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MEMOIRE D URNES

6 juillet 2024 : le réformateur Masoud Pezeshkian remporte une présidentielle anticipée et promet d'étendre la main de l'amitié

MEMOIRE D URNES Source : EPOC - création IA

« Nous étendrons la main de l'amitié à tout le monde ; nous sommes tous les habitants de ce pays ; nous devons mettre tout le monde à contribution pour le progrès du pays. » C'est par ces mots, prononcés sur la télévision d'État iranienne, que Masoud Pezeshkian a salué sa victoire à l'élection présidentielle, après le second tour organisé le 5 juillet 2024. Le chirurgien cardiaque de 69 ans, seul candidat réformateur autorisé à concourir, devançait l'ultraconservateur Saïd Jalili de près de trois millions de voix.

Selon les résultats annoncés par Mohsen Eslami, porte-parole du quartier général électoral du ministère de l'Intérieur, Pezeshkian a recueilli 16 384 403 voix, soit 53,6 % des suffrages exprimés, contre 13 538 179 voix, soit 44,3 %, pour Jalili. Le scrutin de second tour a mobilisé 49,8 % des électeurs, un taux en nette hausse par rapport au premier tour du 28 juin, marqué par une participation de 40 %, la plus faible jamais enregistrée pour une présidentielle dans la République islamique depuis 1979.

Cette élection n'aurait pas dû se tenir avant 2025. Elle a été convoquée dans l'urgence après la mort du président Ebrahim Raïssi, tué le 19 mai 2024 dans l'accident de son hélicoptère, qui s'était écrasé dans une zone montagneuse et brumeuse du nord-ouest du pays, près de la frontière avec l'Azerbaïdjan. Le chef de la diplomatie Hossein Amir-Abdollahian et plusieurs responsables figuraient parmi les victimes. La Constitution iranienne imposant l'organisation d'un nouveau scrutin dans un délai de cinquante jours, le Conseil des gardiens, organe chargé de filtrer les candidatures, a retenu six prétendants sur les dizaines de dossiers déposés. Cinq d'entre eux appartenaient au camp conservateur. Pezeshkian était la seule voix discordante.

Au premier tour, le réformateur était arrivé en tête avec 44 % des voix, devant Jalili (40 %) et le président du Parlement Mohammad Bagher Ghalibaf (14 %). Aucun candidat n'ayant franchi la barre des 50 %, un second tour a opposé les deux premiers, configuration inédite depuis 2005. L'entre-deux-tours a cristallisé un affrontement de lignes : d'un côté Jalili, ancien négociateur du dossier nucléaire connu pour son intransigeance et son hostilité aux compromis avec l'Occident ; de l'autre Pezeshkian, partisan déclaré d'une reprise du dialogue afin de sauver ce qui peut l'être de l'accord de 2015 sur le nucléaire, le JCPOA, dont les États-Unis s'étaient retirés en 2018 sous la présidence de Donald Trump.

Le parcours de Pezeshkian éclaire sa campagne. Né à Mahabad, dans la province de l'Azerbaïdjan occidental, d'un père azéri et d'une mère kurde, il a suivi des études de médecine à l'université de Tabriz, servi comme médecin militaire pendant la guerre Iran-Irak, puis obtenu une spécialisation en chirurgie cardiaque en 1993. La même année, son épouse, gynécologue, et l'un de leurs fils ont péri dans un accident de voiture. Pezeshkian, qui ne s'est jamais remarié, a élevé seul ses trois enfants survivants. Devenu président de l'université des sciences médicales de Tabriz, il a rejoint la vie politique en 1997 dans le sillage du président réformateur Mohammad Khatami, occupant le poste de ministre de la Santé de 2001 à 2005, avant d'être élu cinq fois député de Tabriz au Parlement.

Sa campagne a bénéficié du soutien d'une figure familière des chancelleries occidentales : Mohammad Javad Zarif, artisan de l'accord nucléaire de 2015 sous la présidence d'Hassan Rohani. Zarif est apparu aux côtés de Pezeshkian lors de meetings et sur la télévision d'État pour défendre une politique étrangère d'ouverture. Le candidat réformateur a multiplié les appels en direction des jeunes et des abstentionnistes, leur reprochant d'avoir déserté les urnes au premier tour et plaidant pour un retour de l'Iran dans le jeu diplomatique. Après sa victoire, il a remercié la jeunesse iranienne pour son rôle dans son succès.

Dans le système politique iranien, la présidence ne détient pas le dernier mot. L'autorité suprême revient au Guide de la révolution, l'ayatollah Ali Khamenei, qui tranche les grandes orientations en matière de sécurité, de défense et de politique étrangère. Pezeshkian s'est employé, tout au long de la campagne, à ne pas heurter le Guide, réaffirmant à plusieurs reprises sa loyauté et son obéissance. Cette prudence n'a pas empêché Khamenei de fustiger publiquement les responsables qui prônaient un rapprochement avec Washington. L'élection de Pezeshkian a été validée par le Guide suprême, qui l'a officiellement investi le 28 juillet 2024, conformément à la procédure constitutionnelle.

La victoire du réformateur a suscité une vague de félicitations internationales aux significations contrastées. Le président russe Vladimir Poutine a dit espérer un renforcement des relations entre Moscou et Téhéran. Le roi Salmane et le prince héritier Mohammed ben Salmane d'Arabie saoudite, avec qui l'Iran a renoué des relations diplomatiques en 2023 sous l'égide de la Chine, ont également adressé leurs vœux, le prince héritier se disant désireux d'approfondir les liens bilatéraux. Le président azerbaïdjanais Ilham Aliev a invité le nouvel élu à se rendre dans son pays. Washington, en revanche, a relativisé la portée du scrutin, estimant qu'il ne modifierait pas la nature du régime ni ses politiques fondamentales.

Reste à savoir quelle marge de manœuvre réelle Pezeshkian saura conquérir. Le président élu hérite d'un pays sous le poids des sanctions américaines, d'une économie exsangue, d'une société traversée par les protestations qui avaient suivi la mort de Mahsa Amini en 2022, et d'un appareil sécuritaire dominé par les conservateurs. Sa capacité à rouvrir un dialogue avec l'Occident dépendra moins de ses promesses de campagne que du bon vouloir d'un Guide suprême qui, peu avant le scrutin, jugeait les négociations avec les États-Unis « ni sages, ni intelligentes, ni honorables ».