Un sondage publié en mai 2026 a placé Dan McKee trente-quatre points derrière sa rivale dans la primaire démocrate. Le gouverneur du Rhode Island y recueillait environ 11 % des intentions de vote, contre 45 % à Helena Foulkes, ancienne dirigeante de la chaîne CVS. Quelques semaines plus tôt, en avril, il avait changé de directeur de campagne. À quelques mois de la primaire de septembre, le plus petit État de l'Union offre le spectacle d'un gouverneur sortant en difficulté chez les siens.
Daniel Joseph McKee est né le 16 juin 1951 à Cumberland, bourgade du nord du Rhode Island où il a passé l'essentiel de sa vie. Diplômé du lycée local, il étudie l'éducation et les sciences politiques à l'Assumption College, dans le Massachusetts voisin, avant de décrocher un master d'administration publique à la Harvard Kennedy School. Avant d'entrer en politique, il dirige l'entreprise familiale de négoce de fioul de chauffage, ancrage commercial qui forgera son image d'élu proche des préoccupations matérielles de ses administrés.
Son parcours politique est celui d'une ascension patiente, par paliers. Il fête aujourd'hui ses 75 ans.
Élu au conseil municipal de Cumberland en 1992, il en devient maire en 2000, fonction qu'il occupe en deux temps jusqu'en 2014. C'est là qu'il bâtit sa réputation de gestionnaire : il redresse des finances communales au bord de la mise sous tutelle, faisant passer la note de crédit de la ville d'un statut spéculatif à une notation solide. Maire, il promeut aussi les *mayoral academies*, des écoles à charte intercommunales qui resteront associées à son nom. En 2014, il est élu lieutenant-gouverneur du Rhode Island, poste largement honorifique qu'il conserve jusqu'en 2021.
C'est un concours de circonstances qui le porte au sommet. En mars 2021, la gouverneure Gina Raimondo démissionne pour rejoindre l'administration Biden comme secrétaire au Commerce. McKee, son adjoint, lui succède automatiquement et devient le 76e gouverneur de l'État. Il est ensuite élu pour un mandat plein en novembre 2022, validant dans les urnes une fonction d'abord héritée.
Son mandat reste marqué par l'affaire ILO Group, controverse qui a longtemps occupé la presse locale. Un contrat public d'environ 5,2 millions de dollars, portant sur des services de conseil éducatif liés à la pandémie, avait été attribué à une société récemment créée et dirigée par une ancienne collègue d'un de ses conseillers. La police d'État, le procureur général et le FBI ont enquêté. En octobre 2024, l'enquête s'est conclue sans poursuites pénales, mais le procureur général Peter Neronha a estimé que McKee avait « orienté » l'attribution dans un processus « manipulé », dénonçant sa « maladresse ». En 2025, l'Assemblée générale du Rhode Island a voté une loi interdisant explicitement le truquage des appels d'offres par des responsables publics.
Un drame est venu marquer la fin de son mandat. Le 13 décembre 2025, une fusillade a frappé l'université Brown, à Providence : un homme a ouvert le feu dans le bâtiment de l'école d'ingénierie, tuant deux étudiants et en blessant neuf autres. Le FBI a écarté la piste terroriste. L'épisode a endeuillé un État peu habitué à la violence de masse et placé le gouverneur en première ligne de la réponse publique.
McKee a centré son action récente sur le coût de la vie. Dans son discours sur l'état de l'État, le 13 janvier 2026, il a présenté un programme baptisé « Affordability for All », promettant baisses d'impôts et crédits censés laisser 215 millions de dollars aux habitants dès la première année et près de 1,4 milliard d'économies cumulées sur cinq ans. « Quand je travaillais sur ce budget, je pensais aux dépenses qui empêchent les habitants du Rhode Island de dormir », a-t-il déclaré. Le volet énergétique du plan, qui repousse certains objectifs d'énergies renouvelables et modifie les règles de revente d'électricité, lui a valu les critiques de Foulkes, qui y voit un « faux choix » entre pouvoir d'achat et climat.
Démocrate dans un État profondément démocrate, McKee affronte donc moins l'opposition républicaine que la défiance de son propre camp. La primaire de septembre 2026 décidera de son avenir politique. Son mandat actuel court jusqu'au 5 janvier 2027. D'ici là, le gouverneur devra convaincre des électeurs que les sondages disent prêts à lui préférer une autre figure, dans un État où la mémoire des contrats publics contestés ne s'est pas effacée.