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TIMOR - ANNIVERSAIRE

Kay Rala Xanana Gusmão, du maquis à l'ASEAN : le pari de l'après-pétrole

TIMOR - ANNIVERSAIRE Source : Facebook du PM

Le 26 octobre 2025, au sommet de Kuala Lumpur, le Timor-Leste a été admis comme onzième membre de l'Association des nations de l'Asie du Sud-Est. Pour Kay Rala Xanana Gusmão, qui avait déposé la candidature de son pays quatorze ans plus tôt, l'aboutissement valait consécration. « Un rêve qui se réalise », a lâché le Premier ministre, figure tutélaire d'une nation qu'il a portée de la guérilla à l'indépendance, puis à la reconnaissance régionale.

Né José Alexandre Gusmão le 20 juin 1946 à Manatuto, alors dans le Timor portugais, celui que l'on connaît sous le nom de Xanana fut tour à tour employé de l'administration coloniale et journaliste. Il fête aujourd'hui ses 80 ans.

 Sa vie bascule en 1975, lorsque l'Indonésie envahit le territoire au lendemain du départ des Portugais. Après la mort du premier dirigeant du Fretilin, le mouvement indépendantiste, Gusmão prend en 1978 la tête de la résistance armée comme chef des Falintil, les forces de libération nationale. Pendant près de quinze ans, il mène depuis les montagnes une guérilla contre l'une des armées les plus puissantes de la région.

Stratège autant que combattant, il conçoit une « politique d'unité nationale » destinée à rassembler au-delà des clivages partisans et fonde le Conseil national de la résistance, qui deviendra le socle de la lutte. Capturé en 1992 par l'armée indonésienne, condamné à la prison à vie — peine ensuite commuée —, il continue de diriger la résistance depuis sa cellule de Jakarta, devenant le visage international de la cause timoraise. Le Parlement européen lui décerne le prix Sakharov en 1999, l'année même de sa libération, alors qu'un référendum ouvre la voie à l'indépendance.

Quand le Timor-Leste devient officiellement souverain, le 20 mai 2002, Gusmão en est élu premier président. Il occupe la fonction jusqu'en 2007, puis opère un glissement inhabituel en briguant la primature : Premier ministre de 2007 à 2015, il quitte volontairement le pouvoir avant d'y revenir. Car après les législatives de mai 2023, remportées par son parti, le Congrès national pour la reconstruction du Timor, il forme une coalition et reprend la tête du gouvernement le 1er juillet 2023. À soixante-dix-sept ans, le héros de l'indépendance redevenait chef de l'exécutif.

Ce second passage à la primature est dominé par un pari économique. Le Timor-Leste, dont les finances reposent presque entièrement sur un fonds pétrolier alimenté par des gisements en voie d'épuisement, doit préparer l'après-hydrocarbures. Gusmão défend de longue date le projet gazier Greater Sunrise, en mer de Timor, et le programme d'infrastructures Tasi Mane sur la côte sud — raffinerie, pipeline, ville nouvelle. Ses détracteurs jugent ces ambitions disproportionnées au regard des réserves du fonds souverain et redoutent un épuisement prématuré de l'épargne nationale. Le débat sur la soutenabilité des dépenses publiques traverse toute son action.

Le dossier reste ouvert. Gusmão a discuté avec le Premier ministre australien Anthony Albanese d'une accélération du développement de Greater Sunrise « dès que possible », l'Australie et le Timor se disputant depuis des années les modalités d'exploitation et le tracé d'un éventuel pipeline. En mai 2026, le chef du gouvernement a présenté au Parlement national un projet de première rectification du budget 2026, signe que la gestion des finances publiques demeure au cœur de son mandat.

L'adhésion à l'ASEAN ouvre une nouvelle séquence. En mai 2026, Gusmão a participé au sommet de l'organisation à Cebu, aux Philippines, où il a aussi visité des sites historiques — image d'un vétéran de la résistance désormais reçu en partenaire à part entière par ses voisins. L'intégration régionale promet des débouchés commerciaux et des investissements à un pays parmi les plus jeunes et les plus pauvres d'Asie, mais elle impose aussi des réformes institutionnelles et économiques que Dili devra mener.

À quatre-vingts ans révolus, Xanana Gusmão demeure la figure dominante de la vie politique timoraise, présent à toutes les étapes depuis la fondation de l'État. Ses réunions hebdomadaires avec le président José Ramos-Horta, autre vétéran de la lutte, perpétuent un compagnonnage né dans les années de guerre. La question de la relève, derrière cette génération de fondateurs, reste l'un des défis non résolus de la plus jeune démocratie d'Asie du Sud-Est.