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MEMOIRE D URNES

29 juin 2026 : À Oulan-Bator, le balancier électoral renverse les démocrates

MEMOIRE D URNES Source : EPOC - création IA

Oulan-Bator, 30 juin 2016. Sur les écrans de la commission électorale, le verdict est tombé sans le moindre suspense au fil de la nuit : le Parti du peuple mongol, héritier de l'ancien parti unique communiste, rafle 65 des 76 sièges du Grand Khoural. Le Parti démocrate, au pouvoir depuis 2012, en conserve neuf. Rarement une assemblée nationale aura autant changé de visage en une seule journée de vote.

Les électeurs avaient été appelés aux urnes la veille, mercredi 29 juin. Le taux de participation s'est établi à 74,35 %, chiffre élevé pour ce pays de trois millions d'habitants pris entre la Russie et la Chine. Le scrutin se tenait selon un mode de désignation revenu au scrutin majoritaire, après plusieurs réformes successives qui ont divisé l'opposition autant qu'elles ont brouillé les repères des électeurs. Ce système a transformé une avance en voix relativement modeste en une majorité écrasante en sièges, donnant au Parti du peuple mongol une domination presque sans contre-pouvoir au Parlement.

Le scrutin s'est joué sur l'économie, et sur elle presque seule. La Mongolie a connu il y a quelques années l'une des croissances les plus rapides de la planète, portée par ses richesses minières, le cuivre et le charbon, et par les milliards d'investissements étrangers attirés par des gisements géants comme celui d'Oyou Tolgoï. Cette euphorie est retombée. La chute des cours des matières premières, le ralentissement de la demande chinoise et plusieurs différends avec les compagnies minières internationales ont tari les capitaux. La monnaie nationale, le tugrik, s'est effondrée. La dette publique s'est creusée jusqu'à devenir le sujet de toutes les conversations, des yourtes de la périphérie aux immeubles de bureaux du centre.

Les démocrates ont payé l'addition. Arrivés aux affaires sur la promesse de mieux répartir la manne minière, ils quittent le pouvoir avec un pays endetté, une monnaie affaiblie et une population qui a vu son pouvoir d'achat fondre. La corruption, accusation récurrente de la vie politique mongole, a nourri la défiance. Les électeurs ont sanctionné, et ils l'ont fait massivement.

Le Parti du peuple mongol hérite donc d'une victoire qui ressemble à un fardeau. Sa supermajorité lui donne les coudées franches pour gouverner, sans excuse possible en cas d'échec. Les marchés observent déjà comment le futur gouvernement entend traiter une dette extérieure dont plusieurs échéances approchent et qui fait planer la perspective d'un recours au Fonds monétaire international. Le futur Premier ministre, Jargaltulgyn Erdenebat, devra trancher entre l'austérité que réclament les créanciers et les attentes sociales d'un électorat qui vient précisément de chasser ceux qu'il jugeait responsables de ses difficultés.

La Mongolie reste un cas particulier dans son voisinage. Coincée entre deux puissances autoritaires, elle a fait le pari de la démocratie parlementaire au début des années 1990, après des décennies dans l'orbite soviétique. Ses alternances, parfois brutales, sont devenues une habitude. Le pouvoir y change de mains à intervalles réguliers, et le parti aujourd'hui triomphant a déjà connu, il y a quatre ans, la défaite qu'il inflige aujourd'hui à ses adversaires. Cette respiration démocratique fait figure d'exception dans une région qui n'en compte guère.

Sur les marchés de la capitale, où le tugrik affaibli renchérit chaque importation, le scrutin se commentait sans illusion excessive. Beaucoup d'électeurs disent avoir voté moins par adhésion que par lassitude, espérant qu'un autre attelage saura desserrer l'étau financier. Le vote des éleveurs nomades, recueilli dans les provinces reculées au prix de longues tournées, a confirmé la tendance des centres urbains : le rejet du parti sortant traverse toutes les catégories.

La jeunesse, qui forme une part importante de la population, a particulièrement pesé. Diplômés sans emploi, salariés dont les revenus stagnent, familles endettées en devises étrangères au moment où la monnaie nationale se dépréciait : cette génération a fait du vote un exutoire. Elle attend désormais des résultats rapides, sur l'emploi comme sur le coût de la vie, et ne se montrera guère plus patiente avec les vainqueurs d'aujourd'hui qu'elle ne l'a été avec les vaincus. Le Parti du peuple mongol le sait, lui qui hérite d'un mandat de quatre ans et d'une marge d'erreur des plus minces.

Le scrutin s'est aussi joué sur un terrain plus diffus, celui de la confiance dans la parole publique. Les démocrates avaient promis que chaque citoyen toucherait sa part des bénéfices miniers, jusqu'à distribuer des actions et des aides directes. Quand les cours se sont retournés, ces promesses se sont muées en désillusion, puis en colère. Le Parti du peuple mongol a fait campagne sur ce ressentiment, accusant ses adversaires d'avoir dilapidé une richesse exceptionnelle et endetté les générations futures. Son discours, plus prudent sur les engagements chiffrés, a séduit un électorat échaudé par les belles paroles.

La nouvelle majorité prendra ses fonctions dans les prochaines semaines. Elle devra composer avec une présidence encore détenue par un démocrate, Tsakhiagiin Elbegdorj, dont le mandat court jusqu'à l'an prochain. Cette cohabitation à la mongole promet des arbitrages tendus sur la conduite des négociations financières et sur le sort des grands projets miniers, véritable colonne vertébrale de l'économie nationale. Les observateurs internationaux, présents pour superviser le vote, ont salué un déroulement régulier, signe que l'alternance reste, ici, une mécanique qui fonctionne.

Reste la question que personne, à Oulan-Bator, ne tranche au lendemain du vote : un changement d'équipe suffira-t-il à inverser la chute des cours mondiaux dont dépend, pour l'essentiel, la prospérité du pays. Le Parti du peuple mongol a promis de relancer la machine. Les prix du cuivre, eux, se fixent à Londres et à Shanghai, loin des urnes du Grand Khoural.