Il fête aujourd'hui, 17 juillet 2026, ses cinquante-six ans. Antonio Decaro, né le 17 juillet 1970 à Bari, chef-lieu des Pouilles, dans le sud de l'Italie, souffle ses bougies sept mois seulement après avoir accédé à la présidence de sa région natale. La date a valeur de symbole pour un homme dont l'ensemble du parcours, de l'ingénierie des transports à la haute fonction régionale, en passant par la mairie de sa ville et un mandat au Parlement européen, s'est déroulé sous le signe d'un attachement revendiqué à ce territoire du talon de la botte italienne.
Le nouveau président de la Regione Puglia n'est pas issu du sérail politique traditionnel. Diplômé en ingénierie civile avec une spécialisation en transports au Politecnico de Bari, il a d'abord embrassé une carrière technique. À vingt-neuf ans, il devient sous-chef de compartiment à l'Acquedotto Pugliese, l'organisme public qui gère le réseau d'adduction d'eau de la région. À partir de 2000, il collabore avec l'ANAS, la société nationale chargée des routes, où il occupe notamment des fonctions de directeur des services techniques et de directeur régional du bureau des projets. Cette formation d'ingénieur, il l'a souvent mise en avant comme une manière d'aborder la chose publique par le concret, par la voirie, la mobilité et les infrastructures plutôt que par les seules joutes idéologiques.
Son entrée en politique tient à une rencontre. En 2004, Michele Emiliano, alors nouveau maire de Bari, le nomme adjoint à la mobilité et à la circulation dans sa première équipe municipale. C'est le début d'une relation politique durable entre les deux hommes, Emiliano jouant le rôle de mentor et de tremplin. En 2010, Decaro est élu conseiller régional des Pouilles dans la circonscription de Bari. Puis vient l'étape décisive : en janvier 2014, il annonce sa candidature à la mairie de Bari, et il est élu maire en juin de la même année. Cinq ans plus tard, en 2019, les électeurs de Bari lui renouvellent massivement leur confiance, avec 66,27 pour cent des suffrages dès le premier tour, un score qui fait de lui l'une des figures locales les plus populaires du centre-gauche italien.
Ses dix années passées à la tête de la commune de Bari ont forgé sa stature nationale. En 2016, il est élu président de l'Associazione Nazionale dei Comuni Italiani (ANCI), l'organisation qui rassemble les municipalités de la péninsule, ce qui lui confère une visibilité au-delà des frontières des Pouilles et l'installe comme interlocuteur des gouvernements successifs sur les questions territoriales. Durant la pandémie, comme durant les débats sur les moyens des collectivités, il s'exprime au nom des maires italiens, endossant un rôle d'intermédiaire entre l'échelon local et l'État central.
L'année 2024 marque un tournant européen. Candidat du Partito Democratico aux élections du Parlement européen dans la circonscription de l'Italie méridionale, qui regroupe les Pouilles, la Campanie, les Abruzzes, le Molise, la Basilicate et la Calabre, Antonio Decaro obtient un résultat retentissant : 499 661 voix de préférence. Ce total constitue un record absolu dans cette circonscription et le place au premier rang des candidats du PD à l'échelle nationale, juste derrière la présidente du Conseil Giorgia Meloni pour le nombre total de préférences recueillies au niveau national. Une fois installé à Bruxelles et à Strasbourg, il ne se contente pas d'un siège de simple élu : le 23 juillet 2024, il est porté à la présidence de la commission de l'Environnement, de la Santé publique et de la Sécurité alimentaire (ENVI) du Parlement européen, l'une des commissions les plus influentes de l'assemblée, compétente sur les grands dossiers climatiques et sanitaires du continent.
Ce mandat européen, il l'aura pourtant écourté pour répondre à l'appel de sa région. À l'automne 2025, les Pouilles renouvellent leur assemblée régionale. Les 23 et 24 novembre 2025, les électeurs se rendent aux urnes, et Antonio Decaro, candidat de la coalition de centre-gauche, s'impose largement face à son adversaire du centre-droit Luigi Lobuono. Selon les résultats rapportés par la presse italienne, il recueille près des deux tiers des suffrages, autour de 64 à 67 pour cent selon les décomptes, un raz-de-marée qui confirme son statut de recordman des préférences. Il succède ainsi à Michele Emiliano, celui-là même qui l'avait lancé en politique deux décennies plus tôt, refermant une boucle générationnelle au sommet de l'exécutif régional. Emiliano a d'ailleurs salué son élection en estimant qu'il revenait désormais à Decaro « d'aller au-delà de ce qui a déjà été accompli » et de relever les défis de l'avenir.
L'installation officielle intervient au tout début de l'année en cours. Le 7 janvier 2026, à la cour d'appel de Bari, Antonio Decaro est proclamé président de la Regione Puglia. Dans son discours d'entrée en fonction, il place son mandat sous le signe de la responsabilité et de la transparence, disant vouloir affronter les fragilités de la région avec réalisme, sans dissimuler les difficultés derrière une image idéalisée du territoire. Quelques jours plus tard, le 16 janvier 2026, il présente sa nouvelle équipe régionale au Palais du Conseil régional, ouvrant un mandat de cinq ans. Il s'attribue lui-même des délégations touchant à la programmation économique et financière, aux collectivités locales, à la communication institutionnelle et au contentieux, tout en désignant la santé et la réduction des délais d'attente dans les hôpitaux comme des chantiers prioritaires dès les premières semaines.
Homme de dossiers autant que de terrain, longtemps placé sous protection policière durant ses années de mairie en raison de son engagement contre la criminalité organisée, Antonio Decaro aborde ce nouveau chapitre avec un capital de popularité rare dans la vie politique italienne. À cinquante-six ans, il incarne une continuité assumée avec l'ère Emiliano tout en affichant l'ambition de porter les Pouilles plus loin. Le technicien devenu élu, le maire devenu député européen, gouverne aujourd'hui la région qui l'a vu naître, un jour de juillet, il y a exactement cinquante-six ans.