adversité, allait devenir l'instrument de toute une carrière. Il décrocha un diplôme au West Virginia Wesleyan College. À vingt ans, il était de retour aux Bermudes.
La John W. Swan Agency, fondée en 1962, n'était pas une simple agence immobilière. C'était un projet de classe. Swan construisait des maisons pour faire accéder la communauté noire à la propriété ; en dix ans, son empire s'était étendu à l'architecture, au développement foncier, au crédit immobilier. Le 141 Front Street, premier immeuble de dix étages de Hamilton, porta sa signature. Quand il entra au Parlement en 1972 sous les couleurs du United Bermuda Party, personne ne se demanda vraiment pourquoi il y allait — la question était plutôt de savoir combien de temps il lui faudrait pour atteindre le sommet.
Il lui fallut dix ans. Une crise interne à l'UBP le propulsa à la tête du gouvernement en janvier 1982. Il avait 46 ans. Il allait rester au pouvoir treize ans et demi, une longévité qu'aucun de ses successeurs n'a approchée.
L'intelligence politique de Swan ne tenait pas à une idéologie, mais à un diagnostic. Il avait compris avant les autres que le tourisme bermudien était un pari perdant face à la concurrence caribéenne et à la hausse des coûts insulaires. Il cherchait autre chose — et il le trouva dans la finance internationale. La Convention fiscale entre les États-Unis et les Bermudes, entrée en vigueur en 1988, en est l'acte fondateur. Négociée pied à pied avec l'administration Reagan, soutenue par des alliés soigneusement cultivés au Congrès, elle exonéra les compagnies d'assurance bermudiennes de certaines taxes fédérales américaines. Ce que cet accord déclencha, l'île en vit encore aujourd'hui : des milliards de capitaux, des sièges sociaux, une transformation sociale et urbanistique irréversible. Sir John Swan — chevalier commandeur de l'Empire britannique depuis lors — aimait citer Rudyard Kipling pour décrire sa méthode : savoir marcher avec des rois sans perdre le contact avec le peuple. L'actuel Premier ministre David Burt a repris la formule à son compte pour saluer sa mémoire, sans ironie apparente.
La limite du règne Swan est venue de lui-même. Convaincu que la maturité économique des Bermudes appelait une émancipation politique, il organisa en 1995 un référendum sur l'indépendance et y engagea tout son capital. Près de 74 % des votants rejetèrent la rupture avec Londres — crainte de l'incertitude, attachement au parapluie diplomatique britannique. Swan avait promis de partir en cas d'échec. Il tint parole. Son départ précipita le lent déclin de l'UBP, qui perdit le pouvoir quelques années plus tard face au Parti travailliste progressiste.
L'après-pouvoir ne ressembla pas à une retraite. Philanthrope, patron de théâtre, promoteur inlassable de la revitalisation du front de mer de Hamilton, Swan continua de peser sur l'establishment bermudien avec l'autorité des gens qui n'ont plus rien à prouver. À 88 ans, il tenta un retour électoral lors d'une élection partielle, termina deuxième, et en tira non pas une déception mais un plan : monter la People's Independent Coalition pour les élections générales de février 2025. Ni lui ni ses candidats n'obtinrent de siège. Qu'importe — le seul fait de l'avoir tenté agit comme un rappel aux deux partis traditionnels : quelqu'un regardait.
Un mois avant sa mort, il accordait sa dernière grande interview à la Bermuda Broadcasting. Il ne parlait pas de ses défaites électorales ni de l'indépendance manquée. Il parlait du traité fiscal de 1986. « Nous sommes passés de grands concurrents dans le domaine du tourisme à de grands concurrents dans le domaine des affaires internationales », dit-il d'une voix affaiblie. La phrase tenait en une ligne. Elle résumait soixante ans.