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UN JOUR, UN PAYS

Malawi : le cœur chaud de l'Afrique à l'épreuve de la crise

UN JOUR, UN PAYS Source : EPOC - création IA

Le 24 septembre 2025, le président sortant Lazarus Chakwera a reconnu sa défaite à la télévision. « Il est juste que je concède la défaite par respect pour votre volonté de citoyens et par respect pour la Constitution », a déclaré l'ancien pasteur de 70 ans. Son prédécesseur et adversaire, Peter Mutharika, 85 ans, venait de remporter l'élection présidentielle avec 56,8 % des voix. Cette alternance, rare sur un continent où les sortants s'accrochent souvent au pouvoir, a valu au Malawi des éloges pour la solidité de ses institutions — au moment même où son économie s'effondrait.

Le pays, enclavé au sud-est de l'Afrique, doit son surnom de « cœur chaud de l'Afrique » à la réputation d'hospitalité de ses habitants. Coincé entre la Zambie, la Tanzanie et le Mozambique, il s'étire le long du lac Malawi, troisième plus grand lac d'Afrique, dont les eaux abritent des centaines d'espèces de poissons uniques au monde et nourrissent une part importante de la population. Avec plus de 21 millions d'habitants pour une superficie comparable à celle de la Grèce, le Malawi compte parmi les pays les plus densément peuplés et les plus pauvres du continent.

Son histoire récente est celle d'une émancipation progressive. Ancien protectorat britannique du Nyassaland, le pays accède à l'indépendance en 1964 sous la conduite de Hastings Kamuzu Banda, qui instaure aussitôt un régime de parti unique et se proclame président à vie. Trois décennies de pouvoir autoritaire suivent, marquées par la répression et le culte de la personnalité, avant qu'un référendum en 1993, puis des élections multipartites en 1994, n'ouvrent l'ère démocratique. Depuis, le Malawi a connu des transitions mouvementées mais pacifiques, dont la plus marquante reste l'annulation par la Cour constitutionnelle, en 2020, d'une présidentielle entachée d'irrégularités — un précédent salué dans toute l'Afrique, qui avait précisément porté Chakwera au pouvoir.

L'économie, en revanche, n'a jamais réussi à décoller. Le Malawi vit essentiellement de l'agriculture, qui emploie la grande majorité de la population et repose lourdement sur le tabac, première source de devises, ainsi que sur le thé, le sucre et le maïs vivrier. Cette dépendance à quelques cultures, soumises aux cours mondiaux et aux caprices du climat, rend le pays extraordinairement vulnérable. Sécheresses et inondations à répétition, aggravées par le réchauffement, ont détruit récoltes et infrastructures. Selon la Banque mondiale, près des trois quarts des Malawiens vivent sous le seuil de pauvreté de trois dollars par jour.

C'est ce naufrage économique qui a scellé le sort de Lazarus Chakwera. Élu en 2020 sur des promesses de création d'emplois et de lutte contre la corruption, l'ancien dirigeant de l'Assemblée de Dieu a vu son mandat emporté par une crise du coût de la vie. L'inflation a atteint environ 33 %, le prix du maïs et de l'engrais a flambé, et de longues files d'attente aux stations-service sont devenues le symbole quotidien des pénuries de carburant et de devises. Ses détracteurs lui ont reproché mauvaise gestion et indécision. Le pays manquait de dollars pour importer le nécessaire, et les bailleurs internationaux, échaudés, avaient suspendu une partie de leurs concours.

Le retour de Peter Mutharika ressemble à un pari sur le passé. Ancien professeur de droit ayant enseigné aux États-Unis, frère du président Bingu wa Mutharika décédé en fonction en 2012, il avait déjà dirigé le pays de 2014 à 2020. On lui crédite alors une amélioration des infrastructures et une maîtrise de l'inflation. Mais à 85 ans, il devient l'un des chefs d'État les plus âgés du monde, et hérite d'une situation autrement plus dégradée que celle qu'il avait laissée. Les attentes sont immenses, les marges de manœuvre minces.

Le défi dépasse la seule conjoncture. Le Malawi a lancé une stratégie de développement à long terme, baptisée Vision 2063, qui ambitionne de transformer une économie agraire de subsistance en un pays à revenu intermédiaire industrialisé. Sur le papier, les atouts existent : une population jeune, des terres fertiles, un potentiel minier encore peu exploité et des paysages — le lac, les plateaux, les réserves animalières — qui pourraient nourrir un tourisme aujourd'hui embryonnaire. Mais rien de tout cela ne se concrétisera sans stabilité macroéconomique, sans devises et sans investissements que le pays peine à attirer.

La nouvelle administration devra aussi rétablir la confiance des partenaires extérieurs, du Fonds monétaire international aux voisins régionaux, dont dépend l'accès aux importations vitales. La saison agricole, suspendue comme toujours aux pluies, déterminera dans une large mesure si les Malawiens mangeront à leur faim dans les prochains mois.

L'alternance de 2025 a démontré la maturité d'une démocratie où le verdict des urnes s'impose, même au sommet. Reste à savoir si elle suffira à nourrir un peuple. Peter Mutharika a promis de redresser l'économie. Dans les marchés de Lilongwe et de Blantyre, où le prix du sac de maïs reste scruté chaque matin, on attend désormais des actes.