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REP.DOMINICAINE - ANNIVERSAIRE

Luis Abinader, la stabilité comme boussole

REP.DOMINICAINE - ANNIVERSAIRE Source : Facebook du PR

Il y a des dirigeants que l'on juge à leurs discours, et d'autres que l'on mesure à la durée de leur crédit auprès des électeurs. Luis Rodolfo Abinader Corona, qui fête ce 12 juillet 2026 ses 59 ans, appartient sans conteste à la seconde catégorie. Né le 12 juillet 1967 à Santo Domingo, capitale de la République dominicaine, l'homme préside aujourd'hui son pays pour un second mandat, fort d'une réélection nette et d'une popularité rare pour un chef d'État sortant dans une région où l'usure du pouvoir est souvent rapide.

Le parcours d'Abinader commence loin des estrades. Fils de José Rafael Abinader, économiste, ancien sénateur et figure respectée de la vie publique dominicaine issu d'une famille de chrétiens maronites libanais, et de Rosa Sula Corona Caba, il grandit dans un milieu où se croisent la politique, l'entreprise et la réflexion économique. Élève du Colegio Loyola, il poursuit des études d'économie à l'Instituto Tecnológico de Santo Domingo, avant de compléter sa formation à l'étranger. Ce socle intellectuel, adossé à une culture familiale de la gestion, façonne durablement sa manière d'exercer le pouvoir : une prédilection pour les chiffres, les indicateurs et la mesure, plutôt que pour l'emphase idéologique.

Avant la politique, il y a l'entreprise. Abinader dirige pendant des années le Grupo Empresarial Abinader Corona, conglomérat fondé par son père, actif notamment dans l'immobilier, la construction touristique, le ciment et l'enseignement supérieur privé. Cette expérience de gestionnaire nourrit une conviction qui ne le quittera plus : le développement dominicain passe par le tourisme, l'investissement et une administration capable de tenir ses comptes. Elle lui vaut aussi, plus tard, le reproche récurrent de ses adversaires, qui voient dans son profil d'homme d'affaires une distance à l'égard des réalités populaires. Lui répond invariablement par la gestion.

Son entrée en politique se fait sous les couleurs du Parti révolutionnaire moderne (PRM), formation de centre gauche née d'une scission avec le Parti révolutionnaire dominicain. Candidat malheureux à la présidence en 2012 comme colistier, puis en 2016 comme tête de liste, Abinader construit patiemment sa stature nationale. La consécration vient en 2020, dans un contexte marqué par la pandémie de Covid-19 et par la lassitude d'un électorat après seize années de domination du Parti de la libération dominicaine. Il l'emporte dès le premier tour et met fin à un long cycle de pouvoir, incarnant une promesse de renouvellement et de transparence.

Le premier mandat se déroule sous le signe de la crise sanitaire, puis de la reprise. Abinader mise sur la relance du tourisme, secteur vital pour l'économie insulaire, et sur une communication resserrée autour des résultats macroéconomiques. La question migratoire avec Haïti voisine, la sécurité et la lutte annoncée contre la corruption occupent également l'espace public. Sa gestion, jugée pragmatique, lui permet de conserver un capital de confiance là où beaucoup de ses homologues latino-américains s'enlisent.

La validation démocratique intervient le 19 mai 2024. Réélu avec environ 57 % des suffrages, Luis Abinader décroche un second mandat qui court jusqu'en 2028. Le score, obtenu dès le premier tour, confirme une adhésion large et fait de lui une exception régionale : celle d'un sortant que les urnes reconduisent sans ambiguïté. Cette légitimité renouvelée lui offre une marge de manœuvre appréciable pour engager la seconde partie de son projet, davantage tournée vers les réformes de structure que vers la simple gestion de l'urgence.

L'année 2026 place justement l'économie au centre du récit présidentiel. Le Fonds monétaire international a projeté une accélération de la croissance dominicaine à 4,5 % pour l'exercice en cours, chiffre que le pouvoir met volontiers en avant comme la preuve d'un cap tenu. L'institution de Washington souligne toutefois que la consolidation de cette dynamique dépendra de chantiers exigeants, au premier rang desquels le secteur électrique. La pleine application du Pacte national pour l'électricité, destiné à limiter les risques budgétaires liés à l'énergie et à renforcer la résilience du réseau, figure parmi les priorités identifiées comme décisives pour la suite du quinquennat. C'est là que se joue une partie de la crédibilité d'un président qui a fait de la rigueur financière sa marque de fabrique.

La diplomatie n'est pas en reste. Le 11 novembre 2025, à Santo Domingo, Luis Abinader a reçu la gouverneure de l'État de New York, Kathy Hochul, pour la signature d'une déclaration d'intention entre les deux gouvernements. L'accord vise à approfondir la coopération dans le tourisme, la préparation aux catastrophes naturelles, l'innovation agricole et le développement économique, avec notamment le projet d'une mission commerciale new-yorkaise en République dominicaine et un partenariat autour des technologies de drones pour la gestion des risques. À cette occasion, le président a rappelé le poids de la diaspora dominicaine installée dans l'État de New York, évoquant ces compatriotes devenus médecins, policiers ou professionnels reconnus. La séquence illustre une constante de sa politique étrangère : ancrer le pays dans des partenariats concrets et lisibles, en s'appuyant sur les liens humains qui unissent l'île à l'Amérique du Nord.

Reste que la gouvernance Abinader ne se résume pas à une trajectoire ascendante sans nuages. La pression migratoire à la frontière haïtienne, les inégalités persistantes, la question de l'indépendance de la justice et les attentes d'un électorat qui a cru à la promesse anticorruption constituent autant de défis dont dépend la place que l'histoire lui réservera. Un mandat de reconduction est souvent plus difficile que le premier : il n'a plus l'excuse de l'héritage, seulement l'obligation des résultats.

À 59 ans, Luis Abinader se présente donc comme un dirigeant à mi-chemin, entre le bilan et l'inachevé. Économiste devenu chef d'État, gestionnaire converti au verbe politique, il a fait de la stabilité son principal argument et sa promesse la plus tenue. La question qui accompagne cet anniversaire est simple : cette stabilité saura-t-elle se muer en transformation durable, ou restera-t-elle une performance de gestion, méritoire mais inachevée. Les deux années qui le séparent de la fin de son mandat en apporteront la réponse.