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CANADA - NECROLOGIE

John Hamm, le médecin qui a soigné les comptes de la Nouvelle-Écosse

CANADA - NECROLOGIE Source : CBC

Les drapeaux de Province House, le siège du parlement provincial à Halifax, ont été mis en berne lundi après-midi. Quelques minutes plus tôt, le premier ministre de la Nouvelle-Écosse, Tim Houston, avait confirmé la nouvelle dans un communiqué : John Hamm, celui que la province appelait encore « Dr Hamm » un quart de siècle après son entrée en politique, était mort à l'âge de 88 ans. Vingt-cinquième premier ministre de la province, médecin de campagne devenu chef de gouvernement, il aura marqué la Nouvelle-Écosse par une manière de faire de la politique presque à contre-courant : sans éclat, sans formule, mais avec une obstination qui a fini par remodeler les finances de la province.

Avant d'être un homme d'État, John Hamm fut pendant trente ans un médecin de famille dans le comté de Pictou, à quelques heures de route au nord d'Halifax. C'est de cette circonscription rurale, Pictou-Centre, qu'il est élu député en 1993, à un âge où d'autres songent à la retraite. Deux ans plus tard, en 1995, le Parti progressiste-conservateur de la Nouvelle-Écosse, alors relégué à la troisième place de l'échiquier politique, le choisit comme chef. Peu de commentateurs voyaient en ce praticien réservé l'homme d'un renversement. En 1999, il conduit pourtant sa formation d'une troisième place à un gouvernement majoritaire, puis remporte un second mandat en 2003.

Ce que Hamm fait de ce pouvoir tranche avec les promesses habituelles. Sa province vit alors au-dessus de ses moyens depuis des décennies. Il impose une discipline budgétaire douloureuse et impopulaire, et l'obtient : en 2002, la Nouvelle-Écosse présente son premier budget équilibré en quarante ans. La performance, rare dans l'histoire de la province, deviendra la signature de son passage au pouvoir. Il consent dans le même temps ce qu'il présente comme un pari sur l'avenir, un investissement majeur dans le réseau des collèges communautaires de la province, le Nova Scotia Community College, qu'il décrit comme un placement sur la génération suivante.

Son autre grand combat porte le nom d'équité. La Nouvelle-Écosse commence alors à tirer des revenus de son pétrole et de son gaz au large des côtes, mais Ottawa récupère une part de ces recettes par le jeu des paiements de péréquation. Hamm lance sa « Campaign for Fairness », une tournée de plaidoyer méthodique auprès du gouvernement fédéral et de l'opinion. « Je veux que les Canadiens sachent que la Nouvelle-Écosse veut gagner son indépendance économique par ses propres moyens et redevenir l'égale, socialement et économiquement, au sein de ce grand pays », déclarait-il en 2001. En 2005, la renégociation de l'Accord atlantique lui donne raison : la province, comme Terre-Neuve-et-Labrador, obtient une protection intégrale contre les récupérations fédérales sur ses revenus extracôtiers. C'est la victoire dont ses proches diront qu'elle le rendait le plus fier.

L'hommage de ses anciens collègues dessine le portrait d'un homme peu porté aux calculs partisans. Rodney MacDonald, qui fut ministre dans son gouvernement avant de lui succéder comme premier ministre en 2006, a rappelé lundi la leçon qu'il en avait retenue : « Il nous a appris à rester fidèles à nous-mêmes et à faire passer notre province avant la politique. » Rob Batherson, longtemps son attaché de presse puis son directeur des communications, a évoqué la bataille de l'Accord atlantique et l'entêtement de son ancien patron à maintenir un front commun avec Terre-Neuve : « Le gouvernement fédéral a en quelque sorte tenté de nous diviser à l'époque, mais il était résolu à préserver notre unité. »

Le comté de Pictou, où il avait ausculté des patients pendant trois décennies, ne l'a jamais tout à fait laissé partir. Hamm y était resté « le docteur », celui que l'on croisait, à qui l'on confiait ses maux bien après qu'il eut cessé d'exercer. Cette proximité avec le terrain, revendiquée jusque dans son style de gouvernement, explique sans doute une popularité qui a survécu à ses arbitrages les plus rudes. En 2009, trois ans après son retrait de la vie publique, il est nommé officier de l'Ordre du Canada.

Sa mort a provoqué des réactions jusqu'à Ottawa. Le premier ministre du Canada, Mark Carney, a salué « un serviteur de l'État dévoué et un défenseur inébranlable de la Nouvelle-Écosse ». Tim Houston, l'actuel premier ministre provincial et lui aussi progressiste-conservateur, a dit vouloir retenir « sa force, sa dignité tranquille et sa détermination à améliorer la vie de ceux qu'il servait ». Les mots reviennent, chez ceux qui l'ont côtoyé : la discrétion, la droiture, l'absence de théâtre.

John Hamm laisse son épouse, Genesta, et leurs trois enfants, John, Jeffrey et Jennifer. Les drapeaux resteront en berne sur Province House et sur l'ensemble des édifices provinciaux. Dans le hall de l'assemblée où sa photographie officielle figure parmi celles des vingt-quatre premiers ministres qui l'ont précédé, on peut relire la phrase qu'il prononçait en 2001, et que Tim Houston jugeait lundi « toujours d'actualité » : la Nouvelle-Écosse ne réclamait, disait-il, que ce qui lui avait été promis.