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VIETNAM - ANNIVERSAIRE

Tô Lâm, le policier devenu maître du Vietnam

VIETNAM - ANNIVERSAIRE Source : PBS

Tô Lâm fête aujourd'hui ses 69 ans. Né le 10 juillet 1957 dans le village de Xuân C?u, district de V?n Giang, province de H?ng Yên, à une trentaine de kilomètres au sud-est de Hanoï, il concentre entre ses mains un pouvoir que nul dirigeant vietnamien n'avait réuni depuis des décennies. Secrétaire général du Parti communiste et président de la République, il cumule les deux fonctions suprêmes de l'État à parti unique, une configuration rarissime dans l'histoire récente du pays.

Son ascension tient à la fois du parcours classique et de la rupture. Tô Lâm a consacré plus de quarante ans aux forces de sécurité publique, l'épine dorsale du régime. Diplômé de l'École centrale de police puis de l'Académie de sécurité du peuple, il a rejoint le Parti communiste le 22 août 1981 et porte les titres de professeur et de docteur en droit. En 2016, il accède au poste de ministre de la Sécurité publique, l'un des plus puissants de l'appareil, qu'il occupe jusqu'à son entrée dans la course présidentielle. Pendant ces années, il bâtit un réseau d'influence redouté, au croisement du renseignement, de la lutte contre la corruption et du contrôle de la dissidence.

La voie vers le sommet s'est ouverte dans la tourmente. Au printemps 2024, le Vietnam traverse une crise politique inhabituelle pour un régime qui cultive la stabilité. Le président Võ V?n Th??ng démissionne en mars, emporté par la vaste campagne anticorruption surnommée « le fourneau ardent », qui a fait tomber ministres, hauts cadres et chefs d'entreprise par dizaines. Le 18 mai 2024, le Comité central nomme Tô Lâm pour devenir le treizième président du pays. L'homme de la sécurité accède à la magistrature suprême au moment où le Parti cherche une figure capable de tenir l'appareil.

L'été suivant scelle son emprise. Le 19 juillet 2024 disparaît Nguy?n Phú Tr?ng, secrétaire général tout-puissant et architecte de la campagne anticorruption, qui dirigeait le Parti depuis 2011. Le 3 août 2024, le Comité central élit Tô Lâm secrétaire général et secrétaire de la Commission militaire centrale. En quelques mois, l'ancien ministre de la police a rassemblé les deux plus hautes fonctions de la hiérarchie communiste vietnamienne, fait que le pays n'avait plus connu depuis l'époque où ces titres se confondaient parfois dans une même main.

Restait à transformer cette accumulation en pouvoir durable. Le XIVe Congrès national du Parti communiste, réuni du 19 au 23 janvier 2026, le reconduit au poste de secrétaire général. Le 7 avril 2026, l'Assemblée nationale l'élit pour un mandat plein de président de la République, officialisant la fusion des deux charges au sommet de l'État pour la première fois de l'ère postérieure à la réunification. Ceux qui voyaient en lui un dirigeant de transition ont dû réviser leur lecture.

Tô Lâm ne s'est pas contenté d'occuper le terrain. Il a lancé une refonte administrative d'une ampleur inédite. Approuvé par le Comité central en avril 2025, le plan ramène le nombre de provinces et de municipalités de 63 à 34 par fusions, supprime l'échelon des districts et instaure un système local à deux niveaux, provinces et communes. Le nombre de communes, supérieur à dix mille, doit être réduit de soixante à soixante-dix pour cent. La rationalisation s'étend à l'armée, à la police, aux tribunaux, au parquet et aux organisations de masse. Entre 2026 et 2030, la suppression d'environ 120 500 personnels à temps partiel au niveau communal devrait économiser quelque 190 500 milliards de dôngs, soit plus de sept milliards de dollars.

L'objectif affiché est économique autant que politique. Une bureaucratie allégée doit réduire la paperasse, limiter les occasions de corruption et rendre l'administration plus réactive face aux investisseurs étrangers. Le Vietnam, devenu en deux décennies l'un des ateliers manufacturiers de l'Asie et un partenaire commercial recherché, mise sur cette efficacité retrouvée pour soutenir une croissance que les dirigeants veulent voir grimper encore. Derrière le discours technique se lit une ambition assumée, faire entrer le pays dans le club des économies à revenu élevé d'ici le milieu du siècle.

La méthode interroge pourtant. Réformer aussi vite, supprimer des milliers de postes, fusionner des provinces dont certaines portent des identités anciennes, tout cela génère des résistances que le régime préfère taire. La concentration des pouvoirs entre les mains d'un seul homme rompt avec la tradition de direction collégiale que le Parti vietnamien cultivait depuis les années 1980 pour éviter tout retour au culte de la personnalité. Plusieurs analystes y voient le signe d'un tournant, vers un exercice plus vertical et plus personnel de l'autorité.

Sur la scène internationale, Tô Lâm hérite d'un exercice d'équilibriste que le Vietnam pratique avec constance. Coincé entre la Chine voisine et les États-Unis, courtisé par les deux, Hanoï défend sa « diplomatie du bambou », souple mais enracinée, qui consiste à ne se lier à personne tout en commerçant avec tous. Les tensions commerciales mondiales et les pressions tarifaires venues de Washington ont rendu l'exercice plus délicat, sans en modifier la logique.

À 69 ans, l'ancien policier de H?ng Yên gouverne un pays de cent millions d'habitants en pleine mutation, où la prospérité matérielle progresse plus vite que les libertés. Ses détracteurs rappellent que la sécurité publique, dont il fut le patron, reste l'instrument d'un contrôle serré de la société. Ses partisans saluent un réformateur pragmatique, décidé à secouer une administration sclérosée. Le 10 juillet 2026, Tô Lâm fête ses 69 ans à la tête d'un appareil qu'il a passé une carrière entière à connaître de l'intérieur, et qu'il remodèle désormais à sa main.