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ITALIE - ANNIVERSAIRE

Eugenio Giani, l'historien qui gouverne la Toscane

ITALIE - ANNIVERSAIRE Source : Facebook du PM

Il fête aujourd'hui ses 67 ans. Eugenio Giani est né le 30 juin 1959 à Empoli, petite ville industrieuse du Val d'Arno inférieur, à une trentaine de kilomètres de Florence. Ce 30 juin, l'homme qui dirige la région la plus chargée d'histoire d'Italie souffle ses bougies avec, pour la première fois depuis longtemps, l'assurance d'un mandat reconduit. À l'automne dernier, les électeurs toscans lui ont accordé un second tour de piste à la tête de la giunta régionale. Pour un passionné d'histoire devenu acteur de celle de sa région, l'anniversaire a une saveur particulière.

Empoli a façonné l'homme avant que Florence ne façonne le responsable politique. Fils d'une Toscane laborieuse, attaché aux racines socialistes de cette terre rouge, Giani grandit dans une région où l'engagement civique se transmet presque comme un héritage de famille. Il choisit l'histoire comme discipline et comme boussole. Cette formation d'historien n'est pas un détail biographique : elle irrigue toute sa manière d'occuper l'espace public, faite de références au passé, de commémorations soignées et d'une obsession du patrimoine que ses détracteurs jugent parfois envahissante, et que ses partisans tiennent pour une marque de fabrique.

Son entrée en politique se fait sous la bannière du Parti socialiste italien, la formation qui structurait alors une large part de la gauche toscane. Quand le paysage politique italien se recompose, Giani rejoint en 2009 le Parti démocrate, devenu la grande maison du centre gauche péninsulaire. Cette même année marque une étape : il accède à la présidence du conseil municipal de Florence, fonction qui le place au cœur des institutions de la ville berceau de la Renaissance. Florence devient son terrain, sa vitrine et son école de gouvernement.

La consécration régionale arrive par étapes. En mars 2010, Giani est élu pour la première fois au conseil régional de Toscane, dans la circonscription de Florence, sur la liste du Parti démocrate. Réélu en 2015, il prend alors la présidence de l'assemblée régionale, poste qu'il occupe pendant cinq ans. Ce rôle de président du conseil régional, moins exposé que celui de gouverneur mais stratégique, lui permet de tisser des relations dans tous les territoires de la région, des Apennins aux côtes de la Maremme, et de se constituer le réseau qui le portera plus haut.

En octobre 2020, Eugenio Giani devient le huitième président de la région Toscane, succédant à Enrico Rossi. Il l'emporte alors avec environ 48 % des voix face à un adversaire crédité de 40 %, dans un scrutin scruté à l'échelle nationale parce qu'il testait la résistance d'un bastion historique de la gauche. La Toscane gouvernée sans interruption par le centre gauche depuis des décennies tenait, mais l'écart rappelait que la digue n'était plus aussi haute qu'autrefois.

Le verdict d'octobre 2025 a dissipé ces doutes, du moins en apparence. Le 13 octobre, les Toscans ont confirmé Giani à la tête de la région avec environ 54 % des suffrages, contre près de 41 % à son principal rival, Alessandro Tomasi, maire de Pistoia soutenu par le centre droit. La coalition élargie réunissant le Parti démocrate, l'Alliance Verts et Gauche, les réformistes et le Mouvement 5 étoiles a nettement devancé l'opposition. La candidate de la gauche radicale Antonella Bundu est restée autour de 4,5 %. Giani entamait ainsi un second mandat avec une majorité plus large que lors de sa première élection, signe d'un centre gauche recomposé et discipliné autour de sa personne.

Une ombre, pourtant, planait sur ce triomphe : la participation. Avec 47,73 % de votants, le scrutin de 2025 a enregistré la plus faible affluence de l'histoire régionale, loin des 62,60 % de 2020. Le score net du président reposait donc sur un corps électoral mobilisé à moins d'un électeur sur deux. Giani devient le huitième président depuis 1970, au terme de douze élections en cinquante-cinq ans, mais il hérite aussi d'une question que toute la classe politique italienne se pose : comment regouverner des régions où la moitié des citoyens ne se déplacent plus.

Le personnage déborde largement du cadre partisan. Avant et pendant sa carrière d'élu, Giani s'est investi dans le sport et la culture avec une énergie qui force le respect, y compris chez ses adversaires. Délégué provincial du CONI, le Comité olympique national italien, à Florence, il a aussi siégé au conseil national de l'institution. Sa passion pour l'histoire et le patrimoine l'a conduit à présider le musée Stibbert, écrin florentin d'armures et d'objets d'art, ainsi que la Société dantesque italienne, gardienne de l'héritage de Dante Alighieri. Peu de responsables régionaux peuvent revendiquer une telle proximité avec les institutions culturelles qu'ils administrent.

Cette double identité, mi-administrateur mi-érudit, explique son rapport singulier au pouvoir. Là où d'autres gouvernent par dossiers techniques, Giani gouverne aussi par symboles : une commémoration, une exposition, un anniversaire d'une figure toscane, une inauguration patrimoniale. Ses adversaires lui reprochent parfois de préférer la célébration à la décision. Ses soutiens répondent qu'à la tête d'une région dont le nom évoque immédiatement les Offices, le Chianti et la Renaissance, l'identité est aussi un instrument de gouvernement, et même un actif économique de premier ordre.

À 67 ans, l'homme d'Empoli aborde donc son anniversaire avec un calendrier chargé. Le second mandat ouvert à l'automne devra répondre aux attentes d'une coalition hétéroclite, aux défis d'une santé publique régionale sous tension et aux interrogations sur l'abstention. Le passionné d'histoire sait mieux que personne que les bilans se jugent à distance. Pour l'heure, le 30 juin lui offre une parenthèse : celle d'un Toscan qui, après avoir présidé musées, comités et assemblées, célèbre un nouvel anniversaire au sommet de la région à laquelle il a consacré sa vie publique.