DERNIÈRES ACTUALITÉS

MEMOIRE D URNES

16 juillet 2017 : Venezuela, sept millions de voix contre Maduro, dans un scrutin que le pouvoir ignore

MEMOIRE D URNES Source : EPOC - création IA

Les files ont commencé à se former dès le lever du jour, à Caracas comme à Maracaibo, mais aussi devant les consulats de Madrid, Miami et Buenos Aires. Dimanche, l'opposition vénézuélienne a organisé son propre vote — une consultation sans valeur légale, sans arbitre officiel, sans le concours du Conseil national électoral. À la nuit tombée, Julio Borges, président de l'Assemblée nationale contrôlée par l'opposition, a annoncé les chiffres : plus de 7,5 millions de personnes auraient participé, dont près de 7,2 millions à l'intérieur du pays. Plus de 98 % d'entre elles ont dit non au projet du président Nicolás Maduro de convoquer une Assemblée constituante.

Ce plébiscite improvisé répond à une échéance fixée par le pouvoir. Maduro veut convoquer, le 30 juillet, l'élection d'une Assemblée constituante chargée de réécrire la Constitution de 1999, celle-là même qu'avait fait adopter son prédécesseur et mentor Hugo Chávez. L'opposition y voit une manœuvre destinée à contourner le Parlement qu'elle domine depuis sa victoire aux législatives de 2015, et à verrouiller durablement le régime. Faute de pouvoir bloquer le calendrier officiel, elle a choisi de faire voter les Vénézuéliens sur trois questions, dont le rejet de la Constituante et l'appel à l'armée à défendre l'ordre constitutionnel.

Le pouvoir a répliqué par le mépris et par la démonstration de force. Le même jour, le gouvernement a organisé une répétition générale de son scrutin du 30 juillet, mobilisant ses partisans dans une contre-manifestation électorale. Nicolás Maduro a qualifié la consultation de l'opposition de mascarade « sans valeur », dénonçant un vote « inventé » et non contrôlé. Le Conseil national électoral, aligné sur l'exécutif, n'a reconnu ni les urnes ni les bulletins. Officiellement, pour les autorités, il ne s'est rien passé dimanche.

La journée n'a pourtant pas été sans violence. Selon l'opposition et plusieurs médias, une femme a été tuée par des tirs près d'un centre de vote installé dans une église du quartier de Catia, à Caracas, lorsque des hommes armés à moto ont ouvert le feu sur la foule. Plusieurs autres personnes ont été blessées. Cet épisode s'inscrit dans une vague de contestation qui secoue le pays depuis avril et a déjà coûté la vie à plus de quatre-vingt-dix personnes, selon le parquet, au fil de manifestations quotidiennes réprimées par les forces de sécurité.

Pour donner du crédit à une consultation dépourvue de cadre légal, l'opposition avait fait appel à des personnalités extérieures. D'anciens chefs d'État latino-américains, parmi lesquels le Mexicain Vicente Fox et la Costaricienne Laura Chinchilla, s'étaient déplacés pour observer le déroulement du vote et en attester la sincérité. Des universités et des ONG ont participé à l'organisation matérielle, faute d'institution officielle disposée à le faire. Les organisateurs ont reconnu qu'aucun registre électoral fiable ne permettait de contrôler les doublons, tout en assurant avoir pris des précautions pour limiter les fraudes.

L'ampleur de la mobilisation, réelle ou surestimée, offre à l'opposition un argument politique de poids. Sept millions de bulletins, même sans valeur juridique, dépassent le socle électoral que le chavisme revendique habituellement. Les capitales occidentales ont réagi : Washington a menacé de « fortes et rapides » sanctions économiques si Maduro maintenait sa Constituante, et plusieurs gouvernements européens et latino-américains ont exprimé leur inquiétude. Le président vénézuélien, lui, n'a montré aucun signe de recul.

Le pays s'enfonce pendant ce temps dans une crise économique et humanitaire d'une gravité rare pour une nation qui possède les plus grandes réserves de pétrole du monde. Pénuries de médicaments et de nourriture, inflation vertigineuse, files d'attente devant des rayons vides : le quotidien des Vénézuéliens sert de toile de fond à l'affrontement politique. Une partie de la contestation se nourrit d'abord de la faim et de la peur du lendemain, autant que du rejet du projet constitutionnel.

Le rendez-vous décisif est désormais fixé au 30 juillet, date à laquelle Maduro entend faire élire son Assemblée constituante malgré tout. L'opposition promet de poursuivre la mobilisation et n'exclut pas d'appeler à la grève générale. Dimanche soir, devant ses partisans, Julio Borges a présenté les sept millions de voix comme un mandat pour « défendre la démocratie ». À deux semaines de l'échéance qu'il conteste, rien n'indiquait pourtant que le pouvoir ait l'intention d'en tenir le moindre compte.