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CONGO RDC - NECROLOGIE

Mort de Norbert Likulia Bolongo, dernier Premier ministre de Mobutu

CONGO RDC - NECROLOGIE Source : Beto

Le 9 avril 1997, lorsque Mobutu Sese Seko le nomme Premier ministre, Norbert Likulia Bolongo hérite d'un pays qui se vide de l'intérieur. Les colonnes de l'Alliance des forces démocratiques pour la libération du Congo, conduites par Laurent-Désiré Kabila, remontent vers Kinshasa. Le maréchal est malade, exilé sur sa propre terre. Le général juriste accepte malgré tout de diriger ce qu'on appelle alors un « gouvernement de salut national », expression qui sonne déjà comme un constat de défaite. Vingt-neuf ans plus tard, le 26 juin 2026, il s'est éteint à Paris à l'âge de 86 ans, dernier survivant d'une fonction que l'Histoire avait condamnée avant même qu'il ne l'occupe.

Sa mort referme l'un des derniers chapitres de l'ère Mobutu. Né le 8 juillet 1939 à Basoko, sur les rives du fleuve Congo dans l'actuelle province de la Tshopo, Likulia Bolongo appartenait à cette génération d'officiers que le régime avait formés à la fois au commandement et au droit. Docteur en droit passé par l'université d'Aix-Marseille, professeur, spécialiste reconnu du droit pénal militaire, il a publié des ouvrages encore consultés dans les facultés congolaises. Cette double appartenance, l'uniforme et la robe, l'a accompagné toute sa carrière et a façonné sa réputation d'homme méthodique dans un appareil d'État qui l'était rarement.

Avant d'atteindre la primature, il avait gravi tous les échelons de l'appareil sécuritaire zaïrois. Procureur général militaire, secrétaire d'État puis ministre de la Défense, administrateur général chargé du renseignement, vice-Premier ministre : peu d'hommes ont connu d'aussi près les mécanismes de la sécurité nationale sous Mobutu. Cette proximité avec le cœur du pouvoir a nourri les critiques de ceux qui voyaient en lui un pilier du régime autant qu'un serviteur de l'État. Lui s'est toujours présenté comme un légaliste, attaché à la continuité des institutions à un moment où elles se désintégraient.

Sa nomination en avril 1997 intervient dans un climat de panique. Le Zaïre n'a plus d'armée digne de ce nom, les caisses sont vides, et la rébellion avance sans rencontrer de résistance sérieuse. Likulia Bolongo dispose de quelques semaines, pas davantage. Le 17 mai, Kabila entre dans la capitale ; Mobutu a déjà quitté le pays. Beaucoup, à Kinshasa, lui reconnaissent d'avoir contribué à éviter le bain de sang que l'on redoutait lors de la bascule du pouvoir. La transition s'est faite sans bataille rangée dans la ville, et cette retenue figure aujourd'hui parmi les éléments les plus cités de son bilan.

La chute du régime ne l'a pas réduit au silence. Réfugié un temps à l'étranger, il est revenu sur la scène politique congolaise comme une voix consultée davantage qu'écoutée. Candidat à l'élection présidentielle de 2006, le premier scrutin libre organisé dans le pays depuis l'indépendance, il n'a pesé que marginalement face à Joseph Kabila et Jean-Pierre Bemba. Il a néanmoins continué d'intervenir dans les débats sur la gouvernance, la réforme de l'armée et la justice militaire, domaines où son expertise restait incontestée. Ceux qui l'ont fréquenté dans ses dernières années décrivent un homme resté lucide sur les errements du pays, et fidèle à une conception exigeante de l'État.

Sa disparition a suscité une vague d'hommages dont la tonalité en dit long sur sa place ambiguë dans la mémoire nationale. Des salons politiques de Kinshasa aux amphithéâtres universitaires, en passant par les rangs des anciens compagnons d'armes, les réactions ont salué l'homme d'État et le juriste plus que l'acteur d'un régime contesté. La presse congolaise, qui a annoncé sa mort dès le 26 juin, l'a tour à tour décrit comme « un géant de l'histoire congolaise » et comme le témoin d'une époque que beaucoup, dans la jeune génération, ne connaissent que par les manuels. Les détails de ses obsèques, a fait savoir sa famille, seront communiqués prochainement.

Le moment de sa mort n'est pas neutre. La République démocratique du Congo traverse une nouvelle séquence de crise, marquée par les combats dans l'est du pays et par un débat tendu sur une éventuelle révision de la Constitution. La figure de Likulia Bolongo, dernier chef de gouvernement d'un État qui a changé de nom et de régime sous les armes, rappelle aux Congolais que les transitions politiques se sont rarement faites pacifiquement dans leur histoire récente. Sa génération, celle qui a vécu l'indépendance de 1960, la longue parenthèse mobutiste et l'effondrement de 1997, s'efface une à une.

Restent ses livres, qui continuent de former les juristes militaires, et le souvenir de ces quelques semaines de 1997 où un professeur de droit a tenté de gérer juridiquement la fin d'un État. Norbert Likulia Bolongo aura été l'homme d'un paradoxe : avoir servi jusqu'au bout un pouvoir personnel tout en se réclamant de la légalité, et avoir présidé à la disparition d'un régime sans avoir jamais cessé de croire aux institutions. Il aurait eu 87 ans le 8 juillet prochain.