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BAHAMAS - ANNIVERSAIRE

Philip Davis, le bâtisseur de Cat Island qui a fait des Bahamas une voix du climat

BAHAMAS - ANNIVERSAIRE Source : Facebook du PM

Le 12 mai 2026, peu avant minuit, Philip Edward Davis monte sur l'estrade devant ses partisans réunis à Nassau. Le Progressive Liberal Party vient de remporter une large majorité à la Chambre d'assemblée, et l'homme de 74 ans s'apprête à devenir le premier Premier ministre bahaméen reconduit pour un second mandat consécutif depuis Hubert Ingraham en 1997. Il choisit pourtant de s'adresser d'abord à ceux qui ne l'ont pas soutenu : « À ceux qui ont voté aujourd'hui mais pas pour nous, je veux que vous sachiez que je vous ai écoutés, que je vous ai entendus, et que je continuerai à travailler dur pour tous les Bahaméens. » Deux jours plus tard, le 14 mai, il prêtait serment pour la deuxième fois.

L'homme qui dirige cet archipel de 400 000 habitants est né le 7 juin 1951 à Nassau, aîné de huit enfants d'une famille pauvre. Son père, Brave Edward Davis, était pompier originaire de Cat Island ; sa mère, domestique venue de Great Exuma. Le surnom qui le suit toute sa vie, « Brave », il le tient de ce père. Élevé en partie chez ses grands-parents à Cat Island, scolarisé ensuite à Nassau, il travaille dès l'âge de sept ans, passe par le bâtiment et un emploi à la banque Barclays avant de bifurquer vers le droit. Admis au barreau en 1975, il bâtit une carrière d'avocat réputé, préside la Bahamas Bar Association et reçoit le titre de Queen's Counsel en 2015.

Sa trajectoire politique épouse celle de son parti. Bénévole de campagne dès 1967, il est élu député de Cat Island, Rum Cay et San Salvador lors d'une partielle en 1992, perd son siège en 1997, le reconquiert en 2002 et ne l'a plus lâché. Vice-Premier ministre et ministre des Travaux publics sous Perry Christie entre 2012 et 2017, il prend la tête du PLP en octobre 2017 avant de conduire le parti à la victoire en septembre 2021, en pleine sortie de la crise économique provoquée par la pandémie — le pire choc subi par le tourisme bahaméen depuis des décennies.

C'est sur la scène internationale que Davis s'est forgé une stature qui dépasse la taille de son pays. Devenu l'une des voix les plus écoutées des petits États insulaires, il martèle depuis la COP26 que les pollueurs doivent payer. À l'Assemblée générale des Nations unies, en septembre 2024, il résumait la position des îles menacées par la montée des eaux : « Nous ne demandons pas l'aumône, mais un coup de main. Même le meilleur nageur se noie s'il est laissé seul dans une mer déchaînée. » Quelques semaines plus tard, à la COP29, il dénonçait le déséquilibre des priorités mondiales : les États « trouvent rapidement des sommes vertigineuses pour les balles et les bombes, mais ne font tinter que de la menue monnaie quand il s'agit de financer les pertes et préjudices ».

Sa campagne de 2026, elle, s'est jouée sur le terrain domestique : coût de la vie, logement, criminalité, accès aux soins. À l'approche du scrutin, Davis a supprimé la TVA sur les produits alimentaires en épicerie, mesure jugée insuffisante par l'opposition de Michael Pintard. Le scrutin lui-même fut avancé pour éviter la saison cyclonique, et la Chambre est passée de 39 à 41 sièges avec la création de deux nouvelles circonscriptions.

Réélu, Davis a annoncé le 18 mai l'un des cabinets les plus étoffés de l'histoire bahaméenne, autour de son vice-Premier ministre Chester Cooper et du ministre des Finances Michael Halkitis. Le mandat qui s'ouvre court jusque vers 2031. Reste à savoir si l'avocat de Cat Island, devenu vétéran de la diplomatie climatique, parviendra à convertir ses plaidoyers de tribune onusienne en résultats tangibles pour les Bahaméens qui, eux, attendent surtout que baisse le prix du panier.