Le 6 mai 2026, à Kinshasa, lors d'une conférence de presse organisée en marge de la Journée internationale de la liberté de la presse, Félix Tshisekedi entrouvre une porte que la Constitution congolaise voudrait fermée. « Je n'ai pas sollicité le troisième mandat, mais je vous le dis, si le peuple veut que j'aie un troisième mandat, j'accepterai. » La phrase, soigneusement enveloppée, relance un débat brûlant sur une révision constitutionnelle, alors même que l'est du pays reste ravagé par la guerre.
Né le 13 juin 1963, Félix-Antoine Tshisekedi Tshilombo est le fils d'Étienne Tshisekedi, opposant historique aux régimes de Mobutu Sese Seko puis de Joseph Kabila et figure tutélaire de la contestation congolaise. Il fête aujourd'hui ses 63 ans.
Longtemps exilé en Belgique, le fils prend la tête de l'Union pour la démocratie et le progrès social après la mort de son père en 2017, avant d'accéder à la présidence en janvier 2019, au terme d'une transition contestée avec Kabila. Réélu fin décembre 2023 avec un score officiel de 73 %, il entame un second mandat sous le signe d'une crise sécuritaire majeure.
Car c'est l'est de la République démocratique du Congo qui définit aujourd'hui sa présidence. Début 2025, l'offensive du M23, mouvement soutenu par le Rwanda, a connu une accélération foudroyante : prise de Walikale et de Minova en janvier, chute de Goma le 30 janvier, puis de Bukavu le 16 février. Pour la première fois depuis 1998, les deux capitales provinciales du Kivu tombaient simultanément, le M23 contrôlant désormais les deux rives du lac Kivu. La déroute des Forces armées congolaises a contraint Kinshasa à chercher une issue diplomatique.
Deux pistes parallèles ont alors été ouvertes. La première, sous médiation américaine, a abouti aux Accords de Washington : signés au niveau ministériel le 27 juin 2025 par Thérèse Kayikwamba Wagner pour la RDC et Olivier Nduhungirehe pour le Rwanda, ils prévoient le retrait des troupes rwandaises, la fin du soutien congolais aux rebelles hutu du FDLR et un cadre d'intégration économique adossé aux minerais critiques — la RDC fournissant plus de 70 % du cobalt mondial. Le texte n'a été paraphé au niveau des chefs d'État, par Tshisekedi et Paul Kagame en présence de Donald Trump, que le 4 décembre 2025. La seconde piste, conduite par le Qatar à Doha, a réuni le gouvernement et l'AFC/M23 autour d'un accord-cadre signé le 15 novembre 2025, dont le mécanisme de suivi du cessez-le-feu a été officialisé le 2 février 2026.
Sur le terrain, pourtant, la paix demeure largement théorique. En mars 2026, le Trésor américain a sanctionné des officiers supérieurs rwandais pour leur soutien au M23, tandis qu'une réunion à Washington fixait un calendrier de relance dont la mise en œuvre reste incertaine. Le processus de Doha s'est grippé, Kinshasa et les rebelles s'accusant mutuellement de violer le cessez-le-feu, et le gouvernement congolais attribuant la paralysie à l'attention du médiateur qatari accaparée par la crise au Moyen-Orient. Tshisekedi s'est rendu à Doha le 2 avril 2026 pour tenter de relancer la machine.
Les combats, eux, n'ont pas cessé. En mai 2026, malgré les engagements, les affrontements se sont multipliés : le 6 mai dans la plaine de la Ruzizi, le 13 mai sur les hauts plateaux de Fizi et Mwenga, le 25 mai à Masisi. Les Nations unies ont alerté sur l'usage croissant de drones dans les opérations militaires, qui met en danger les populations civiles. Le 30 mai, le vice-ministre Samuel Mbemba plaidait devant le Sénat français pour la fin des violations des droits humains dans l'Est.
À deux semaines de son anniversaire, Tshisekedi gouverne donc sur deux fronts qui se contredisent : une diplomatie de la paix saluée à Washington et à Doha, et une guerre qui se poursuit dans les collines du Kivu. Sa déclaration sur un éventuel troisième mandat ajoute une inconnue politique à cette équation militaire. Le prochain test sera l'exécution effective des accords avant la fin 2026 ; à Goma comme à Bukavu, peu de Congolais parient encore sur leur calendrier.