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ILE MAURICE - ANNIVERSAIRE

Navin Ramgoolam, l'endurance d'un fils de l'indépendance

ILE MAURICE - ANNIVERSAIRE Source : Facebook du PM

Il y a des trajectoires politiques qui épousent l'histoire d'une nation au point de se confondre avec elle. Celle de Navinchandra Ramgoolam, que ses compatriotes connaissent simplement sous le nom de Navin Ramgoolam, appartient à cette catégorie rare. Premier ministre de la République de Maurice, il fête aujourd'hui, 14 juillet 2026, ses 79 ans. L'homme est né le 14 juillet 1947 dans la résidence familiale de la rue Desforges, à Port-Louis, la capitale de l'île, à une époque où Maurice était encore une colonie britannique et où l'indépendance demeurait un horizon lointain. Ce détail de naissance n'a rien d'anecdotique : il place l'existence de Navin Ramgoolam sous le signe d'une filiation politique qui a façonné le pays moderne.

Il est en effet le fils aîné de Sir Seewoosagur Ramgoolam, figure tutélaire de l'histoire mauricienne, artisan de l'indépendance obtenue en 1968, premier chef de gouvernement de la nation souveraine puis gouverneur général. Sa mère, Sushila Ramjoorawon, appartenait elle aussi à une famille engagée. Grandir dans ce foyer revenait à respirer la politique dès l'enfance, à côtoyer les débats sur la construction d'un État pluriel dans un archipel où cohabitent des communautés d'origines indienne, africaine, chinoise et européenne. Le patronyme Ramgoolam est resté, pour des générations de Mauriciens, synonyme du Parti travailliste et d'une certaine idée de la justice sociale.

Avant de faire de la politique son métier, Navin Ramgoolam a d'abord embrassé une double vocation. Il a étudié la médecine au Royal College of Surgeons de Dublin, en Irlande, où il a obtenu son diplôme de docteur, avant de se tourner vers le droit et de se former comme avocat à l'Inner Temple de Londres. Cette formation croisée, scientifique et juridique, a nourri chez lui un goût pour l'analyse méthodique et le raisonnement argumenté, qualités qu'il a par la suite mises au service de la vie publique. Le décès de son père, en 1985, a marqué un tournant. En 1991, il prend la tête du Parti travailliste, formation historique fondée bien avant l'indépendance, dont il n'a plus lâché la direction depuis.

La carrière gouvernementale de Navin Ramgoolam se distingue par sa longévité et par ses retours successifs au pouvoir. Une première fois Premier ministre de 1995 à 2000, il revient à la tête de l'exécutif de 2005 à 2014, cumulant sur ces deux mandats près de quatorze années à la direction du pays. Ces périodes ont été associées à des efforts de modernisation économique et à un discours attaché à la protection sociale, dans un pays souvent cité comme un exemple de stabilité démocratique en Afrique et dans l'océan Indien. La défaite électorale de 2014 aurait pu clore un parcours déjà considérable. Elle n'a été qu'une parenthèse.

L'année 2024 a scellé un retour spectaculaire. Aux élections générales de novembre, la coalition qu'il conduit, l'Alliance du changement, a remporté une victoire d'une ampleur peu commune, obtenant 60 des 62 sièges à pourvoir au Parlement et recueillant, selon les résultats officiels, environ 62,6 pour cent des suffrages exprimés. Face à ce raz-de-marée, le Premier ministre sortant, Pravind Jugnauth, au pouvoir depuis 2017, a reconnu sa défaite et présenté sa démission. Le 13 novembre 2024, Navin Ramgoolam a prêté serment comme Premier ministre pour la quatrième fois de sa vie, un exploit institutionnel qui rappelle, presque symboliquement, la place occupée par sa famille dans l'histoire du pays.

Ce quatrième mandat s'ouvre sur des dossiers d'une portée considérable, dont le plus emblématique concerne l'archipel des Chagos. Le 22 mai 2025, à Londres, le Premier ministre mauricien et son homologue britannique, Sir Keir Starmer, ont approuvé et signé un traité relatif à la souveraineté et à l'avenir de cet archipel. L'accord prévoit que le Royaume-Uni cède la souveraineté des Chagos à Maurice, tout en conservant, moyennant compensation, le droit d'exploiter la base militaire de Diego Garcia, cogérée avec les États-Unis. Pour Maurice, il s'agit de l'aboutissement d'un long combat diplomatique et juridique mené sur la scène internationale afin de faire reconnaître son intégrité territoriale. La mise en œuvre de cet accord n'est toutefois pas exempte d'obstacles. En avril 2026, il a été annoncé que sa ratification ne serait pas finalisée avant la fin de la session parlementaire concernée, dans un contexte où l'approbation américaine reste déterminante compte tenu du rôle conjoint des États-Unis à Diego Garcia.

Sur le plan intérieur, le chef du gouvernement a hérité d'une situation financière tendue, qu'il n'a pas cherché à minimiser. Évoquant les contraintes budgétaires du pays, Navin Ramgoolam a déclaré publiquement que son gouvernement devrait trouver dix milliards de roupies mauriciennes et a prévenu que le budget 2026-2027 ne serait pas un exercice facile. Cette franchise sur l'état des comptes publics tranche avec les promesses habituelles et témoigne d'une volonté d'aborder la gestion du pays avec réalisme, à un moment où les économies insulaires demeurent exposées aux chocs extérieurs.

À 79 ans, Navin Ramgoolam incarne une continuité rare dans le paysage politique de l'océan Indien. Médecin de formation, avocat par vocation seconde, héritier d'un nom qui se confond avec la naissance de la nation mauricienne, il aura traversé quatre décennies de vie publique en conservant la confiance d'une partie de ses concitoyens. Son défi, désormais, consiste à transformer un mandat obtenu par un vote massif en résultats concrets, sur la question chagossienne comme sur le redressement des finances de l'État. Le jour de son anniversaire, l'homme qui a vu le jour rue Desforges en 1947, l'année précédant les grandes réformes qui allaient conduire Maurice vers la souveraineté, se retrouve une fois de plus au centre de l'histoire de son pays, appelé à écrire ce que beaucoup considèrent comme le dernier chapitre d'une exceptionnelle longévité politique.