Les 8 et 9 juin 2026, Xi Jinping se rendra à Pyongyang pour une visite d'État, sa première en Corée du Nord depuis près de sept ans. Pékin a confirmé le déplacement quelques jours plus tôt, à l'invitation de Kim Jong-un. Le calendrier n'a rien d'anodin : il survient alors que la Corée du Nord s'est sensiblement rapprochée de Moscou, et que le président chinois entend rappeler que la péninsule reste d'abord une affaire chinoise. À soixante-treize ans, l'homme le plus puissant de Chine depuis Mao Zedong continue de placer ses pièces sur l'échiquier asiatique.
Né à Pékin le 15 juin 1953, Xi Jinping est le fils de Xi Zhongxun, révolutionnaire de la première heure et haut dirigeant du Parti communiste chinois. Il fête aujourd'hui ses 73 ans.
L'enfance dans le complexe résidentiel de l'élite bascule en 1963, lorsque son père est purgé puis envoyé travailler en usine. Pendant la Révolution culturelle, le fils de dignitaire devient ouvrier agricole : de 1969 à 1975, il vit dans une commune rurale du Shaanxi, dort dans une grotte aménagée du village de Liangjiahe et apprend, dira-t-il plus tard, ce que signifie servir le peuple. Cet épisode fondateur, qu'il a souvent mis en récit, nourrit son image d'homme du terroir autant que d'héritier rouge.
Admis en 1975 à la prestigieuse université Tsinghua comme « étudiant ouvrier-paysan-soldat », il y étudie le génie chimique. Sa carrière dans l'appareil du Parti est ensuite méthodique, de province en province, jusqu'à l'accession au sommet en 2012. Secrétaire général du Parti communiste chinois depuis cette date, président de la République depuis 2013, président de la Commission militaire centrale, il cumule les trois leviers du pouvoir chinois.
La concentration de ce pouvoir entre ses mains constitue le fait marquant de l'ère Xi. En 2018, la suppression de la limite des mandats présidentiels dans la Constitution ouvre la voie à une présidence sans terme. Le 10 mars 2023, le Congrès national du peuple le réélit à l'unanimité, par 2 952 voix, pour un troisième mandat — une rupture avec la règle d'alternance qui prévalait depuis Deng Xiaoping. Une vaste campagne anti-corruption, lancée dès son arrivée, lui a permis d'écarter rivaux et réseaux concurrents tout en resserrant la discipline interne du Parti.
Sur la scène internationale, son nom reste attaché aux Nouvelles routes de la soie, l'initiative lancée en 2013 pour financer ports, voies ferrées et centrales d'Asie en Afrique. Décrite par ses promoteurs comme le plus vaste programme d'infrastructures déployé par une grande puissance depuis le plan Marshall, elle a étendu l'empreinte économique chinoise sur plusieurs continents, au prix de critiques persistantes sur l'endettement des pays bénéficiaires.
Le printemps 2026 a confirmé la centralité de Pékin dans le jeu des grandes puissances. Les 14 et 15 mai, Xi a reçu Donald Trump pour une visite d'État de deux jours. Les deux dirigeants se sont entendus sur une reprise des achats agricoles chinois, censée ramener les échanges à leurs niveaux d'avant 2025, mais sans rapprochement sur l'Iran ni sur Taïwan. Quelques jours plus tard, les 20 et 21 mai, c'est Vladimir Poutine qui foulait le tapis rouge de Pékin. Les deux hommes ont signé une déclaration commune sur la construction d'un « monde multipolaire » et une quarantaine d'accords sectoriels touchant l'éducation, le commerce, l'énergie nucléaire. Le grand projet de gazoduc poussé par Moscou, lui, est resté en suspens : Pékin négocie ses dépendances autant qu'il les affiche.
Cette succession de sommets dessine la posture de Xi Jinping : recevoir tour à tour le président américain et le maître du Kremlin, sans s'aligner sur aucun, en arbitre d'un ordre mondial qu'il veut redessiner à l'avantage de la Chine. La rivalité avec Washington reste structurante — sur les semi-conducteurs, sur Taïwan, sur les routes commerciales — mais Pékin avance par accords mesurés plutôt que par ruptures.
Le déplacement à Pyongyang, en juin, complète le tableau. En renouant après sept ans avec Kim Jong-un, Xi cherche à contenir la dérive de la Corée du Nord vers la Russie et à réaffirmer une tutelle régionale que ni Moscou ni Washington ne peuvent lui disputer. À l'intérieur, la croissance ralentie, les tensions immobilières et le vieillissement de la population pèsent sur le contrat implicite entre le Parti et la société. Mais à la veille de ses soixante-treize ans, Xi Jinping ne donne aucun signe de retrait. Aucun successeur n'a été désigné, et la question de l'après-Xi demeure, à Pékin, le sujet dont personne ne parle.