Quelques jours après avoir officiellement déposé sa candidature à un second mandat, Kelly Ayotte a vu deux textes chers à son propre camp s'effondrer. Sur les armes à feu comme sur l'éducation, des élus républicains de la Chambre et du Sénat du New Hampshire ont rejoint les démocrates pour faire tomber les mesures, que la gouverneure semblait elle-même prête à combattre. «Le New Hampshire, ce n'est pas une question de parti», a-t-elle lancé aux journalistes, ajoutant qu'elle se réveille chaque matin en se demandant «ce qui est le mieux pour le New Hampshire». Elle fête aujourd'hui ses 58 ans.
Cette posture d'arbitre au-dessus des étiquettes, Ayotte la cultive depuis ses débuts. Née le 27 juin 1968 à Nashua, juriste de formation, elle s'est d'abord fait connaître comme procureure générale de l'État, fonction qu'elle a exercée de 2004 à 2009. La trajectoire l'a ensuite menée à Washington: élue sénatrice des États-Unis en 2010, elle a siégé six ans au Capitole, où elle s'est forgé une réputation de républicaine modérée, spécialiste des questions de défense et de sécurité nationale. La vague de 2016 l'a emportée. Battue de justesse par la démocrate Maggie Hassan, elle a quitté le Sénat sans renoncer à la vie publique.
Son retour s'est fait par le sommet de l'État. Élue gouverneure en 2024, elle est entrée en fonction en janvier 2025, devenant la 83e personne à diriger le New Hampshire. Au terme de sa première année, les observateurs la décrivaient en position de force, populaire et solidement installée, mais confrontée à des défis qui n'allaient pas tarder à se préciser.
Le principal de ces défis porte un nom: Donald Trump. Dans un État où l'électorat indépendant fait et défait les majorités, la proximité ou la distance avec le président républicain est devenue une équation délicate. Trop proche, Ayotte risque de heurter les modérés qui font sa force; trop distante, elle s'expose à la colère de la base trumpiste. Sa gestion de cette tension, faite d'équilibres prudents, sera scrutée jusqu'au scrutin de novembre.
Son rapport au pouvoir législatif illustre la même ambivalence. Tour à tour qualifiée d'adversaire, de distante ou de conciliante par les élus qui la côtoient, Ayotte navigue entre les blocs sans jamais s'y enfermer. L'épisode de juin, où elle a laissé tomber des textes portés par sa propre majorité, en offre l'exemple le plus net. Pour ses partisans, c'est la preuve d'une gouverneure fidèle à la tradition pragmatique du Granite State. Pour ses adversaires, le signe d'une dirigeante difficile à cerner.
La campagne s'annonce frontale. Le 4 juin, Ayotte a déposé les documents officialisant sa quête d'un nouveau mandat de deux ans. Quelques heures plus tard, la démocrate Cinde Warmington faisait de même, ouvrant cinq mois d'affrontement. Les premières passes d'armes n'ont pas tardé: Warmington accuse la gouverneure d'avoir trahi les habitants de l'État et affiche des taux d'approbation qu'elle juge historiquement bas. Le camp Ayotte conteste le diagnostic et rappelle qu'aucun obstacle évident ne barre, pour l'heure, la route de la sortante.
À 58 ans, Kelly Ayotte joue une partie qui dépasse le seul New Hampshire. Dans une année qui s'annonce difficile pour les républicains à l'échelle nationale, sa réélection servirait de test grandeur nature: celui de savoir si une figure modérée peut encore tenir le centre dans un parti tiré vers ses marges. La primaire est fixée au 8 septembre, l'élection au 3 novembre. D'ici là, la gouverneure continuera de répéter sa formule favorite, celle d'un État qui se voudrait au-dessus des partis. Les électeurs diront s'ils y croient encore.