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Guinée-Bissau : un putsch de plus dans le pays des coups d'État

UN JOUR, UN PAYS Source : EPOC - création IA

Le 26 novembre 2025, trois jours après une élection présidentielle dont les résultats n'étaient pas encore publiés, le président Umaro Sissoco Embaló annonçait depuis sa propre détention avoir été renversé. Le chef d'état-major de l'armée de terre prenait, disait-il, « le contrôle total du pays ». Quelques jours plus tard, des hommes armés confisquaient les ordinateurs de quarante-cinq agents de la Commission électorale et détruisaient tous les procès-verbaux de dépouillement. Le scrutin venait d'être effacé, au sens propre. La Guinée-Bissau ajoutait un nouveau chapitre à l'une des histoires politiques les plus instables d'Afrique.

Ce petit pays d'Afrique de l'Ouest s'étend sur trente-six mille kilomètres carrés le long de l'Atlantique, coincé entre le Sénégal au nord et la Guinée au sud-est. Sa géographie est celle d'un littoral découpé, de mangroves, d'estuaires et de rizières inondables, prolongé en mer par l'archipel des Bijagos : quatre-vingt-huit îles dont une vingtaine seulement sont habitées, classées réserve de biosphère par l'Unesco et peuplées de communautés vivant encore largement à l'écart du continent. À l'intérieur, des plaines basses et boisées montent doucement vers les contreforts du Fouta-Djalon. Environ deux millions d'habitants, répartis entre une mosaïque de peuples (Balantes, Peuls, Mandingues, Manjaques) y parlent une vingtaine de langues, fédérées par le créole portugais, le kriol, hérité de la colonisation.

Car la Guinée-Bissau fut portugaise, et son histoire moderne s'est forgée dans la lutte contre Lisbonne. Au XVe siècle, les navigateurs portugais avaient fait de cette côte un comptoir de la traite négrière, l'un des plus actifs de la région. La colonisation effective ne vint que bien plus tard, et avec elle une domination brutale qui suscita, au XXe siècle, l'une des guerres de libération les plus efficaces du continent. Sous la conduite d'Amílcar Cabral, théoricien et stratège dont l'aura dépassa largement les frontières, le Parti africain pour l'indépendance de la Guinée et du Cap-Vert, le PAIGC, mena une guérilla qui finit par tenir tête à l'armée portugaise. Cabral fut assassiné en janvier 1973, quelques mois avant que l'indépendance ne soit proclamée unilatéralement en septembre. Lisbonne la reconnut l'année suivante, après la révolution des Œillets.

L'indépendance n'a pas apporté la stabilité, loin s'en faut. Depuis 1974, la Guinée-Bissau a connu une succession ininterrompue de coups d'État, de tentatives de putsch et d'assassinats politiques qui en font, selon une formule souvent reprise, un pays où aucun président élu n'a jamais terminé tranquillement son mandat. En 2009, le président João Bernardo Vieira fut tué par des militaires quelques heures après la mort du chef d'état-major dans un attentat. L'armée, profondément politisée et minée par ses divisions, n'a jamais accepté de se soumettre durablement au pouvoir civil.

À cette fragilité s'est ajouté, depuis les années 2000, un fléau qui a valu au pays une réputation sinistre : le narcotrafic. Sa position géographique, ses îles innombrables et ses institutions faibles en ont fait une plaque tournante de la cocaïne sud-américaine en route vers l'Europe. Des observateurs ont parlé du premier « narco-État » d'Afrique, tant les réseaux ont pénétré l'appareil militaire et politique. Les saisies spectaculaires alternent avec les soupçons de complicité au sommet, et l'argent de la drogue a nourri les rivalités qui déstabilisent le pays.

Le coup de novembre 2025 porte la marque de ces ambiguïtés. Embaló, ancien général arrivé au pouvoir en 2020, et son rival de l'opposition Fernando Dias da Costa revendiquaient tous deux la victoire à la présidentielle du 23 novembre, dont le principal parti, le PAIGC historique, avait été écarté. Le putsch a empêché toute publication des résultats. Une coalition de la société civile, le Front populaire, a aussitôt dénoncé un « coup d'État simulé », mis en scène par Embaló lui-même et l'armée pour rester au pouvoir. L'ancien président nigérian Goodluck Jonathan a jugé le putsch « cérémonial », et le Premier ministre sénégalais Ousmane Sonko y a vu une « combine ». Le doute sur la sincérité du renversement reste entier.

La junte a installé le général Horta N'Tam, proche d'Embaló, comme président d'une transition annoncée pour un an. Le Conseil national de transition a aussitôt modifié la Constitution, faisant passer le pays d'un régime semi-parlementaire à un régime présidentiel. Fin janvier 2026, N'Tam s'est lui-même promu général de division, le grade le plus élevé de l'armée. La junte a fixé au 6 décembre 2026 la tenue de nouvelles élections présidentielle et législatives, en s'engageant à rendre le pouvoir aux civils et en assurant que le général de transition ne s'y présentera pas.

La Communauté économique des États de l'Afrique de l'Ouest, qui a vu trois de ses membres sahéliens basculer sous régime militaire ces dernières années, maintient la pression sur Bissau pour obtenir un retour rapide à l'ordre constitutionnel. Mais l'organisation régionale, affaiblie par les départs du Mali, du Niger et du Burkina Faso, peine à se faire entendre.

Bissau, la capitale poussiéreuse posée sur l'estuaire du Geba, vit dans l'attente du 6 décembre. Le pays a déjà connu tant de calendriers de transition non respectés que peu d'habitants parient sur celui-ci. La Guinée-Bissau attend, une fois de plus, de savoir qui détient réellement le pouvoir.