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SAO TOME - PRESIDENTIELLE 19/07

À São Tomé, une présidentielle sous tension après un an de crise institutionnelle

SAO TOME - PRESIDENTIELLE 19/07 Source : EPOC - création IA

Le 4 juillet, dans une salle de la Commission électorale nationale à São Tomé, un pacte de non-agression attendait la signature des candidats à la présidence. Un seul stylo s'est posé sur le papier : celui de Carlos Vila Nova, le chef de l'État sortant. Les autres prétendants ont laissé la page vierge. À quinze jours du scrutin, ce document à demi signé résume l'humeur d'un archipel de moins de 240 000 habitants qui vote dimanche 19 juillet dans un climat que les autorités elles-mêmes jugent inflammable.

Cinq candidatures ont été admises par le Tribunal constitutionnel. Elles se disputent la présidence de la République, une fonction largement protocolaire dans un régime où le pouvoir réel appartient au Premier ministre et à l'Assemblée nationale. Mais la campagne se déroule dans l'ombre d'une crise qui a fait vaciller cet équilibre. Selon la Commission électorale nationale, 142 191 électeurs sont inscrits, dont 121 670 sur le territoire national et 20 521 dans la diaspora. Si aucun candidat ne franchit la barre des 50 % dimanche, un second tour est prévu le 9 août. Des élections législatives, régionales et municipales suivront le 27 septembre.

La tension actuelle remonte au 6 janvier 2025. Ce jour-là, Carlos Vila Nova a démis par décret le Premier ministre Patrice Trovoada et son gouvernement, invoquant les absences répétées du chef de l'exécutif et l'incapacité de son cabinet à régler plusieurs dossiers. Trovoada a aussitôt dénoncé une décision « illégale » et « inconstitutionnelle ». Le président a ensuite nommé la ministre de la Justice, Ilza Amado Vaz, à la primature ; celle-ci a démissionné en expliquant dans une lettre que son maintien « ne contribuerait pas au succès des politiques publiques ni à un développement harmonieux et pacifique ». Vila Nova s'est alors tourné vers Américo Ramos, désigné sans l'aval de l'ADI, le parti majoritaire, ce qui lui a valu d'être accusé d'ignorer l'Assemblée. Trois Premiers ministres en une semaine : l'épisode a montré qu'une présidence réputée honorifique pouvait, à São Tomé, peser lourdement sur le cours du pays.

Ce précédent explique la reconfiguration des alliances observée pendant la campagne. Carlos Vila Nova se présente désormais en indépendant, lâché par l'ADI qui l'avait porté au pouvoir en 2021 et qui soutient à présent Nito de Sousa Viegas D'Abreu, un rival de 43 ans. Le président sortant a reconstruit sa coalition ailleurs : il revendique l'appui du MLSTP, du Mouvement Basta, du PCD, du MDFM, de l'UDD, du Parti Nossa Terra et d'une aile de l'ADI. Son slogan, « Primeiro o meu país » (« D'abord mon pays »), mise sur la stabilité et l'unité. Deux autres candidats, Miques João Bonfim et Eugénio Trindade Tiny, concourent sans soutien partisan notable. Le nom de Jorge Bom Jesus, ancien Premier ministre, figure toujours sur le bulletin : il a annoncé son retrait hors des délais légaux, après que sa formation eut choisi de rallier Vila Nova.

L'organisateur du scrutin ne cache pas ses inquiétudes. « Nous vivrons le moment fort de notre vie démocratique, la période où la voix du peuple souverain se prépare à résonner dans les urnes », a déclaré le président de la Commission électorale, Jeudiger Nascimento, lors de la signature du pacte auquel seul Vila Nova a adhéré. Il a aussitôt appelé les acteurs à la retenue : « J'exhorte tous les partis, candidats et sympathisants à contenir leurs ardeurs. Rejetez les provocations, évitez les diffamations et combattez la désinformation. La paix publique est le bien le plus précieux que nous ayons. »

Sur le terrain, la campagne a d'abord pris des allures de tournée insulaire. Carlos Vila Nova a lancé la sienne dans le district de Lembá, entre roças et villages, avant un meeting à Neves. Le 9 juillet, il a poursuivi dans les communautés de pêcheurs, martelant une formule devenue le refrain de sa fin de campagne : « Il n'y a pas de place pour la haine. » Une mission d'observation électorale de l'Union européenne est déjà déployée dans l'archipel et promet une évaluation rigoureuse et indépendante du processus, jusqu'aux législatives de septembre. Sa présence dit aussi l'attention nouvelle que porte l'extérieur à ce confetti lusophone du golfe de Guinée, dont la position maritime et les eaux réputées prometteuses en hydrocarbures aiguisent l'intérêt de partenaires régionaux et internationaux.

Aucun des cinq candidats n'est parvenu à fédérer un camp large. Les fractures internes de l'ADI comme du MLSTP ont émietté les soutiens, et les instituts qui suivent le scrutin ne dégagent pas de favori net avant le premier tour. Un second tour le 9 août apparaît, à ce stade, comme l'hypothèse la plus probable. La véritable épreuve viendra ensuite : le président élu devra cohabiter avec l'Assemblée issue des législatives du 27 septembre, dans un pays qui a passé l'année écoulée à tester les limites de sa Constitution.

Dimanche, les bureaux ouvriront sur une campagne dont un seul candidat aura signé l'engagement à ne pas recourir à la violence. À São Tomé, personne ne considère cette signature manquante comme un détail.