Le 11 juin 2025, la commission électorale du Burundi a annoncé que le parti au pouvoir, le CNDD-FDD, avait remporté 96,51 % des voix aux élections législatives, raflant la totalité des cent sièges de l'Assemblée nationale. Aucun autre parti n'avait franchi le seuil constitutionnel de 2 %. Trois jours plus tard, le président Évariste Ndayishimiye tenait une conférence publique pour appeler au calme et assurer qu'il « tendait la main à tous ». L'opposition et plusieurs organisations de défense des droits humains dénonçaient, elles, des votes multiples, des bulletins forcés et l'arrestation d'observateurs.
Né le 17 juin 1968 à Musama, dans la province centrale de Gitega, Évariste Ndayishimiye — surnommé « Neva » — appartient à une génération marquée au fer par la guerre civile burundaise. Il fête aujourd'hui ses 58 ans.
Catholique pratiquant, il entame des études de droit à l'université du Burundi au début des années 1990. En 1995, les massacres d'étudiants hutu sur les campus le poussent à interrompre son cursus et à rejoindre la rébellion. Ce basculement, de l'amphithéâtre au maquis, façonne le reste de sa trajectoire.
Au sein du CNDD-FDD, mouvement rebelle à dominante hutu, il gravit les échelons. Commissaire chargé de la politique en 1997, porte-parole du haut commandement militaire, il participe aux négociations qui mettent fin à une guerre civile ayant fait quelque 300 000 morts. L'accord de paix signé, il intègre l'armée nationale réunifiée, en devient chef d'état-major adjoint et atteint le grade de général. Le parcours militaire s'accompagne d'une ascension dans l'appareil d'État : ministre de l'Intérieur et de la Sécurité publique de 2006 à 2007, puis chef du cabinet militaire du président Pierre Nkurunziza jusqu'en 2014. En 2016, il devient secrétaire général du CNDD-FDD, position qui le place au cœur de la machine du parti.
Son accession à la présidence, en 2020, se joue dans des circonstances exceptionnelles. Désigné candidat du parti en janvier, il remporte le scrutin du 20 mai avec environ 68 % des voix. Mais le 8 juin, le président sortant Pierre Nkurunziza meurt subitement, officiellement d'un arrêt cardiaque. La Cour constitutionnelle ordonne une investiture accélérée : Ndayishimiye prête serment à Gitega le 18 juin 2020, deux mois avant la date initialement prévue. Il hérite d'un pays isolé sur la scène internationale, mis au ban après la crise de 2015 née de la candidature contestée de Nkurunziza à un troisième mandat.
Sa présidence a d'abord laissé espérer une ouverture, le nouveau chef d'État multipliant les gestes en direction des bailleurs et des voisins. Mais l'image s'est brouillée. Le 29 décembre 2023, lors d'un discours public, il déclare qu'il faudrait mettre les personnes homosexuelles « dans un stade et les lapider », affirmant que l'homosexualité attire « la malédiction » sur un pays. Le Département d'État américain s'est dit « fortement troublé » et Human Rights Watch a dénoncé des propos appelant à la violence. L'homosexualité est pénalisée au Burundi, et la déclaration a ravivé les inquiétudes sur le rétrécissement de l'espace civique sous sa présidence.
L'économie constitue aujourd'hui son défi le plus pressant. En avril 2025, l'inflation a atteint un pic de 45,5 %, frappant l'alimentation, les transports et les services. Le pays subit des pénuries chroniques de carburant et de devises étrangères qui paralysent par moments l'activité. Le Fonds monétaire international anticipe une croissance modérée, de l'ordre de 3 % par an en moyenne sur la période 2026-2030, jugée insuffisante face à la pression démographique.
Le président mise sur de grands chantiers pour amorcer une reprise. La ligne ferroviaire devant relier le Burundi à la Tanzanie, le barrage hydroélectrique de Jiji-Mulembwe et la relance du secteur minier figurent parmi les projets censés desserrer l'étau. Reste à les financer dans un contexte de défiance des investisseurs et de réserves de change épuisées.
Sur le plan diplomatique, le président a cherché à sortir le Burundi de l'isolement hérité de la crise de 2015, renouant avec les bailleurs et participant activement aux instances régionales d'Afrique de l'Est. Mais les tensions récurrentes avec le Rwanda voisin, que Gitega accuse périodiquement de soutenir des groupes armés hostiles, pèsent sur la stabilité de la région des Grands Lacs et limitent la portée de ces ouvertures.
À cinquante-huit ans, Évariste Ndayishimiye gouverne un Burundi verrouillé politiquement et asphyxié économiquement. Son mandat de sept ans court jusqu'en 2027. La domination totale du CNDD-FDD à l'Assemblée lui assure les coudées franches sur le plan institutionnel ; elle ne lui garantit ni les devises ni le carburant qui manquent aux stations-service de Bujumbura.