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Émirats arabes unis : la fédération qui voulait survivre au pétrole

UN JOUR, UN PAYS Source : EPOC - création IA

En un demi-siècle, sept principautés désertiques posées sur la rive sud du golfe Persique sont devenues l'un des carrefours les plus fréquentés de la planète. Là où, dans les années 1960, des pêcheurs de perles et des bédouins vivaient au rythme des saisons, s'élèvent aujourd'hui la plus haute tour du monde, des ports parmi les plus actifs de la planète et des aéroports qui relient l'Asie à l'Europe en quelques heures. Les Émirats arabes unis comptent désormais environ 11,7 millions d'habitants — dont une écrasante majorité d'étrangers — et incarnent l'ascension la plus spectaculaire du monde arabe contemporain.

La fédération naît le 2 décembre 1971, lorsque le Royaume-Uni se retire du Golfe. Six émirats — Abou Dhabi, Dubaï, Charjah, Ajman, Oumm al-Qaïwaïn et Foujaïrah — s'unissent sous l'impulsion de Cheikh Zayed ben Sultan Al Nahyane, fondateur et figure tutélaire du pays ; Ras al-Khaïmah les rejoint l'année suivante. L'architecture politique reste originale : chaque émirat conserve son dirigeant et une large autonomie, tandis qu'un Conseil suprême des souverains désigne le président de la fédération. Par tradition, ce dernier est l'émir d'Abou Dhabi, le plus vaste et le plus riche des sept. Depuis 2022, il s'agit de Mohamed ben Zayed Al Nahyane, fils du fondateur, qui a succédé à son demi-frère Khalifa et imprime au pays une diplomatie active et une stratégie économique offensive.

La puissance émiratie repose d'abord sur le pétrole, dont les gisements se concentrent presque entièrement à Abou Dhabi. Ces réserves, parmi les plus importantes du monde, ont financé l'État-providence généreux dont bénéficient les citoyens émiratis, l'édification d'infrastructures démesurées et la constitution de fonds souverains qui pèsent aujourd'hui des centaines de milliards de dollars sur les marchés mondiaux. Mais c'est Dubaï, presque dépourvu de pétrole, qui a forgé l'image moderne du pays. Faute de rente abondante, l'émirat a misé sur le commerce, l'immobilier, le tourisme, l'aviation et la finance, devenant un hub global où transitent marchandises, capitaux et voyageurs.

Cette réussite a un prix social et démographique singulier. Les Émiratis de souche représentent une faible minorité de la population : l'essentiel de la main-d'œuvre vient d'Asie du Sud — Inde, Pakistan, Bangladesh, Philippines — et occupe les chantiers, les services et l'hôtellerie. Le modèle a longtemps reposé sur le système de la kafala, qui lie le travailleur à son employeur et a valu au pays de vives critiques d'organisations de défense des droits humains, dénonçant des conditions de travail difficiles et une protection insuffisante. Sous la pression internationale, notamment à l'approche de grands rendez-vous mondiaux, les autorités ont engagé des réformes du droit du travail et assoupli certaines règles, sans faire taire toutes les réserves.

Sur le plan des libertés, les Émirats demeurent un régime autoritaire où les partis politiques sont interdits, la presse étroitement encadrée et la contestation rare. Le pays cultive en revanche une image d'ouverture et de tolérance religieuse inédite dans la région : il a inauguré une « maison de la famille abrahamique » réunissant mosquée, église et synagogue, et a normalisé ses relations avec Israël en 2020 dans le cadre des accords d'Abraham, un tournant diplomatique majeur. Cette stratégie de modération affichée vise autant à attirer investisseurs et talents qu'à se positionner comme un acteur stable dans un Moyen-Orient agité.

Car la grande affaire des Émirats, désormais, est de préparer l'après-pétrole. Conscient que les hydrocarbures ne porteront pas indéfiniment sa prospérité, le pays investit massivement dans les énergies renouvelables, l'intelligence artificielle, l'espace — une sonde émiratie est en orbite autour de Mars depuis 2021 — et l'industrie de pointe. En 2023, il a accueilli à Dubaï la conférence climatique des Nations unies, la COP28, où s'est négocié pour la première fois un appel à sortir des énergies fossiles : une mise en scène paradoxale pour l'un des grands producteurs mondiaux de brut, qui entend néanmoins se poser en intermédiaire de la transition.

Le rayonnement émirati se mesure aussi à sa capacité d'attraction. Dubaï et Abou Dhabi se disputent les sièges régionaux des multinationales, les fortunes en quête de fiscalité douce et les expatriés en quête de sécurité. La réforme du système de visas, l'ouverture à la propriété étrangère et la création de visas de long séjour ont accéléré ce mouvement. Le pays s'est même doté d'un impôt sur les sociétés en 2023, rompant avec des décennies de fiscalité quasi nulle — signe d'un État qui cherche à diversifier ses recettes autant que son économie.

Les fragilités, pourtant, ne disparaissent pas. La dépendance persistante d'Abou Dhabi au pétrole, l'exposition de Dubaï aux cycles immobiliers, les tensions régionales du Golfe et la question des droits des travailleurs continuent de peser. La fédération doit aussi composer avec les ambitions parfois divergentes de ses émirats, qui ne partagent ni la même richesse ni toujours la même vision.

Mohamed ben Zayed a fait de la diversification et de la stabilité régionale ses priorités affichées. Le pari engagé il y a un demi-siècle — bâtir une nation moderne sur le sable et le pétrole — a réussi au-delà de toute prévision. Reste à savoir si la deuxième étape, vivre sans le pétrole qui a tout permis, tiendra ses promesses. Les Émirats ont fixé l'horizon : pour leur centenaire, en 2071, ils se rêvent en puissance mondiale affranchie du brut.