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PANAMA - ANNIVERSAIRE

José Raúl Mulino, le juriste maritime qui défend le canal de Panama face à Washington

PANAMA - ANNIVERSAIRE Source : Facebook du PR

En décembre 2024, Donald Trump, alors président élu, évoque l'idée que les États-Unis « reprennent » le canal de Panama, dénonçant ses tarifs et une supposée influence chinoise. À l'autre bout de l'isthme, José Raúl Mulino répond sans détour : la souveraineté du Panama sur sa voie d'eau « n'est pas négociable ». Le bras de fer entre le milliardaire de la Maison-Blanche et l'avocat panaméen allait dominer la première année de son mandat — et il n'est pas terminé.

Né le 13 juin 1959 à David, dans la province de Chiriquí, Mulino est un juriste spécialisé en droit maritime, formé à l'Universidad Católica Santa María La Antigua puis titulaire d'un master de l'Université Tulane, en Louisiane. Il fête aujourd'hui ses 67 ans.

Diplomate et ministre, il a été vice-ministre puis ministre des Affaires étrangères au début des années 1990 sous Guillermo Endara, avant de devenir l'un des proches de Ricardo Martinelli, sous lequel il dirige le ministère du Gouvernement et de la Justice, puis celui de la Sécurité publique entre 2010 et 2014.

Son accession à la présidence tient à un concours de circonstances. Colistier de Martinelli pour la liste Realizando Metas, il se retrouve propulsé tête d'affiche lorsque l'ancien président est déclaré inéligible en mars 2024, à la suite d'une condamnation pour blanchiment d'argent. Martinelli, réfugié à l'ambassade du Nicaragua, reporte son soutien sur son lieutenant. Le 5 mai 2024, Mulino l'emporte avec 34,23 % des voix, devant Ricardo Lombana et Martín Torrijos, dans un scrutin à la participation record de près de 78 %. Investi le 1er juillet 2024 pour cinq ans, il gouverne sans vice-président, particularité de sa configuration constitutionnelle. Quant à Martinelli, il a quitté l'ambassade nicaraguayenne en mai 2025 pour gagner la Colombie, où Gustavo Petro lui a accordé l'asile.

La pression américaine a redéfini la diplomatie panaméenne. Après la visite du secrétaire d'État Marco Rubio en février 2025, Mulino a annoncé le retrait du Panama de l'initiative chinoise des Nouvelles Routes de la soie — une première en Amérique latine. La question des ports a suivi : le groupe hongkongais CK Hutchison, qui exploitait deux des cinq terminaux du canal, a vu sa concession annulée en février 2026 à la suite d'un audit et d'un arrêt de la Cour suprême panaméenne. En avril 2025, un mémorandum de coopération avec le secrétaire à la Défense Pete Hegseth a rétabli une présence rotationnelle américaine sur d'anciennes bases et garanti un transit prioritaire aux navires de guerre des États-Unis, le gouvernement insistant sur le respect de la souveraineté nationale.

Le dossier le plus récent illustre l'équilibrisme de Mulino entre les deux puissances. Le 29 mai 2026, le président s'est dit confiant dans le renouvellement d'un accord maritime sino-panaméen qui expire cette année, après que Pékin eut durci ses contrôles sur les navires battant pavillon panaméen en représailles à l'annulation de la concession Hutchison. Trois jours plus tôt, à New York, les chefs de la diplomatie chinoise et panaméenne s'étaient rencontrés pour apaiser les tensions — un échange que Mulino a salué comme « sans aucun doute un pas transcendantal ».

Sur le front intérieur, deux chantiers le mobilisent. La mine de cuivre Cobre Panamá, exploitée par First Quantum et fermée depuis l'invalidation de son contrat en 2023, attend son sort : Mulino a promis d'annoncer une décision d'ici juin 2026, après avoir autorisé l'exportation du minerai déjà extrait. Et la réforme de la sécurité sociale, promulguée en mars 2025, a déclenché une vague de grèves de quatre-vingt-un jours, conduisant le gouvernement à décréter l'état d'urgence dans la province de Bocas del Toro et à couper internet pendant dix jours en juin 2025.

À 66 ans, le juriste de Chiriquí gouverne un pays dont la voie d'eau reste l'enjeu d'une rivalité sino-américaine qui le dépasse. Sa décision sur Cobre Panamá, attendue dans les prochaines semaines, dira si la fermeté qu'il affiche face à Washington s'accompagne d'une stratégie économique capable de tenir.