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UN JOUR, UN PAYS

Monténégro, vingt ans d'indépendance et un cap fixé sur Bruxelles

UN JOUR, UN PAYS Source : EPOC - création IA

Le 21 mai 2026, le Monténégro a soufflé ses vingt bougies. Deux décennies plus tôt, jour pour jour, 55,5 % des électeurs avaient choisi par référendum de quitter l'union avec la Belgrade et de redevenir un État souverain, franchissant de justesse le seuil de 55 % fixé par l'Union européenne pour valider le scrutin. Pour marquer l'anniversaire, le président Jakov Milatovi? a répété l'objectif devenu mantra national : faire de son pays de 623 000 habitants le prochain membre de l'Union, à l'horizon 2028. Le slogan « 28 by 28 » — devenir le 28e État membre d'ici 2028 — a même été peint sur le fuselage d'un avion de la compagnie aérienne nationale.

Le pays porte son relief dans son nom. Monténégro, « montagne noire », désigne les massifs sombres qui dominent l'arrière-pays adriatique. Sur à peine 13 800 kilomètres carrés se concentrent des paysages d'une rare densité : les bouches de Kotor, golfe profond enchâssé entre les parois calcaires et classé au patrimoine mondial, le canyon de la Tara, le plus profond d'Europe, le massif du Durmitor couronné de lacs glaciaires, et le lac de Skadar, le plus vaste des Balkans, partagé avec l'Albanie. Une mince bande littorale, de Budva à Sveti Stefan, attire chaque été une foule de touristes venus de toute l'Europe, faisant du tourisme le moteur d'une économie de petite taille.

Cette géographie escarpée a longtemps tenu lieu de rempart. Là où l'Empire ottoman a soumis l'essentiel des Balkans pendant des siècles, les hauteurs monténégrines ont abrité une principauté qui n'a jamais été pleinement conquise. Gouverné par des princes-évêques de la dynastie Petrovi?-Njegoš, le pays cultive une identité de résistance, célébrée dans son épopée nationale. Le Congrès de Berlin reconnaît son indépendance en 1878, et en 1910 Nicolas Ier se proclame roi. L'aventure monarchique est brève : après la Première Guerre mondiale, le Monténégro est absorbé par le royaume des Serbes, Croates et Slovènes, future Yougoslavie.

Le XXe siècle fond le destin monténégrin dans celui de la fédération yougoslave de Tito, dont il devient l'une des six républiques. Quand la Yougoslavie se disloque dans le sang au début des années 1990, Podgorica fait un choix qui le distingue de la Croatie ou de la Bosnie : il reste arrimé à la Serbie au sein d'une Yougoslavie croupion, puis d'une éphémère union d'États en 2003. Mais le divorce mûrit. Le référendum du 21 mai 2006 consacre la séparation, négociée sans guerre, fait notable dans une région qui en a tant connu.

L'indépendance ouvre une longue ère dominée par un homme, Milo ?ukanovi?. Tour à tour Premier ministre et président pendant près de trois décennies, fondateur du Parti démocratique des socialistes, il incarne à la fois l'arrimage à l'Occident et un système de pouvoir critiqué pour ses zones d'ombre. C'est sous son impulsion que le Monténégro adhère à l'OTAN en 2017, malgré l'hostilité de Moscou et les accusations d'une tentative de coup d'État déjouée la veille des législatives de 2016, attribuée à des réseaux pro-russes. L'adhésion à l'Alliance atlantique scelle l'ancrage géopolitique du pays.

Le tournant intérieur vient des urnes. En 2020, le PDS perd le pouvoir pour la première fois depuis l'instauration du multipartisme. En 2023, Jakov Milatovi?, économiste issu du mouvement Europe maintenant, déloge ?ukanovi? de la présidence, et sa formation arrive en tête des législatives. Le gouvernement dirigé par Milojko Spaji? affiche une priorité unique : l'Europe. Le Monténégro, candidat depuis 2010 et en négociation depuis 2012, est aujourd'hui considéré comme le plus avancé des prétendants des Balkans occidentaux. Le pays utilise d'ailleurs l'euro depuis des années, adopté unilatéralement bien qu'il ne fasse pas partie de la zone euro.

Les chiffres récents donnent du corps à l'ambition. La dernière conférence d'adhésion, le 17 mars 2026, a permis la fermeture provisoire du chapitre 21, consacré aux réseaux transeuropéens. Podgorica espère clore l'ensemble des chapitres de négociation d'ici la fin de l'année 2026, étape décisive avant une adhésion pleine et entière. À Bruxelles, plusieurs voix accompagnent ce mouvement : en avril 2026, le ministre belge des Affaires étrangères Maxime Prévot estimait que « le Monténégro fait déjà partie de la famille européenne ».

Les obstacles n'ont pas disparu. La société reste traversée par la question des relations avec la Serbie et l'Église orthodoxe serbe, par des clivages identitaires entre Monténégrins et citoyens se déclarant serbes, et par les exigences européennes en matière d'État de droit, de lutte contre la corruption et le crime organisé. La petite taille du pays, atout pour la rapidité des réformes, le rend aussi vulnérable aux ingérences extérieures.

Vingt ans après le référendum de 2006, le Monténégro a transformé une indépendance arrachée de quelques dixièmes de point en une candidature de tête. Reste l'échéance que tout un pays s'est fixée, et qu'un avion promène désormais dans le ciel des Balkans. Personne, à Podgorica, ne veut envisager que 2028 puisse passer sans le 28e fauteuil.