Le 13 mai 2025, c'est Yamandú Orsi lui-même qui annonce au pays la mort de José Mujica. L'ancien président, figure morale de la gauche uruguayenne et fondateur du mouvement dont Orsi est issu, s'éteint à 89 ans dans sa ferme de Rincón del Cerro, emporté par un cancer de l'œsophage. Le gouvernement décrète trois jours de deuil national et des funérailles d'État ; plus de quarante mille personnes défilent au Parlement. Pour le nouveau chef de l'État, investi à peine deux mois plus tôt, c'est la disparition de la figure tutélaire qui l'avait porté. « Quel que soit le sujet, il y revenait toujours », dira Orsi de son mentor — Mujica ramenait tout, « même les fleurs ou l'agriculture », au sens de ce que signifie vivre.
Né le 13 juin 1967 à Canelones, Yamandú Ramón Antonio Orsi Martínez fut d'abord professeur d'histoire. Il fête aujourd'hui ses 59 ans.
Formé comme enseignant, il s'est imposé en politique par l'échelon local, devenant intendant — l'équivalent d'un gouverneur départemental — de Canelones, le deuxième département le plus peuplé du pays. Membre du Movimiento de Participación Popular, le secteur fondé par Mujica au sein du Frente Amplio, il quitte l'intendance fin février 2024 pour se lancer dans la course présidentielle.
Sa victoire, en novembre 2024, marque le retour de la gauche au pouvoir après le mandat de centre-droit de Luis Lacalle Pou. Au second tour, le 24 novembre, le ticket qu'il forme avec Carolina Cosse l'emporte avec 52,08 % des voix face à Álvaro Delgado, candidat du Partido Nacional. Investi le 1er mars 2025 comme 43e président de l'Uruguay, pour un mandat courant jusqu'en 2030, Orsi a fixé d'emblée ses priorités : sécurité, économie et cohésion sociale.
La sécurité occupe une place centrale dans son projet. Son gouvernement a lancé un Plan national de sécurité publique 2025-2035 articulé autour de sept axes — des homicides à la violence de genre, du narcotrafic à la cyberdélinquance — et prévoit la création de deux mille postes de police sur le quinquennat. Sur le plan économique, le ministre Gabriel Oddone défend une hausse du salaire réel et un discours résolument favorable à l'investissement, la stabilité uruguayenne étant présentée comme un « actif stratégique ». Un cadre de dialogue social a par ailleurs été ouvert pour réformer le système des retraites.
La diplomatie a marqué les premiers mois du mandat. Entre fin janvier et début février 2026, Orsi a conduit une visite d'État en Chine à la tête d'une délégation de cent cinquante personnes, rencontrant Xi Jinping le 3 février et signant une douzaine d'accords de coopération. La Chine est le premier marché d'exportation de l'Uruguay — bœuf, soja, produits laitiers. Le déplacement avait une portée symbolique : Orsi fut le premier dirigeant latino-américain à se rendre à Pékin après l'enlèvement, début janvier 2026, du président vénézuélien Nicolás Maduro par les forces spéciales américaines, selon Al Jazeera. En mars 2026, l'Uruguay a pris la présidence pro tempore de la Communauté des États latino-américains et caraïbes.
Le défi du moment est budgétaire. Lors du Conseil des ministres du 27 mai 2026, le gouvernement a préparé la Rendición de Cuentas, sa loi de révision budgétaire annuelle, qui doit être déposée au Parlement avant le 30 juin. Oddone y a annoncé une révision à la baisse de la croissance : la prévision pour 2026 passe de 2,2 % à 1,6 %. Le texte privilégie quatre thèmes — enfance, sécurité, soutien aux personnes sans abri et emploi. « Ce n'est pas une révision à dépense zéro », a précisé Rodrigo Arim, directeur de l'Office de planification et de budget, mais une révision qui « préserve l'engagement de programmation financière » tout en réorientant les priorités.
L'ancien professeur d'histoire gouverne donc un pays à la croissance ralentie, privé de la boussole morale qu'était Mujica, mais à la trajectoire institutionnelle stable. La Rendición de Cuentas de juin dira jusqu'où il peut conjuguer rigueur budgétaire et ambitions sociales — l'équation que la gauche uruguayenne lui a confiée.