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MEMOIRE D URNES

07 juillet 2024 : le Nouveau Front populaire arrive en tête sans majorité, la France entre dans l'inconnu

MEMOIRE D URNES Source : EPOC - création IA

Place de la République, à Paris, environ 8 000 personnes selon la préfecture de police se sont massées dimanche soir pour saluer un résultat que les sondages n'avaient pas vu venir. Drapeaux rouges, chants, embrassades. La foule, souvent jeune, fêtait l'arrivée en tête du Nouveau Front populaire au second tour des élections législatives et, surtout, l'échec du Rassemblement national, donné gagnant quelques jours plus tôt. La joie restait pourtant contenue. Personne, sur cette place, ne pouvait dire qui gouvernerait le pays au matin.

Les résultats affinés communiqués dans la nuit du 7 au 8 juillet ont placé la coalition de gauche en première position avec 182 sièges, devant le camp présidentiel Ensemble, crédité de 163 députés, et le Rassemblement national et ses alliés, qui en ont remporté 143. Aucun des trois blocs n'approchait les 289 sièges nécessaires à la majorité absolue. L'Assemblée nationale sortait de ces deux tours coupée en trois, sans coalition capable de gouverner seule.

Le scrutin était la conséquence directe d'un pari présidentiel. Le 9 juin, au soir des élections européennes, Emmanuel Macron avait dissous l'Assemblée nationale. La liste du Rassemblement national conduite par Jordan Bardella venait d'arriver largement en tête avec 31,37 % des suffrages, plus du double du score de la liste du camp présidentiel, créditée de 14,60 %. Le chef de l'État a fait le choix d'un retour aux urnes immédiat, surprenant jusque dans son propre camp. Trois semaines de campagne éclair ont suivi, dans un climat de tension nationale.

Au premier tour, le 30 juin, le Rassemblement national était arrivé en tête. La perspective d'une majorité d'extrême droite à l'Assemblée a déclenché une mobilisation défensive entre les deux tours. Des centaines de candidats arrivés en troisième position se sont retirés pour faire barrage aux candidats du Rassemblement national, dans une logique de front républicain. Selon le décompte établi à l'issue de l'entre-deux-tours, 224 candidats arrivés troisièmes se sont désistés, ne laissant que 89 triangulaires et deux quadrangulaires, et faisant passer le nombre de duels de 190 à 408, dont 210 face à un candidat du Rassemblement national. Ces désistements en ordre dispersé, sans accord formel et affaiblis par le refus de toute consigne des Républicains, ont pesé sur le résultat final.

La participation a confirmé l'intensité du moment. Au premier tour, elle avait atteint 66,71 %, soit une vingtaine de points de plus qu'en 2022. Au second tour, elle s'est établie à 66,63 %, en très légère baisse, mais à un niveau inédit pour un second tour de législatives depuis 1997. Les Français se sont déplacés en masse, dans un sens comme dans l'autre.

Le Rassemblement national, premier parti de France en nombre de voix, est aussi devenu la première formation individuelle de l'Assemblée avec 126 députés, loin devant ses scores antérieurs. Mais le report attendu vers une majorité ne s'est pas produit. Derrière, Renaissance, le parti du président, comptait 98 élus, La France insoumise 71, le Parti socialiste 64 et les Républicains dits du canal historique 39. La gauche devançait ainsi le camp présidentiel et l'extrême droite tout en restant tributaire de ses propres divisions, le Nouveau Front populaire réunissant des partis aux stratégies parfois opposées.

Les réactions, le soir même, ont posé les termes de la crise à venir. Jean-Luc Mélenchon, principale figure de La France insoumise, a estimé que le peuple avait clairement rejeté la pire des options et que le Rassemblement national était loin d'une majorité absolue. Il a réclamé que le Premier ministre s'en aille et que le président appelle le Nouveau Front populaire à gouverner, refusant par avance toute négociation avec le camp présidentiel. Aucun subterfuge, aucun arrangement, aucune combinaison ne serait acceptable, a-t-il prévenu, fixant une ligne qui allait compliquer toute recherche de compromis.

Du côté du Rassemblement national, Jordan Bardella a dénoncé une alliance contre-nature entre Jean-Luc Mélenchon et Emmanuel Macron, pointant les désistements de l'entre-deux-tours. Marine Le Pen a relativisé l'échec en affirmant que la marée montait, qu'elle n'était pas montée assez haut cette fois, mais qu'elle continuait de monter et que la victoire de son camp n'était que différée. Le Premier ministre Gabriel Attal, dont le camp avait limité la casse au-delà des prévisions les plus sombres, a tenu un discours tourné vers l'avenir, appelant à inventer quelque chose de nouveau et à construire une nouvelle offre politique, prenant ses distances avec l'exécutif.

Le lendemain, lundi 8 juillet, Gabriel Attal a présenté sa démission à Emmanuel Macron. Le président de la République lui a demandé de rester en fonction, le temps d'assurer la stabilité du pays. La démission n'a finalement été acceptée que le 16 juillet, et le gouvernement a expédié les affaires courantes pendant plusieurs semaines, faute de majorité claire pour le remplacer. Aucune des trois forces de l'Assemblée ne disposait des moyens d'imposer un Premier ministre, et le Nouveau Front populaire peinait à s'accorder sur un nom.

Le pays se retrouvait dans une configuration inédite sous la Cinquième République, avec une Assemblée fracturée et un exécutif réduit à la gestion courante. Sur la place de la République, dimanche soir, les chants de victoire couvraient mal une question restée ouverte. La gauche était arrivée en tête. Elle n'avait pas les sièges pour gouverner.