Il a fallu une prothèse phonatoire pour que Hans Peter Doskozil reprenne la parole devant le Landtag du Burgenland. Opéré juste avant Pâques à la suite d'un contrôle effectué à Leipzig, le chef du gouvernement régional s'est fait retirer le larynx. Son médecin a promis qu'après une phase de rééducation, il parlerait «de nouveau bien, sans doute même mieux qu'avant». Quelques semaines plus tard, l'homme qui dirige le plus oriental des Länder autrichiens était de retour à son bureau. Il fête aujourd'hui ses 56 ans.
Né le 21 juin 1970 à Vorau, en Styrie, puis élevé à Kroisegg, dans le sud du Burgenland, Doskozil a un parcours qui ne ressemble à aucun autre dans la social-démocratie autrichienne. Avant la politique, il y a eu l'uniforme. Entré dans la police, il en gravit les échelons jusqu'à devenir directeur de la police régionale du Burgenland. L'été 2015 le projette sur la scène nationale: c'est sur son territoire, près de Parndorf, que sont découverts les corps de 71 migrants morts asphyxiés dans un camion abandonné. La gestion de la crise migratoire lui vaut une réputation d'homme de terrain, ni théoricien ni tribun, et lui ouvre les portes du gouvernement fédéral. De 2016 à 2017, il occupe le ministère de la Défense à Vienne.
Son ancrage reste pourtant régional. En 2019, il succède à Hans Niessl à la tête du Burgenland. L'année suivante, il offre au SPÖ un score que le parti n'espérait plus, une majorité absolue dans les urnes, à rebours du déclin national des sociaux-démocrates. Doskozil y impose sa marque: salaire minimum relevé pour les agents publics du Land, modèle de prise en charge des personnes âgées fondé sur l'emploi public des aidants, ligne ferme sur l'immigration qui détonne dans sa famille politique. Cette singularité fait de lui un personnage clivant, admiré par une partie de la base ouvrière, contesté par l'aile gauche du parti.
L'épisode le plus douloureux de sa trajectoire reste la bataille pour la présidence du SPÖ en 2023. Donné vainqueur lors du congrès, il voit le résultat invalidé pour cause d'erreur de comptage des bulletins. Le décompte corrigé désigne finalement Andreas Babler. Doskozil retourne au Burgenland, écarté de l'ambition nationale, mais maître chez lui.
Le scrutin régional de 2025 a écorné son hégémonie. Le SPÖ a perdu la majorité absolue conquise cinq ans plus tôt, contraignant le Landeshauptmann à gouverner dans un cadre plus étroit. Une motion de défiance déposée par l'opposition a été repoussée. La discipline budgétaire est devenue son mot d'ordre. Le budget régional pour 2026, présenté au parlement local, affiche 2,73 milliards d'euros de recettes pour 2,83 milliards de dépenses, et prévoit l'introduction d'un frein à l'endettement à partir de 2028, plafonnant la dette à 600 millions d'euros. «Le Land aussi doit économiser», a-t-il averti, lui qui s'était bâti une image de dépensier social.
Sa convalescence ne l'a pas tenu à l'écart des dossiers. Début juin, il a adressé une lettre ouverte aux négociateurs de la réforme du système de santé autrichien. Sa position: concentrer les soins hautement spécialisés dans les hôpitaux fédéraux, tout en laissant aux Länder la responsabilité de la prise en charge de proximité. Une manière de défendre l'autonomie régionale qui structure toute sa carrière.
À 56 ans, Doskozil incarne une social-démocratie de gouvernement, pragmatique jusqu'à la rupture avec les codes de son camp, attachée au territoire plus qu'aux grands principes. La maladie a fragilisé sa voix sans entamer son emprise sur le Burgenland. «Nous continuerons à faire en sorte que les Burgenlandais puissent vivre bien et en sécurité dans leur terre», déclarait-il le 9 juin. La phrase, prononcée avec sa prothèse, valait autant pour ses administrés que pour lui-même.