Aux premières heures du 13 avril 2025, quelques heures après avoir célébré le Seder de Pâque juive avec sa famille, Josh Shapiro a été réveillé par les flammes. Un incendie criminel ravageait une aile du manoir du gouverneur, à Harrisburg. Le gouverneur de Pennsylvanie, son épouse et leurs enfants ont été évacués sains et saufs. Un suspect de trente-huit ans, Cody Balmer, a été arrêté et aurait reconnu les faits. L'attaque, visant un élu juif au lendemain d'une fête religieuse, a placé Shapiro au centre d'une onde de choc nationale — et confirmé sa stature de figure montante du Parti démocrate.
Joshua David Shapiro est né le 20 juin 1973 à Kansas City, dans le Missouri, mais a grandi dans le comté de Montgomery, en banlieue de Philadelphie, qui reste son ancrage. Il fête aujourd'hui ses 53 ans.
Diplômé de sciences politiques de l'université de Rochester, titulaire d'un doctorat en droit de Georgetown, il entre tôt en politique. Élu à la chambre des représentants de Pennsylvanie, il préside ensuite le conseil des commissaires du comté de Montgomery de 2012 à 2017, où il bâtit une réputation de gestionnaire pragmatique.
C'est comme procureur général de l'État, de 2017 à 2023, qu'il acquiert une notoriété qui dépasse les frontières de la Pennsylvanie. Il publie en 2018 le rapport accablant d'un grand jury sur les abus sexuels commis sur des enfants par des prêtres catholiques et dissimulés par la hiérarchie de l'Église — un document qui retentit bien au-delà de l'État. Il contribue aussi à négocier, dans le règlement national sur les opioïdes, environ un milliard de dollars pour la Pennsylvanie. Ces dossiers forgent l'image d'un procureur combatif, à l'aise dans les causes à forte charge morale.
Élu 48e gouverneur de Pennsylvanie en novembre 2022, entré en fonction en janvier 2023, Shapiro dirige l'un des États-pivots les plus disputés du pays, dont le vote détermine régulièrement l'issue des présidentielles. Sa popularité y est solide : un sondage Quinnipiac d'octobre 2025 lui accordait 60 % d'opinions favorables, son meilleur score depuis son entrée en fonction. Cette assise locale a fait de lui un nom récurrent de la politique nationale.
À la tête de l'État, Shapiro a cultivé une image de pragmatique capable de gouverner avec une législature divisée, la Pennsylvanie étant l'un des rares États au Parlement partagé entre les deux partis. Il a fait du financement de l'éducation publique, de la réduction des délais administratifs et de la défense du droit à l'avortement des marqueurs de son action, tout en revendiquant un dialogue avec les zones rurales acquises aux républicains. Cette posture de centriste efficace nourrit sa réputation au-delà des frontières de l'État.
L'été 2024 a marqué un tournant. Après le retrait de Joe Biden de la course à la Maison-Blanche, Shapiro figurait parmi les finalistes les plus en vue pour la vice-présidence sur le ticket de Kamala Harris. Celle-ci lui a finalement préféré Tim Walz, gouverneur du Minnesota. La défaite démocrate de novembre 2024 a relancé, presque aussitôt, les spéculations sur l'avenir de Shapiro — cette fois pour le sommet du ticket.
Sa priorité immédiate reste pourtant la Pennsylvanie. En janvier 2026, il a officiellement annoncé sa candidature à un second mandat de gouverneur. Le Parti républicain lui oppose Stacy Garrity, trésorière de l'État deux fois élue. La réélection servirait de tremplin : un gouverneur réélu confortablement dans un État-clé dispose d'arguments solides pour une ambition supérieure. Shapiro, qui a constitué un trésor de guerre dépassant les trente millions de dollars, n'a jamais confirmé vouloir se présenter à la présidentielle, mais ne l'a pas davantage exclu.
Les sondages très précoces de la primaire démocrate de 2028 ne le placent encore qu'à quelques points, dans un peloton fourni. Mais les électeurs locaux, eux, lui restent fidèles : une hypothétique confrontation en Pennsylvanie le donnait gagnant face au vice-président J.D. Vance. Pour un parti démocrate en quête de renouvellement après l'échec de 2024, le profil d'un gouverneur populaire dans l'État qui fait et défait les présidents a tout du candidat naturel.
À cinquante-trois ans, Josh Shapiro avance donc sur deux fronts. Le premier, immédiat, est la reconquête de son fauteuil de gouverneur à l'automne 2026. Le second, plus lointain et jamais formulé, est la Maison-Blanche. L'incendie d'avril 2025 a rappelé brutalement les risques attachés à cette exposition. Il n'a, pour l'heure, en rien entamé une trajectoire que beaucoup, dans son camp, regardent comme l'une des plus prometteuses de sa génération.