Le 11 juin, le Mexique a ouvert sa Coupe du monde dans un stade Azteca comble, et sa présidente n'y était pas. Claudia Sheinbaum avait annoncé qu'elle n'assisterait pas au match d'ouverture entre le Mexique et l'Afrique du Sud. À la place, elle a organisé un concours pour offrir sa place: les jeunes femmes de 16 à 25 ans étaient invitées à envoyer une vidéo d'elles jonglant avec un ballon en racontant leur lien au football. Le geste, mi-politique mi-symbolique, résume une manière de gouverner. Elle fête aujourd'hui ses 64 ans.
Née le 24 juin 1962 à Mexico, Sheinbaum n'est pas une politicienne de formation. Physicienne, ingénieure en énergie, docteure en sciences de l'environnement, elle a contribué aux travaux du Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat. Cette rigueur scientifique, elle l'a portée jusqu'au sommet de l'État. Depuis octobre 2024, elle est la 66e présidente du Mexique, la première femme à occuper la fonction dans l'histoire du pays, et la première personne d'origine juive.
Son ascension s'est construite à Mexico. Secrétaire à l'environnement de la capitale sous Andrés Manuel López Obrador, puis maire de la ville de 2018 à 2023, elle s'est imposée comme l'héritière naturelle du président sortant et du mouvement Morena. La transition a fonctionné: élue en juin 2024 avec une avance écrasante, elle a recueilli un mandat populaire que peu de ses prédécesseurs avaient connu. Près de deux ans plus tard, ses taux d'approbation restent parmi les plus élevés du continent, portés par la continuité des programmes sociaux et une popularité personnelle qui résiste à l'usure du pouvoir.
Gouverner le Mexique, c'est composer avec un voisin encombrant. Le retour de Donald Trump à la Maison-Blanche a placé Sheinbaum face à une pression constante sur les droits de douane, le contrôle migratoire et la lutte contre les cartels. La présidente a opté pour une fermeté calme, refusant l'affrontement frontal sans céder sur la souveraineté. Cette ligne, faite de négociations discrètes et de déclarations mesurées, lui a permis de désamorcer plusieurs crises commerciales sans rompre le dialogue.
Sur le terrain intérieur, elle revendique des réalisations concrètes. En février 2026, elle a inauguré le tronçon Santa Fe-Observatorio du Tren El Insurgente, achevant la liaison ferroviaire interurbaine entre Mexico et Toluca, un chantier lancé en 2014 et longtemps embourbé. L'infrastructure, ses partisans le soulignent, incarne sa méthode: terminer ce que d'autres avaient laissé inachevé. Ses détracteurs lui opposent les chantiers de la sécurité et de la justice, dans un pays où la violence des organisations criminelles reste un fléau quotidien.
Sa formation scientifique transparaît dans son rapport au pouvoir. Là où López Obrador cultivait le verbe et la confrontation, Sheinbaum privilégie les données, les graphiques, la démonstration. Ses conférences de presse matinales, héritées de son prédécesseur, ressemblent souvent à des cours magistraux. Cette retenue lui a valu le reproche d'être trop technique, trop froide. Elle en a fait une marque de sérieux.
À 64 ans, la présidente du Mexique gouverne un pays qui accueille, pour la troisième fois de son histoire, la plus grande compétition sportive du monde. L'événement, partagé avec les États-Unis et le Canada, met le Mexique sous les projecteurs internationaux au moment où ses relations avec Washington restent tendues. Sheinbaum a choisi de céder sa place de spectatrice à une inconnue tirée au sort. Le symbole, pour une présidente qui a fait tomber un plafond de verre vieux de deux siècles, n'avait rien d'anodin.