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MYANMAR - ANNIVERSAIRE

Min Aung Hlaing, le général devenu président par les urnes qu'il contrôlait

MYANMAR - ANNIVERSAIRE Source : CIP

Min Aung Hlaing fête aujourd'hui ses 70 ans. Né le 3 juillet 1956 à Minbu, dans la région de Magway, au cœur de la Birmanie, l'homme qui souffle ses bougies ce jour n'est plus seulement le chef militaire qui a renversé un gouvernement civil en 2021. Depuis le 10 avril 2026, il porte le titre de président de la République de l'Union du Myanmar, terme d'une métamorphose institutionnelle minutieusement orchestrée pour donner à un pouvoir issu d'un coup d'État les apparences de la légalité.

Sa trajectoire commence loin des palais de Naypyidaw. Fils d'enseignants originaires de Dawei, dans la région de Tanintharyi, le jeune Min Aung Hlaing entre à la prestigieuse Académie des services de défense après quelques tentatives, dit-on, avant d'y être finalement admis. Il y forge le réseau de camaraderie militaire qui structurera toute sa carrière. L'armée birmane, la Tatmadaw, n'est pas une institution comme les autres dans ce pays: depuis le coup d'État de 1962, elle a dominé la vie politique, accaparé l'économie et réprimé sans relâche les aspirations démocratiques.

Min Aung Hlaing gravit patiemment les échelons. Officier réputé discret, il se fait remarquer par sa loyauté et sa maîtrise des dossiers sensibles, notamment dans les zones de conflit avec les minorités ethniques. En 2011, au moment où la junte amorce une ouverture politique prudente, il accède au sommet de la hiérarchie en devenant commandant en chef des forces armées. La fonction le place au centre du jeu, à un moment où le pays expérimente une transition démocratique inédite sous l'égide d'Aung San Suu Kyi et de sa Ligue nationale pour la démocratie.

Cette parenthèse d'ouverture s'achève brutalement le 1er février 2021. Invoquant des fraudes électorales jamais démontrées lors du scrutin remporté massivement par la Ligue nationale pour la démocratie, Min Aung Hlaing renverse le gouvernement civil, fait arrêter Aung San Suu Kyi et le président Win Myint, et s'autoproclame chef d'un Conseil administratif d'État. Le coup d'État plonge le Myanmar dans le chaos. Les manifestations pacifiques sont écrasées dans le sang, une résistance armée s'organise à travers le pays, et la guerre civile s'installe durablement, faisant des milliers de morts et des centaines de milliers de déplacés.

Pendant cinq ans, le général dirige le pays par la force, cumulant les fonctions de chef de la junte et de Premier ministre d'un gouvernement d'exception. Le Myanmar bascule dans l'isolement international. Les sanctions occidentales se multiplient, l'Association des nations de l'Asie du Sud-Est tient le régime à distance, et les agences humanitaires alertent sur l'effondrement économique et sanitaire d'un pays jadis prometteur. Sur le terrain, l'armée perd du territoire face à une mosaïque de forces ethniques et de milices prodémocratie, signe que son emprise, bien que brutale, n'est pas totale.

C'est dans ce contexte que s'inscrit la séquence électorale de 2025 et 2026, présentée par la junte comme un retour à l'ordre constitutionnel et dénoncée par ses opposants comme une vaste mise en scène. Les législatives, organisées en plusieurs phases entre la fin de 2025 et janvier 2026, se sont déroulées dans un pays en guerre, sans la participation des principales forces démocratiques, dont les chefs étaient emprisonnés ou en exil. La presse internationale et les organisations de défense des droits humains ont qualifié ce scrutin de simulacre, taillé sur mesure pour légitimer le pouvoir militaire.

Le 3 avril 2026, un collège électoral indirect a désigné Min Aung Hlaing à la présidence. Il a recueilli 429 voix sur 584, devançant largement ses concurrents, tandis que Nyo Saw et Nan Ni Ni Aye étaient élus vice-présidents. Une semaine plus tôt, le général avait quitté son poste de commandant en chef des armées, geste destiné à permettre sa transformation en dirigeant civil. Le 10 avril, il prêtait serment au Pyidaungsu Hluttaw, le Parlement de Naypyidaw, et formait dans la foulée un nouveau gouvernement d'union largement composé de fidèles ayant déjà servi dans ses ministères précédents.

L'opération de blanchiment institutionnel est limpide. En troquant l'uniforme contre le costume de président, Min Aung Hlaing cherche à inscrire son pouvoir dans une continuité formellement civile, tout en conservant la mainmise de la Tatmadaw sur l'appareil d'État. La Constitution de 2008, rédigée par les militaires, garantit d'ailleurs à l'armée un quart des sièges parlementaires et le contrôle des ministères clés de la sécurité. Le changement de titre ne modifie pas la nature du régime.

Reste la réalité du pays sur lequel s'exerce cette présidence. Le Myanmar de 2026 demeure déchiré par la guerre civile, son économie exsangue, sa population éprouvée par cinq années de répression et de combats. Les zones contrôlées par les forces de résistance et les organisations ethniques armées échappent toujours à l'autorité de Naypyidaw. L'élection présidentielle, censée tourner la page du coup d'État, n'a rien réglé du conflit qui ravage le territoire.

À 70 ans, l'enfant de Minbu se trouve donc au sommet d'un État qu'il a précipité dans le chaos, fort d'une légitimité électorale que la communauté internationale, dans sa grande majorité, ne reconnaît pas. Son anniversaire, ce 3 juillet, le surprend dans le palais présidentiel qu'il occupe désormais à la faveur d'un scrutin organisé sous sa propre tutelle.

L'avenir du Myanmar reste suspendu à l'issue d'une guerre qui ne faiblit pas. Min Aung Hlaing a obtenu le titre qu'il convoitait. La paix, elle, lui échappe toujours.