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17 juin 2012 : le Parti socialiste rafle la majorité absolue

MEMOIRE D URNES Source : EPOC - création IA

Le 17 juin 2012, au soir du second tour des élections législatives, le Parti socialiste obtenait à lui seul la majorité absolue à l'Assemblée nationale, avec environ 280 députés dans une chambre de 577 sièges. Pour la première fois depuis 1993, la gauche tenait l'ensemble des leviers du pouvoir : la présidence, le gouvernement, l'Assemblée et le Sénat, conquis quelques mois plus tôt. François Hollande, élu président six semaines auparavant, disposait désormais des moyens de gouverner sans entrave.

La séquence prolongeait logiquement le scrutin présidentiel. Le 6 mai, Hollande avait battu Nicolas Sarkozy avec 51,64 % des voix, mettant fin à dix-sept années de présidence de droite à l'échelle nationale. Le calendrier de la Ve République, depuis l'instauration du quinquennat et l'inversion du calendrier en 2002, place les législatives dans la foulée immédiate de la présidentielle. L'effet d'entraînement joua une nouvelle fois : les Français confirmèrent dans les urnes parlementaires le choix qu'ils venaient de faire pour l'Élysée.

Le Parti socialiste, dirigé par Martine Aubry, n'eut même pas besoin de ses alliés pour atteindre le seuil de 289 sièges grâce à ses apparentés. Les radicaux de gauche obtenaient une douzaine de députés, les divers gauche une vingtaine, Europe Écologie Les Verts dix-sept élus, et le Front de gauche de Jean-Luc Mélenchon une dizaine. La majorité présidentielle, large et homogène, contrastait avec la situation de la droite, renvoyée dans une opposition réduite à environ 230 sièges pour l'UMP et ses alliés.

La soirée réserva pourtant ses revers personnels, et le plus retentissant frappa le camp vainqueur. À La Rochelle, Ségolène Royal, ancienne candidate à la présidentielle de 2007 et figure majeure du Parti socialiste, fut battue par un dissident socialiste, Olivier Falorni. Sa défaite, qui l'écartait de la présidence de l'Assemblée nationale qu'on lui promettait, avait été précipitée par un tweet de soutien à Falorni signé Valérie Trierweiler, alors compagne du chef de l'État. L'épisode, mélange de rivalités personnelles et de vie privée exposée, ternit la victoire collective et embarrassa l'Élysée pour des mois.

Un autre fait marquant venait de l'extrême droite. Le Front national, longtemps tenu à l'écart de l'hémicycle par le scrutin majoritaire, y faisait son retour avec deux élus, Gilbert Collard dans le Gard et Marion Maréchal-Le Pen dans le Vaucluse, plus jeune députée de l'histoire de la République à vingt-deux ans. Marine Le Pen, elle, échouait de peu à Hénin-Beaumont. Le parti restait sous-représenté au regard de son audience nationale, mais sa réapparition à l'Assemblée annonçait une recomposition durable.

Le scrutin se distingua surtout par un chiffre que les vainqueurs préférèrent ne pas trop commenter. Avec 55,41 % d'abstention au second tour, la participation tombait au plus bas jamais enregistré pour des législatives sous la Ve République. La lassitude d'un corps électoral sollicité quatre fois en deux mois, l'impression d'un résultat joué d'avance après la présidentielle, le sentiment que l'élection parlementaire n'était plus qu'une formalité de confirmation : tout concourait à vider les bureaux de vote. La majorité absolue du Parti socialiste reposait ainsi sur une mobilisation minoritaire.

Le contexte économique pesait déjà sur cette victoire. La crise de la dette dans la zone euro battait son plein, la Grèce vivait au bord du défaut, et la France s'apprêtait à devoir tenir ses engagements budgétaires européens. Hollande avait fait campagne sur la renégociation du traité budgétaire et la relance, mais les marges de manœuvre se révélèrent vite étroites. La majorité conquise le 17 juin allait gouverner sous la contrainte permanente des déficits et d'une croissance atone.

Au-delà de l'arithmétique, le scrutin dessinait une carte de France profondément remaniée. Le Parti socialiste s'imposait dans des terres longtemps acquises à la droite, l'Ouest breton, le Sud-Ouest, une partie des grandes agglomérations, tandis que la droite se repliait sur ses bastions ruraux et l'Est. Cette nouvelle géographie électorale, favorable à la gauche dans les villes et les zones de service public dense, allait structurer les rapports de forces des années suivantes. Le Sénat étant passé à gauche dès septembre 2011, le pouvoir socialiste disposait pour la première fois depuis longtemps d'une maîtrise complète de la chaîne institutionnelle, du sommet de l'État aux deux chambres du Parlement.

La suite confirma combien une majorité large ne garantit pas un pouvoir tranquille. Dès 2014, les frondeurs socialistes, hostiles à la ligne sociale-libérale du gouvernement de Manuel Valls, fragilisèrent la cohésion du groupe. Le recours répété à l'article 49.3 pour faire passer la loi Travail en 2016 acheva de fracturer la gauche parlementaire. Le quinquennat Hollande, ouvert dans l'euphorie d'un raz-de-marée législatif, s'acheva sur un renoncement du président à se représenter, fait sans précédent sous la Ve République.

Les premières décisions de la nouvelle majorité donnèrent le ton. Dès l'été 2012, le gouvernement Ayrault fit adopter un collectif budgétaire alourdissant la fiscalité des plus aisés, avant le projet emblématique et controversé d'une tranche d'imposition à 75 % sur les très hauts revenus, finalement censurée puis remaniée. La promesse de campagne d'un président qui se voulait "normal" se heurta vite à la dureté de la conjoncture, et la popularité de François Hollande déclina plus rapidement qu'aucun de ses prédécesseurs sous la Ve République.

Quatorze ans après, le scrutin du 17 juin 2012 marque comme une dernière fois. Jamais depuis le Parti socialiste n'a retrouvé une telle assise : il s'est effondré dès 2017, réduit à une trentaine de sièges, puis recomposé au sein d'alliances de gauche disparates. La majorité absolue d'un seul parti, hors période de cohabitation favorable, est elle-même devenue une rareté, comme l'ont montré les Assemblées sans majorité qui ont suivi. Marion Maréchal-Le Pen, plus jeune députée de 2012, a depuis quitté le Front national pour fonder sa propre carrière à droite. La photographie de juin 2012 appartient déjà à un autre monde politique.