Alfonso Rueda fête aujourd'hui ses 58 ans. Né le 8 juillet 1968 à Pontevedra, sur la côte atlantique de la Galice, le président de la Xunta n'a jamais eu le goût des coups d'éclat. Pendant longtemps, on lui prédisait un destin de second couteau, l'éternel numéro deux d'un homme plus charismatique que lui. À l'heure où il souffle ses bougies, il dirige la Galice avec une majorité absolue, un calme revendiqué et la conviction que la politique gagne parfois à baisser le ton.
Le 16 juin dernier, devant les participants du Ve Forum économique espagnol consacré à « la Galice qui vient », Rueda a résumé sa méthode en une phrase. « La Galice change parce que nous avons un climat différent, de dialogue et d'ambition pour grandir et faire des choses nouvelles. » Le propos, presque banal, dit pourtant beaucoup de l'homme. Là où une partie de la droite espagnole s'est convertie à la confrontation permanente, lui mise sur l'accord utile et la gestion sans heurts. C'est une posture, mais c'est aussi une biographie.
Fils d'avocat, juriste lui-même, diplômé en droit de l'Université de Saint-Jacques-de-Compostelle, Rueda appartient à cette catégorie de responsables formés par l'administration avant de l'être par le militantisme. Fonctionnaire de l'administration locale doté de la qualification nationale et de la catégorie supérieure, il connaît la machine de l'intérieur, ses circuits, ses lenteurs, ses leviers. Cette familiarité technique l'a longtemps cantonné dans l'ombre des cabinets, là où se règlent les dossiers que les électeurs ne voient jamais.
Sa carrière s'est construite à l'abri d'une figure tutélaire, celle d'Alberto Núñez Feijóo, qui a présidé la Galice pendant plus d'une décennie avant de prendre la tête du Parti populaire à Madrid. Rueda fut son fidèle, son vice-président, l'homme de confiance qui tenait les rênes quand le patron regardait ailleurs. Beaucoup voyaient là une dépendance, presque une faiblesse. La suite a montré l'inverse. Quand Feijóo est parti pour la capitale au printemps 2022, c'est tout naturellement que la relève lui est revenue, sans bataille fratricide, sans déchirement public. Le 14 mai 2022, le Parlement galicien l'a élu président de la Xunta.
Restait à transformer l'héritage en mandat propre. L'épreuve est venue en février 2024, lors d'élections régionales anticipées que beaucoup à gauche présentaient comme l'occasion d'un basculement. Le Bloc nationaliste galicien, porté par sa candidate Ana Pontón, espérait capitaliser sur la lassitude d'un pouvoir conservateur installé depuis quinze ans. Le résultat a surpris les pronostiqueurs. Rueda a conservé la majorité absolue, confirmant que l'homme jugé terne savait gagner des scrutins. La victoire lui a offert ce qui lui manquait encore, une légitimité acquise dans les urnes et non héritée d'un prédécesseur.
La Galice qu'il gouverne n'est pas une région comme les autres en Espagne. Terre de langue propre, de forte identité, longtemps marquée par l'émigration et le vieillissement de sa population, elle a fait du Parti populaire son socle le plus solide depuis l'époque de Manuel Fraga, ancien ministre de Franco devenu baron régional. Rueda s'inscrit dans cette lignée d'une droite galicienne enracinée, prudente, allergique aux aventures idéologiques. Il en a hérité la prudence sans en reprendre les outrances.
Son style se lit aussi dans les dossiers qu'il choisit de porter. Le 23 juin, il a mis en avant le rôle de la Galice dans la lutte contre la violence numérique, vantant une norme qu'il présente comme pionnière en Europe et qu'il espère faire adopter avant la fin de l'année. La protection des mineurs en ligne, la régulation des contenus, la défense des victimes de harcèlement sur les réseaux : autant de terrains où il cherche à projeter l'image d'une région à l'avant-garde, capable de légiférer là où les grands États tardent. La démarche n'est pas exempte de calcul, car elle place la Galice, et donc son président, sur un sujet de société qui dépasse largement les frontières régionales.
Tout n'est pas consensuel dans sa gestion. La Xunta a publié pour la rentrée scolaire 2026-2027 des instructions qui, selon une partie de la communauté éducative, renforcent le contrôle idéologique dans les classes et limitent les sorties scolaires improvisées à une seule par trimestre. Les critiques y voient la marque d'une droite soucieuse de reprendre la main sur l'école. Rueda, lui, défend une logique d'ordre et de cadre. Le contraste avec son image de conciliateur rappelle que la modération de ton ne signifie pas l'absence de convictions.
Sa relation avec Madrid reste un fil tendu en permanence. Allié naturel de Feijóo dans l'opposition au gouvernement socialiste de Pedro Sánchez, Rueda doit composer entre la solidarité partisane et la défense des intérêts galiciens, qui ne coïncident pas toujours. Financement régional, infrastructures, gestion des fonds européens, politique de l'eau et des forêts après les incendies récurrents qui ravagent le nord-ouest de la péninsule : sur chacun de ces fronts, il avance avec la même méthode, négocier plutôt que dénoncer, obtenir plutôt que dramatiser.
À 58 ans, l'homme de Pontevedra n'a plus rien à prouver quant à sa capacité à durer. La question qui se pose désormais est celle de l'ambition. Beaucoup, à Madrid, scrutent les barons régionaux du Parti populaire comme un vivier pour l'avenir national. Rueda répète qu'il se sent bien en Galice et qu'il n'aspire pas à autre chose. La phrase est sincère, ou habile, ou les deux. Ceux qui le connaissent rappellent qu'il a passé sa carrière à laisser parler les autres avant de récolter, au moment opportun, ce que sa patience avait préparé. Son prédécesseur disait souvent qu'en politique, savoir attendre vaut mieux que savoir frapper. Le 8 juillet 2026, Alfonso Rueda fête ses 58 ans en homme qui a fait de cette leçon une carrière entière.