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ALGERIE - LEGISLATIVES 02/07

En Algérie, une campagne s'achève sur fond de retour de l'opposition et de doutes sur la participation

ALGERIE - LEGISLATIVES 02/07 Source : EPOC - création IA

À minuit ce dimanche, les haut-parleurs se sont tus. Après vingt et un jours de meetings dans les salles omnisports, de banderoles tendues sur les façades et de caravanes sillonnant les wilayas, la campagne des législatives algériennes s'est refermée le 28 juin au soir. S'ouvrent alors soixante-douze heures de silence électoral, le temps pour 24,7 millions d'inscrits de réfléchir avant de voter, jeudi 2 juillet.

Le scrutin doit renouveler les 407 sièges de l'Assemblée populaire nationale et installer la dixième législature de l'histoire du pays, pour un mandat de cinq ans. Le corps électoral, convoqué par décret du président Abdelmadjid Tebboune, compte précisément 24 727 041 électeurs selon l'Autorité nationale indépendante des élections (ANIE), dont 854 285 inscrits au sein de la diaspora. Pour les départager, l'ANIE a validé 793 listes de candidatures sur les 854 déposées, soit plus de 10 000 prétendants à un siège de député, entre les circonscriptions du territoire national et celles de l'étranger.

Les deux formations qui ont structuré la vie politique algérienne depuis l'indépendance dominent encore ce paysage. Le Front de libération nationale (FLN) et le Rassemblement national démocratique (RND) ont présenté chacun soixante-quinze listes, à parité parfaite, dans le pays comme à l'étranger. Le FLN a martelé pendant trois semaines que ce rendez-vous constituait « une bataille à mener par les voies démocratiques pour un avenir victorieux de l'Algérie », faisant du vote une « responsabilité nationale ». La rhétorique de la mobilisation a tenu lieu de fil conducteur à presque tous les états-majors, chacun appelant les citoyens à se rendre massivement aux urnes.

La nouveauté de ce scrutin tient ailleurs. Après cinq années de boycott, trois partis longtemps cantonnés à l'opposition reviennent dans l'arène : le Front des forces socialistes (FFS), le Parti des travailleurs (PT) et le Rassemblement pour la culture et la démocratie (RCD). Ce dernier a bâti sa campagne autour d'un programme de cent propositions destinées, selon lui, à améliorer les conditions de vie des Algériens, secteur par secteur. Leur retour devait élargir le jeu et redonner une voix aux familles politiques qui s'étaient retirées des institutions. Il s'est accompagné, à peine les listes déposées, d'un conflit ouvert avec l'administration électorale.

Le FFS a dénoncé l'invalidation par l'ANIE des dossiers de plusieurs de ses candidats, dans la majorité des circonscriptions du pays et à l'étranger, qu'il qualifie de « campagne d'exclusion politique systématique ». Le parti juge ces décisions « anticonstitutionnelles, dépourvues de fondement juridique et injustifiables », et pointe une « application sélective, excessive, arbitraire et politiquement orientée » des articles 1 et 200 de la loi électorale. Il a chargé ses candidats écartés d'introduire des recours devant les juridictions administratives compétentes, tout en se réservant le droit de « prendre d'autres positions politiques au moment opportun ». Le RCD a employé des mots plus durs encore, fustigeant une « machine de l'exclusion et de neutralisation du pluralisme ». Le Mouvement de la société pour la paix (MSP), qui concourt lui aussi, a prévenu que ces rejets risquaient d'alimenter la défiance et de gonfler l'abstention, au moment précis où le pouvoir cherche à restaurer la confiance dans les institutions représentatives.

Cette question de la participation hante chaque consultation algérienne depuis des années. Les législatives de juin 2021 s'étaient soldées par une abstention record, à peine plus d'un inscrit sur cinq s'était déplacé, et le souvenir de ces urnes désertées pèse sur le scrutin de jeudi. Tout l'enjeu, pour les autorités comme pour les partis, consiste à inverser cette courbe. Les meetings de clôture, ces derniers jours, ont moins parlé de programmes que de devoir civique, les orateurs répétant que l'avenir du pays se jouerait dans le taux de participation autant que dans le décompte des sièges.

Le contexte social complique l'exercice. Le printemps a été marqué par une crise du pouvoir d'achat que le ramadan, en mars, avait rendue brutalement visible : flambée des prix alimentaires, tensions dans les marchés, dépréciation du dinar qui rogne le quotidien des ménages. C'est sur cette toile de fond que les candidats ont arpenté les quartiers populaires, promettant emploi, logement et services publics, dans un pays où le mécontentement économique nourrit aussi le doute envers le bulletin de vote. La distance entre les promesses de campagne et le panier de la ménagère reste l'argument le plus efficace des partisans de l'abstention.

Reste désormais l'arithmétique. Les 9 422 candidats des seules circonscriptions intérieures, dont 613 listes portées par trente-deux partis, se disputeront une assemblée dont la composition dira si le retour de l'opposition se traduit en sièges ou s'évapore dans les recours. L'ANIE devra trancher, d'ici jeudi, les contentieux soulevés par le FFS et ses alliés, sans quoi le scrutin s'ouvrira sur une contestation déjà installée.

Le silence électoral s'achèvera mercredi soir. Jeudi 2 juillet, les bureaux ouvriront à huit heures. Personne, à Alger, ne s'aventure à pronostiquer le taux de participation, et c'est précisément ce chiffre que tout le pays attendra.