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BRUNEÏ - ANNIVERSAIRE

Hassanal Bolkiah, quatre-vingts ans au sommet d'un royaume

BRUNEÏ - ANNIVERSAIRE Source : Facebook du Sultan

Il fête aujourd'hui, 15 juillet 2026, ses quatre-vingts ans. Né le 15 juillet 1946 à Brunei Town, la ville qui porte désormais le nom de Bandar Seri Begawan, capitale du petit sultanat de Brunei niché sur la côte septentrionale de Bornéo, Hassanal Bolkiah incarne à lui seul une longévité politique sans équivalent dans le monde contemporain. Souverain depuis 1967 et Premier ministre depuis l'indépendance du pays en 1984, il demeure, en cette année de son octogénaire, le monarque régnant le plus ancien de la planète et le chef d'État le plus durable en exercice.

Fils aîné du sultan Omar Ali Saifuddien III, il fut désigné prince héritier alors que Brunei était encore un protectorat britannique. Sa formation le conduisit hors des frontières du royaume, notamment à l'Académie royale militaire de Sandhurst, au Royaume-Uni, où plusieurs générations de princes et de dirigeants asiatiques ont acquis les rudiments du commandement militaire. Cette empreinte britannique ne l'a jamais quitté, et l'on retrouve dans son parcours, aujourd'hui encore, ce goût prononcé pour l'aviation et les uniformes qu'il partage avec sa descendance.

L'ascension au trône survint le 4 octobre 1967, à la suite de l'abdication volontaire de son père, qui souhaitait préparer sereinement la transmission dynastique. Hassanal Bolkiah devint alors le vingt-neuvième souverain d'une lignée que la maison régnante fait remonter à plusieurs siècles. Il n'avait que vingt et un ans. Pendant les décennies suivantes, il conduisit son pays vers la pleine souveraineté, obtenue le 1er janvier 1984 lorsque Brunei mit un terme à l'accord de protectorat qui le liait à Londres. En prenant lui-même la tête du gouvernement, le sultan choisit de concentrer entre ses mains les leviers essentiels de l'État, une architecture du pouvoir qui, quarante-deux ans plus tard, n'a guère varié dans ses fondements.

La fortune de Brunei repose sur ses réserves d'hydrocarbures, pétrole et gaz naturel, exploitées depuis les années 1920 et devenues le socle de la prospérité nationale. Cette manne a permis au sultanat d'offrir à ses citoyens un modèle social généreux, sans impôt sur le revenu, doté d'un système de santé et d'éducation largement subventionné. Elle a également nourri la réputation personnelle du souverain, régulièrement présenté comme l'un des hommes les plus riches du monde, propriétaire d'un patrimoine immobilier et automobile considérable, ainsi que du vaste palais Istana Nurul Iman, à Bandar Seri Begawan, réputé pour être l'une des plus grandes résidences officielles jamais édifiées.

Le règne de Hassanal Bolkiah a aussi été marqué par des choix de gouvernance qui ont suscité des débats bien au-delà des rives de Bornéo. L'introduction progressive, à partir de 2014, d'un code pénal fondé sur la charia a placé le pays sous le regard critique de plusieurs organisations internationales et de gouvernements étrangers. Face à ces réactions, le palais avait publiquement rappelé, en 2019, l'existence d'un moratoire de longue date sur l'application de la peine capitale. Le sultan, qui porte les titres religieux et politiques les plus élevés de son pays, s'est constamment présenté comme le gardien d'une identité malaise, islamique et monarchique, résumée par la doctrine nationale du Melayu Islam Beraja.

L'année 2026 aura été, pour le souverain octogénaire, une période d'intense activité malgré les épreuves de l'âge. Le 18 janvier, il a subi avec succès une opération de remplacement total du genou au centre médical de Jerudong Park. Il a effectué sa première apparition publique après cette intervention en mars, à l'occasion de l'ouverture de la vingt-deuxième session du Conseil législatif, signal adressé à la population sur la continuité de sa présence à la tête des affaires. Quelques semaines plus tard, fidèle à sa passion pour l'aviation, il a lui-même piloté son appareil jusqu'à Cebu, aux Philippines, où il s'est posé le 7 mai sur la base aérienne Mactan-Benito N. Ebuen pour participer au sommet de l'Association des nations de l'Asie du Sud-Est. Il a également pris part, en juin, au sommet commémoratif entre l'Association des nations de l'Asie du Sud-Est et la Russie, tenu au centre d'exposition de Kazan, où il s'est entretenu avec le président russe Vladimir Poutine.

C'est toutefois une décision de politique intérieure qui aura le plus retenu l'attention en cette année anniversaire. Le 4 juin 2026, le sultan a annoncé un vaste remaniement gouvernemental, le premier depuis 2022, largement interprété comme un geste de préparation de la succession. L'événement marquant de ce remaniement fut la nomination du prince Abdul Mateen au poste de ministre des Affaires étrangères. Officier militaire formé au Royaume-Uni, pilote d'hélicoptère et figure suivie sur les réseaux sociaux, le prince n'avait jamais occupé de portefeuille ministériel auparavant. Il devient le troisième chef de la diplomatie bruneienne depuis l'indépendance de 1984, succédant à un ministère longtemps associé à son oncle, le prince Mohamed Bolkiah. Un autre fils du souverain, le prince Abdul Malik, entre pour la première fois au gouvernement comme ministre au cabinet du Premier ministre, tandis que le prince héritier Al-Muhtadee Billah conserve sa fonction de ministre principal au sein de ce même cabinet. Ce remaniement s'est en outre distingué par le nombre inédit de femmes appelées à des responsabilités ministérielles.

À quatre-vingts ans, Hassanal Bolkiah continue donc d'exercer personnellement les fonctions de souverain et de Premier ministre, tout en confiant graduellement à ses fils des responsabilités d'envergure. La coexistence, au sein du gouvernement, du prince héritier et de plusieurs cadets illustre une transition pensée sur le temps long, dans un royaume où la stabilité dynastique demeure la clé de voûte de l'ordre politique. Le sultan aborde cette nouvelle décennie de sa vie confronté aux mêmes défis que ses partenaires régionaux, au premier rang desquels la dépendance persistante de l'économie aux hydrocarbures dans un contexte énergétique mondial mouvant. Après près de soixante ans de règne, celui qui monta sur le trône à vingt et un ans reste le point de référence unique d'un pays qu'il a mené de la tutelle coloniale à la pleine souveraineté, et dont il façonne encore, jour après jour, l'avenir immédiat.