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CALEDONIE - PROVINCIALES 28/06

En Nouvelle-Calédonie, un scrutin sous tension avant le retour aux urnes

CALEDONIE - PROVINCIALES 28/06 Source : EPOC - création IA

Trois millions et demi de documents à glisser dans des enveloppes en quatre jours. Entre le 18 et le 23 juin, agents et personnels réquisitionnés ont mis sous pli professions de foi et bulletins de vote destinés aux quelque 192 000 électeurs de l'archipel. À une semaine du vote, cette logistique de masse dit l'enjeu : dimanche 28 juin, les Calédoniens éliront les assemblées de leurs trois provinces, le Sud, le Nord et les Îles Loyauté, pour la première fois depuis 2019.

Ce sont les premières élections provinciales depuis les émeutes de mai 2024, qui ont fait plusieurs morts et ravagé une partie de l'économie du territoire. Le scrutin se joue en un seul tour, à la proportionnelle de liste. Soixante-seize conseillers provinciaux seront désignés : quarante dans le Sud, vingt-deux dans le Nord, quatorze aux Îles. Cinquante-quatre d'entre eux siégeront ensuite au Congrès, l'assemblée délibérante qui élit le gouvernement collégial de la Nouvelle-Calédonie. Les rapports de force qui sortiront des urnes désigneront aussi les interlocuteurs des futures négociations sur l'avenir institutionnel.

Le corps électoral a été élargi pour l'occasion. Une loi organique a réintégré 10 575 natifs jusque-là exclus de la liste spéciale, faisant passer le nombre d'inscrits d'environ 169 000 en 2019 à près de 192 000. Ce dégel partiel figurait parmi les promesses de l'accord signé le 12 juillet 2025 à Bougival, qui prévoyait la création d'un « État de la Nouvelle-Calédonie » au sein de la Constitution et l'instauration d'une nationalité calédonienne. Mais la révision constitutionnelle censée traduire ce compromis a été rejetée au printemps 2026. Le scrutin se tient donc selon le statut hérité de l'accord de Nouméa de 1998, à peine corrigé par l'ajout des natifs.

Cet élargissement n'a satisfait personne. Les Loyalistes ont jugé l'ouverture du corps électoral « largement insuffisante », tandis que le FLNKS y voyait un « passage en force de l'État ». Sonia Backès, présidente de la province Sud, conduit la liste « Les Loyalistes et le Rassemblement, Forts et Unis », entourée de Nicolas Metzdorf, de Gil Brial et de Virginie Ruffenach. En face, le Front de libération nationale kanak et socialiste présente la liste « Kanaky pour tous », menée par Johanito Wamytan, de l'Union calédonienne.

La conversion des voix en sièges obéit à la proportionnelle, avec un seuil que chaque liste doit franchir pour accéder à la répartition. Le scrutin se déroulant à un tour, aucune alliance de second tour ne viendra corriger les résultats du soir : les électeurs tranchent en une seule fois, ce qui prime tout particulièrement les listes capables de rassembler dès le premier passage. Les Calédoniens installés loin du territoire, dans l'Hexagone ou à l'étranger, se sont organisés pour voter par procuration, faute de bureaux ouverts hors de l'archipel.

Le camp indépendantiste avance divisé. Le Parti de libération kanak et l'Union progressiste en Mélanésie, ses composantes les plus à gauche, ont suspendu leur participation aux instances du FLNKS. Dans la province Nord, Paul Néaoutyine, qui préside la collectivité depuis 1999 et reste une figure historique du Palika, conduit une liste ouvertement hostile à l'accord de Bougival. Au total, vingt-trois listes restent en lice après la décision du tribunal administratif, le 13 juin, confirmant le refus d'enregistrement de l'une d'elles.

Ces élections auraient dû se tenir au printemps 2024. Elles ont été repoussées à trois reprises, au fil des tentatives de relancer un dialogue institutionnel après les trois référendums d'autodétermination organisés entre 2018 et 2021, tous remportés par le non à l'indépendance, le dernier largement boycotté par les indépendantistes. Le report fixant la date du 28 juin a été acté par une loi organique du 6 novembre 2025. Le Conseil constitutionnel a prévenu : ce troisième renvoi « devra être le dernier ».

L'arrière-plan économique pèse autant que le calendrier institutionnel. Les émeutes de mai 2024 ont détruit des centaines de commerces et d'entreprises, fragilisé la filière du nickel, pilier industriel du territoire, et laissé des milliers de salariés sans activité. La reconstruction, son financement et le sort des emplois s'invitent dans une campagne que les candidats non indépendantistes ont largement placée sur le terrain de l'urgence sociale et de la stabilité, quand les listes indépendantistes maintiennent au premier plan la revendication de souveraineté.

La sécurité reste l'autre préoccupation des autorités. Quelque 2 400 membres des forces de l'ordre, dont 1 120 gendarmes mobiles, sont déployés dans l'archipel jusqu'à la mi-juillet, avec une vigilance particulière sur les meetings et les sites jugés sensibles. Le souvenir des violences de l'an dernier pèse sur une campagne qui se déroule, pour l'heure, sans incident majeur.

La campagne officielle s'achèvera dans la nuit du vendredi 26 au samedi 27 juin. En 2019, malgré l'importance des enjeux, l'abstention avait atteint 33,5 %. Les cinquante-quatre sièges du Congrès qui sortiront du vote détermineront la composition du prochain gouvernement et, surtout, l'identité des responsables avec lesquels Paris devra rouvrir une discussion que le rejet de la révision constitutionnelle a laissée sans issue. Le scrutin a lieu dans une semaine. À Nouméa, personne ne parie sur un rapprochement des camps.