Kyriakos Mitsotakis avait perdu son pari un mois plus tôt, faute d'une victoire assez large pour gouverner seul. Ce dimanche, il l'a gagné deux fois. La Nouvelle Démocratie, parti de la droite grecque, remporte le second scrutin législatif organisé en cinq semaines avec un peu plus de 40 % des voix, et décroche 158 des 300 sièges du Parlement. La majorité absolue est acquise. Le Premier ministre sortant entamera un nouveau mandat de quatre ans à la tête d'un gouvernement homogène, là où le scrutin du 21 mai l'avait laissé en position d'arbitre frustré.
La clé de ce renversement tient à un mécanisme : la prime majoritaire en sièges. Le scrutin de mai s'était déroulé à la proportionnelle quasi intégrale, héritage d'une réforme de la précédente majorité de gauche destinée à empêcher qu'un parti gouverne seul. La Nouvelle Démocratie y était arrivée nettement en tête, avec près de 41 %, sans pour autant réunir une majorité de députés. Plutôt que de négocier une coalition, Mitsotakis avait refusé tout compromis et provoqué un nouveau vote, sachant que celui-ci se tiendrait sous un autre régime électoral. Le second scrutin rétablit en effet une prime au parti arrivé en tête : vingt sièges supplémentaires dès 25 % des voix, et jusqu'à cinquante sièges à partir de 40 %. La Nouvelle Démocratie ayant franchi ce seuil, elle empoche la totalité du bonus.
Le calcul s'est révélé exact. En refusant la coalition et en pariant sur la lassitude de ses adversaires, Mitsotakis a transformé une avance confortable en domination parlementaire. Son score de juin est proche de celui de mai ; c'est le mode de scrutin, et non un raz-de-marée d'opinion, qui lui offre les pleins pouvoirs législatifs. Le résultat illustre la mécanique froide d'un système que le dirigeant conservateur n'a pas inventé mais qu'il a su exploiter mieux que quiconque.
À gauche, la déroute est sévère. Syriza, le parti d'Alexis Tsipras qui avait gouverné la Grèce de 2015 à 2019 au plus fort de la crise de la dette, ne recueille qu'environ 18 % des voix et 47 sièges, son plus mauvais résultat depuis son émergence. La formation, qui avait incarné la révolte contre l'austérité imposée par les créanciers européens, ne parvient plus à mobiliser un électorat déçu par son passage au pouvoir et par son ralliement final aux plans d'aide. Le Pasok, parti socialiste historique qui avait dominé la vie politique grecque pendant des décennies avant de s'effondrer, retrouve une troisième place et amorce une lente reconstruction.
Le scrutin de juin marque aussi l'entrée au Parlement de plusieurs formations de droite radicale et nationaliste, dont l'une est dirigée par un proche d'un parti néonazi interdit. Huit partis au total franchissent le seuil des 3 %. Leur présence, modeste en nombre de sièges, n'entame pas la majorité de la Nouvelle Démocratie, mais elle déplace le centre de gravité de l'hémicycle vers la droite et témoigne d'une fragmentation que la prime majoritaire masque sans la résorber.
La participation, déjà en baisse en mai, recule encore. Un peu plus d'un électeur sur deux s'est déplacé. La date du scrutin, fixée en plein été grec, n'a rien arrangé : nombre d'habitants des îles et des campagnes, inscrits dans leur commune d'origine, doivent traverser le pays pour voter, le vote par correspondance n'étant pas généralisé. Sur certaines îles des Cyclades, des bureaux ont ouvert dans des écoles aux volets clos depuis le début des vacances. L'abstention profite mécaniquement au parti le mieux organisé, et la Nouvelle Démocratie l'est davantage que ses rivaux.
Mitsotakis aborde ce second mandat avec un bilan qu'il met en avant : retour de la croissance, baisse du chômage, sortie de la surveillance budgétaire renforcée imposée par Bruxelles après les années de crise. Il devra composer avec les zones d'ombre de son premier mandat, notamment l'accident ferroviaire de Tempé en février, qui a fait cinquante-sept morts et provoqué une vague de colère contre la vétusté des infrastructures, ainsi que le scandale d'écoutes téléphoniques visant des opposants et des journalistes. Ces affaires avaient nourri l'opposition sans empêcher la victoire.
Le nouveau gouvernement sera formé dans les prochains jours. Fort d'une majorité que la proportionnelle lui avait refusée, Mitsotakis n'aura besoin de personne pour faire voter ses lois. La gauche, elle, devra d'abord régler ses comptes : la défaite de Syriza relance la question de l'avenir de Tsipras à sa tête. Le prochain rendez-vous électoral est lointain, mais la recomposition de l'opposition, elle, commence dès ce soir.