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UN JOUR, UN PAYS

Ouganda, la « perle de l'Afrique » sous le même homme depuis quarante ans

UN JOUR, UN PAYS Source : EPOC - création IA

Le 15 janvier 2026, les Ougandais ont voté. Trois jours plus tard, la commission électorale proclamait la réélection de Yoweri Museveni avec 71,65 % des suffrages, contre 24,72 % pour son principal rival, le chanteur devenu opposant Bobi Wine. À 81 ans, dont quarante passés au pouvoir, l'ancien chef de guérilla entamait ainsi un septième mandat. Les Nations unies ont décrit un scrutin tenu dans un climat d'intimidation et de répression généralisées, marqué par l'arrestation de figures de l'opposition. Aucune élection n'a jamais retiré le pouvoir à Museveni depuis qu'il s'en est emparé en 1986.

Le pays qu'il dirige a longtemps inspiré les superlatifs. Winston Churchill l'avait surnommé « la perle de l'Afrique », séduit par sa végétation luxuriante et la variété de ses paysages. Posé sur l'équateur, sans accès à la mer, l'Ouganda déploie sur quelque 241 000 kilomètres carrés une géographie d'eau et d'altitude. Au sud s'étend sa part du lac Victoria, le plus grand lac d'Afrique ; à Jinja, le Nil Blanc s'échappe de ce réservoir pour entamer son interminable course vers l'Égypte. À l'ouest, le long de la vallée du Rift, les monts Rwenzori, ces « montagnes de la Lune » que les Anciens situaient aux sources du fleuve, culminent à plus de 5 000 mètres sous des glaciers d'altitude équatoriale. La forêt impénétrable de Bwindi abrite près de la moitié des gorilles de montagne encore vivants, ressource précieuse pour un tourisme à fort potentiel.

Avant la colonisation, ce territoire n'était pas un vide politique mais une mosaïque de royaumes structurés. Le plus puissant, le Buganda, dont le souverain porte le titre de kabaka, donnait son nom à la région et finirait par le prêter au pays tout entier. Le Bunyoro, le Toro et l'Ankole complétaient cet ensemble de monarchies rivales. Lorsque les Britanniques établissent leur protectorat en 1894, ils s'appuient sur l'aristocratie bugandaise, gravant dans l'administration coloniale des déséquilibres régionaux dont l'Ouganda n'a jamais cessé de payer le prix.

L'indépendance, acquise en 1962, n'apporte pas la stabilité. Le Premier ministre Milton Obote entre rapidement en conflit avec le kabaka Mutesa II, premier président du pays, qu'il finit par chasser. En 1971, un officier nommé Idi Amin renverse Obote et installe l'une des dictatures les plus sanglantes du continent. Son régime expulse en 1972 la communauté asiatique, colonne vertébrale du commerce national, et précipite l'économie dans l'effondrement, tandis que les exécutions se comptent par dizaines de milliers. Renversé en 1979 par une intervention tanzanienne, Amin laisse un pays exsangue, qui replonge dans la guerre civile sous un second mandat d'Obote.

C'est de cette guerre qu'émerge Yoweri Museveni. À la tête de l'Armée de résistance nationale, il mène une guérilla de brousse et entre dans Kampala en janvier 1986. Ses premières années suscitent un réel espoir : retour de la sécurité, reconstruction économique, lutte précoce et saluée contre le sida. L'Ouganda redevient fréquentable, courtisé par les bailleurs occidentaux. Mais l'homme s'installe. Les limites de mandats présidentiels sont supprimées en 2005, puis la limite d'âge en 2017, levant les derniers obstacles constitutionnels à sa longévité. Son parti, le Mouvement de résistance nationale, quadrille l'État.

Face à lui, une nouvelle génération s'est levée. Robert Kyagulanyi, connu sous le nom de scène de Bobi Wine, ancien musicien populaire devenu député puis candidat, incarne la colère d'une jeunesse qui n'a jamais connu d'autre dirigeant. Plus de trois quarts des Ougandais sont nés après l'arrivée de Museveni au pouvoir. Les campagnes électorales de 2021 puis de 2026 ont été émaillées d'arrestations, de violences et d'entraves à la liberté de réunion, l'opposition dénonçant un scrutin verrouillé d'avance.

Derrière la longévité du régime, l'économie dessine l'enjeu des prochaines années. Le café demeure le premier produit d'exportation, mais la découverte de gisements pétroliers sur les rives du lac Albert a changé la donne. Le projet d'oléoduc devant acheminer ce brut jusqu'au port tanzanien de Tanga, soutenu par des intérêts français et chinois, cristallise les espoirs de revenus de Kampala autant que les critiques des défenseurs de l'environnement et des populations déplacées. L'Ouganda accueille aussi l'une des plus grandes populations de réfugiés du continent, venus du Soudan du Sud et de la République démocratique du Congo voisine, fardeau humanitaire qui pèse sur ses régions frontalières.

La question que personne ne pose ouvertement à Kampala est celle de l'après. À 81 ans, Museveni n'a désigné aucun successeur clair, même si l'ascension de son fils, le général Muhoozi Kainerugaba, placé à la tête de l'armée et coutumier de déclarations fracassantes, alimente l'hypothèse d'une transmission familiale du pouvoir. Le septième mandat ouvert en janvier 2026 doit courir jusqu'en 2031. Museveni aurait alors 86 ans, et la perle de l'Afrique aurait passé quarante-cinq ans entre les mains d'un seul homme.