Il y a des trajectoires politiques qui se dessinent lentement, à force de patience, de revers assumés et de fidélité à un territoire. Celle de Tony Wakeham en fait partie. Né le 16 juillet 1956 à Placentia, sur la côte est de l'île de Terre-Neuve, le chef du Parti progressiste-conservateur de Terre-Neuve-et-Labrador célèbre aujourd'hui, 16 juillet 2026, ses soixante-dix ans. Il les fête dans une posture qu'il n'aurait sans doute pas osé imaginer quelques années plus tôt : celle de seizième Premier ministre de la province, assermenté à l'automne 2025 au terme d'un scrutin que plusieurs observateurs ont qualifié de renversement politique majeur.
Placentia, où il vient au monde au milieu des années 1950, n'est pas un lieu anodin dans son parcours. Fils de James et Mary Wakeham, il grandit dans une famille marquée par le travail et l'éducation. Son père était employé à la base navale d'Argentia, cette installation américaine qui a longtemps rythmé la vie économique de la péninsule. Sa mère exerçait le métier d'enseignante. Le jeune Tony fréquente la Laval High School de Placentia avant de rejoindre l'Université Memorial de Terre-Neuve, où il obtient en 1979 un baccalauréat ès arts. Durant ses années universitaires, il pratique le basketball, une passion qui ne le quittera jamais et qui le conduira bien plus tard à présider l'Association de basketball de Terre-Neuve-et-Labrador, puis Basketball Canada.
Avant que la politique ne s'impose comme le fil conducteur de son existence publique, Tony Wakeham mène une carrière protéiforme, ancrée dans le secteur de la santé et dans l'entrepreneuriat. Il occupe la fonction de directeur général de la régie de santé Labrador-Grenfell, une responsabilité considérable dans une région vaste et souvent éloignée des grands centres. Parallèlement, il se fait franchisé de plusieurs restaurants de la chaîne KFC, gérant ainsi des établissements et découvrant les réalités concrètes de la vie d'affaires. Il sert également comme fonctionnaire au sein de l'administration provinciale et s'investit comme entraîneur de basketball. Cette diversité d'expériences, mêlant gestion publique, initiative privée et engagement associatif, forgera plus tard son discours de campagne, centré sur le pragmatisme et la proximité.
L'engagement partisan de Tony Wakeham ne se traduit pas immédiatement par le succès. En 2018, il brigue une première fois la direction du Parti progressiste-conservateur de Terre-Neuve-et-Labrador. L'avocat de Saint-Jean Ches Crosbie l'emporte alors, avec 2 298,92 points contre 1 701,08 pour Wakeham. Ce revers ne le décourage pas. Élu député de la circonscription de Stephenville-Port au Port en mai 2019, avec 50,3 pour cent des voix, il conforte son assise locale au fil des scrutins successifs. En 2023, il tente à nouveau sa chance à la tête de la formation conservatrice. Le 14 octobre de cette année, il l'emporte au second tour de scrutin, avec 52 pour cent des points contre son rival Eugene Manning, et devient chef de l'opposition officielle à la Chambre d'assemblée de la province.
C'est dans ce rôle qu'il patiente, prépare et affûte son projet, jusqu'aux élections provinciales de 2025. Le 14 octobre de cette année-là, dans une soirée électorale disputée jusque tard, il conduit son parti à une majorité, mettant fin à près d'une décennie de gouvernance libérale. Réélu dans sa propre circonscription de Stephenville-Port au Port avec 76,29 pour cent des suffrages, il devient le premier chef progressiste-conservateur à diriger la province depuis 2015. Sa campagne repose sur des thèmes qui parlent au quotidien des Terre-Neuviens et des Labradoriens : le coût de la vie, l'accès aux soins de santé, la sécurité des communautés. Il promet également de mener une révision indépendante et de tenir un référendum sur le protocole d'entente relatif à Churchill Falls, dossier énergétique sensible qui touche aux ressources hydroélectriques du Labrador et à leur exploitation.
Le 29 octobre 2025, Tony Wakeham est officiellement assermenté à Government House, à Saint-Jean, en qualité de seizième Premier ministre de Terre-Neuve-et-Labrador. Il succède à John Hogan. La lieutenante-gouverneure Joan Marie Aylward préside la cérémonie, aux côtés de laquelle le nouveau chef de gouvernement forme son premier conseil des ministres, avec Barry Petten comme vice-premier ministre. Plusieurs députés progressistes-conservateurs de longue date se voient confier des portefeuilles importants, signe d'une équipe rodée à l'expérience parlementaire.
Les premiers mois de son mandat témoignent d'une volonté de tenir le cap fixé pendant la campagne. Le 5 février 2026, le gouvernement marque le cap symbolique des cent premiers jours au pouvoir, en réaffirmant que son action reste concentrée sur trois priorités : de meilleurs soins de santé, une fiscalité allégée et des collectivités plus sûres. Cette communication, diffusée par les services officiels de la province, illustre la manière dont le Premier ministre entend inscrire son gouvernement dans la continuité de ses promesses plutôt que dans les effets d'annonce. Sur le terrain de la santé, dossier qu'il connaît intimement pour avoir dirigé une régie régionale, il procède également à des ajustements de gouvernance au sein de Newfoundland and Labrador Health Services, avec la nomination en janvier 2026 d'une direction générale et d'une présidence du conseil d'administration à titre intérimaire.
L'homme ne se contente pas de gérer les affaires intérieures. Du 3 au 7 juillet 2026, à quelques jours de son soixante-dixième anniversaire, Tony Wakeham se rend à Calgary, en Alberta, pour y participer à des rencontres et à des événements destinés à renforcer les relations avec l'Ouest canadien et à promouvoir les possibilités d'investissement dans sa province. Ce déplacement, à la veille de son anniversaire, en dit long sur une conception du pouvoir tournée vers l'action et vers le rayonnement économique d'un territoire souvent perçu comme périphérique dans la fédération canadienne.
À soixante-dix ans, marié à Patricia Wakeham et père de deux enfants, résidant à Kippens, Tony Wakeham incarne une figure politique dont la légitimité repose autant sur l'enracinement local que sur la longévité de l'engagement. De Placentia à Government House, de la direction d'une régie de santé aux responsabilités d'un chef de gouvernement, son parcours dessine celui d'un homme qui aura mis plusieurs décennies à atteindre le sommet de la vie publique provinciale. En ce 16 juillet 2026, jour où il souffle ses soixante-dix bougies, il gouverne une province dont il a arpenté les routes, connu les institutions et défendu les intérêts bien avant d'en devenir le premier serviteur.