Quand Roosevelt Skerrit prête serment comme Premier ministre de la Dominique, le 8 janvier 2004, il a 31 ans et devient le plus jeune chef de gouvernement de la planète. Vingt-deux ans plus tard, en mai 2026, il occupe toujours le fauteuil. Depuis l'éviction de Ralph Gonsalves à Saint-Vincent-et-les-Grenadines en novembre 2025, il est même devenu le dirigeant démocratiquement élu le plus ancien encore en exercice dans le monde. Peu de chefs de gouvernement traversent une telle longévité ; encore moins l'ont entamée aussi jeune.
Né le 8 juin 1972 à Roseau, Skerrit a étudié aux États-Unis, à l'Université d'État du Nouveau-Mexique puis à l'Université du Mississippi, où il obtient en 1997 des diplômes de psychologie et d'anglais. Il fête aujourd'hui ses 54 ans.
Enseignant de formation, il entre au Parlement en février 2000 comme député de Vieille Case, circonscription qu'il représente encore. Le destin le propulse au sommet par un drame : la mort en fonction du Premier ministre Pierre Charles, en janvier 2004, ouvre une succession que le très jeune ministre finit par emporter à la tête du Dominica Labour Party.
Depuis, les victoires se sont enchaînées : 2005, 2009, 2014, puis 2019, où son parti rafle 18 des 21 sièges, et décembre 2022, où il en remporte 19. Ce dernier scrutin, convoqué par anticipation, fut toutefois marqué par une participation historiquement faible — environ 32 %, la première fois que moins de la moitié des électeurs dominicais se déplaçaient — l'opposition ayant largement boycotté le vote pour protester contre l'absence de réforme électorale.
Deux dossiers dominent l'ère Skerrit. Le premier est le programme de citoyenneté par investissement, ces « passeports » que la Dominique vend depuis 1993 et dont il a fait un pilier budgétaire : la mesure aurait représenté près de 37 % du PIB lors de l'exercice 2022-2023. Le dispositif a été resserré en juin 2024, dans un effort coordonné entre les cinq États caribéens concernés, après des années de critiques. Une enquête d'Al Jazeera en 2019 avait allégué des pratiques opaques entourant la vente de passeports diplomatiques ; ces accusations n'ont jamais débouché sur une condamnation.
Le second dossier est né d'une catastrophe. Le 18 septembre 2017, l'ouragan Maria, de catégorie 5, dévaste l'île. Cinq jours plus tard, à la tribune des Nations unies, Skerrit prononce une phrase restée célèbre : « Je viens à vous tout droit de la ligne de front de la guerre contre le changement climatique. » Il y annonce que la Dominique deviendra « la première nation résiliente au climat du monde » — un engagement formalisé fin 2017 avec la Banque mondiale et la création de l'agence CREAD. C'est cette ambition, plus que toute autre, qui définit l'image internationale de l'île de 70 000 habitants.
Le printemps 2026 confirme que le dirigeant n'a rien perdu de sa combativité. En mai, à l'approche du 70e anniversaire du Dominica Labour Party célébré le 1er juin, Skerrit a vigoureusement défendu la réforme électorale de son gouvernement, adoptée en mars 2025, affirmant que le parti ne laisserait pas l'opposition « affaiblir » le pays. Cette réforme avait pourtant provoqué des manifestations violentes et vingt-quatre arrestations, attirant en avril 2025 l'inquiétude de la Commission interaméricaine des droits de l'homme. Le mois de mai a aussi vu le Conseil kalinago contester publiquement la version du Premier ministre sur une réunion post-catastrophe, après le passage d'un système météorologique sur le territoire autochtone fin avril.
Sur le terrain économique, Skerrit a qualifié d'« encourageantes » les conclusions de la consultation du FMI de mars 2026. En janvier, son gouvernement avait conclu avec Washington un accord pour accueillir des demandeurs d'asile expulsés des États-Unis. À 53 ans, l'enseignant devenu doyen des dirigeants démocratiques continue d'avancer sur deux fronts : faire de son île un modèle climatique mondial, et tenir une opposition qui l'accuse, scrutin après scrutin, de verrouiller le jeu.