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DJIBOUTI - ANNIVERSAIRE

Abdoulkader Kamil Mohamed, l'ingénieur de l'eau qui a tenu la Primature

DJIBOUTI - ANNIVERSAIRE Source : Facebook du PM

Le 1er juillet, dans les bureaux de la Primature de Djibouti, Abdoulkader Kamil Mohamed fête aujourd'hui ses 74 ans. Né le 1er juillet 1952 à Souali, dans la région d'Obock, à la pointe nord d'un pays minuscule coincé entre la mer Rouge et le golfe d'Aden, il occupe le poste de chef du gouvernement depuis treize ans, une longévité rare sur le continent africain. Quelques semaines avant cet anniversaire, le 14 mai 2026, le président Ismaïl Omar Guelleh l'avait reconduit dans ses fonctions par le décret n°2026-091/PRE, prolongeant une collaboration qui dure désormais plus d'une décennie.

L'homme n'a rien d'un tribun. Sa trajectoire est celle d'un technicien devenu rouage central de l'appareil d'État. Avant la politique, il y eut l'eau. Formé à l'Université de Limoges, en France, où il décroche un diplôme en sciences techniques avec une spécialisation en gestion de l'eau et de l'environnement, le jeune Abdoulkader revient dans un pays où la ressource hydrique conditionne la survie. Djibouti, terre volcanique et désertique, compte parmi les nations les plus arides de la planète. Maîtriser l'eau, c'est y détenir une forme de pouvoir.

Sa carrière commence à l'autorité chargée de l'eau de Djibouti. Directeur général par intérim dès 1978, à l'aube de l'indépendance arrachée à la France un an plus tôt, il dirige durablement l'organisme de 1983 à 2005. Vingt-deux années à la tête de la gestion hydraulique nationale forgent une réputation de gestionnaire méthodique, étranger aux éclats. Cette discrétion deviendra sa marque de fabrique.

Le passage vers la politique se fait par étapes mesurées. En mai 2005, il entre au gouvernement comme ministre de l'Agriculture, portefeuille où l'expertise en eau prend tout son sens dans un pays qui importe l'essentiel de son alimentation. Il y reste six ans, jusqu'en 2011, avant de basculer vers un domaine autrement plus sensible: la Défense. Ce déplacement n'a rien d'anodin dans une région où Djibouti, par sa position stratégique à l'entrée de la mer Rouge, héberge des bases militaires américaine, française, chinoise et japonaise. Le petit État vend sa géographie au prix fort et tire de cette rente une stabilité que beaucoup de ses voisins lui envient.

Le 1er mars 2013, Ismaïl Omar Guelleh le nomme Premier ministre. Il prend ses fonctions le 1er avril suivant. Le choix surprend peu les observateurs de la vie politique djiboutienne: Abdoulkader Kamil Mohamed coche les cases d'un équilibre subtil. Issu de la communauté afar, il incarne le partage du pouvoir entre les deux grandes composantes ethniques du pays, les Afars et les Issas, un dosage que le régime cultive avec soin depuis la guerre civile des années 1990. Sa nomination répond à une grammaire politique autant qu'à un mérite administratif.

Depuis, il assure la continuité. Sous les présidences successives de Guelleh, réélu sans réelle opposition à plusieurs reprises, le Premier ministre n'a jamais cherché la lumière. Il gère, coordonne, exécute. Les réformes économiques, le développement des infrastructures portuaires qui font de Djibouti un hub logistique majeur pour l'Éthiopie enclavée, le pari sur les zones franches et les câbles sous-marins: tout cela passe par les arbitrages d'un gouvernement qu'il dirige sans bruit. La Primature n'est pas, dans le système djiboutien, le lieu où se décide l'essentiel. Le pouvoir réel se concentre à la présidence. Mais le rôle d'amortisseur et de coordinateur qu'occupe Abdoulkader Kamil Mohamed s'est révélé suffisamment précieux pour qu'aucun changement ne vienne le déloger.

Sa reconduction du 14 mai dernier l'a confirmé une fois encore. Treize années à la tête d'un gouvernement représentent une durée exceptionnelle, qui le place parmi les chefs de gouvernement les plus pérennes du continent. La présidence a justifié ce maintien par une volonté de continuité dans l'action publique et de poursuite des réformes engagées, formule convenue qui dit surtout l'attachement du sommet de l'État à un homme jugé fiable.

Cette stabilité a un revers que les organisations de défense des droits humains rappellent régulièrement. Djibouti reste un régime verrouillé, où l'espace pour l'opposition et la presse demeure étroit, où les scrutins se soldent par des scores qui laissent peu de place au doute. Le Premier ministre, par sa position, est partie prenante de ce système qu'il sert avec loyauté. Sa longévité raconte autant la solidité des institutions qu'elle a contribué à entretenir que leur fermeture.

À 74 ans, l'ingénieur d'Obock incarne une génération d'hommes d'État formés dans les premières décennies de l'indépendance, à cheval entre l'héritage administratif français et la construction d'une souveraineté africaine. Sa biographie épouse celle de son pays: discrète, pragmatique, soucieuse avant tout de durer. Là où d'autres dirigeants de la Corne de l'Afrique ont sombré dans les guerres, les coups d'État ou l'effondrement économique, Djibouti a tenu, et lui avec.

Le 22 janvier dernier, il présidait encore une réunion de haut niveau, fidèle à un rythme de travail que l'âge ne semble pas avoir entamé. Rien n'indique qu'il songe au retrait. Dans un pays où la transition au sommet finira pourtant par se poser, la question de l'après reste suspendue. Le président Guelleh, au pouvoir depuis 1999, et son Premier ministre, en poste depuis 2013, forment un tandem dont la durée même nourrit les interrogations sur la suite.

Pour l'heure, l'homme qui souffle ses 74 bougies ce 1er juillet n'a pas de successeur désigné ni d'agenda de départ. Il reste ce qu'il a toujours été: le gestionnaire patient d'un État minuscule mais courtisé, où l'eau et la géographie pèsent plus lourd que les discours.