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CANADA - ANNIVERSAIRE

David Eby, l'avocat militant devenu maître de la Colombie-Britannique

CANADA - ANNIVERSAIRE Source : Facebook du PM

Il y a une semaine encore, David Eby se trouvait à Pékin, Shanghai et Canton, à la tête d'une délégation commerciale censée arracher la Colombie-Britannique à sa dépendance envers le marché américain. Sa mission asiatique, du 27 juin au 3 juillet 2026, avait un objectif chiffré : réorienter une économie provinciale ébranlée par les droits de douane imposés par Washington vers ce partenaire qui a acheté près de onze milliards de dollars de marchandises britanno-colombiennes en 2025, soit près d'un cinquième des exportations de biens de la province. De retour à Victoria, le Premier ministre de la province la plus occidentale du Canada fête aujourd'hui ses 50 ans. Il est né le 21 juillet 1976 à Kitchener, en Ontario, à plusieurs milliers de kilomètres de la côte du Pacifique où il gouverne aujourd'hui près de six millions d'habitants.

David Robert Patrick Eby a grandi loin des projecteurs politiques. Fils de Brian Eby, avocat spécialisé dans les dommages corporels, et de Laura, institutrice devenue directrice d'école primaire, il est l'aîné de quatre enfants. Élève de la St. Mary's High School de Kitchener, dont il présida le conseil étudiant lors de sa dernière année, il étudie ensuite l'anglais à l'Université de Waterloo, en Ontario. Rien, dans ce parcours initial, ne le désignait pour la fonction qu'il occupe désormais. Ce n'est qu'après un passage dans une entreprise de communication qu'il bifurque vers le droit, obtenant en 2004 son diplôme de la Schulich School of Law de Dalhousie, à Halifax, en Nouvelle-Écosse. Admis au barreau en juin 2005, il choisit une voie qui déterminera durablement son identité publique : la défense des plus démunis.

C'est dans le Downtown Eastside de Vancouver, l'un des quartiers les plus pauvres du Canada, marqué par la crise des opioïdes et l'itinérance, qu'Eby forge sa réputation. De 2005 à 2008, il exerce au sein de la Pivot Legal Society, association vouée à la défense des droits des populations marginalisées. Il prend ensuite la direction générale de la British Columbia Civil Liberties Association, poste qu'il occupe de 2008 à 2012. Ces années font de lui une figure du militantisme juridique local, connue pour ses joutes avec les autorités policières et municipales. Parallèlement, il enseigne le droit comme professeur adjoint à l'Université de la Colombie-Britannique entre 2009 et 2013, et préside le Réseau juridique canadien VIH/sida.

Son entrée en politique tient d'un exploit électoral. En mai 2013, il se présente pour le Nouveau Parti démocratique (NPD) dans la circonscription de Vancouver-Point Grey et défait la Première ministre libérale sortante, Christy Clark, sur son propre territoire. Réélu depuis à chaque scrutin, il gravit rapidement les échelons. Après la victoire du NPD en 2017, il devient procureur général de la province, où il s'attaque au blanchiment d'argent dans le secteur immobilier et le jeu, un dossier qui donnera lieu à une commission d'enquête publique. Lorsque John Horgan, épuisé par la maladie, annonce son retrait, Eby se lance dans la course à la direction du parti. Le 21 octobre 2022, il en devient le chef, et le 18 novembre suivant, il prête serment comme 37e Premier ministre de la Colombie-Britannique.

Le véritable test électoral survient en octobre 2024. Face à un Parti conservateur de la Colombie-Britannique en pleine résurgence, mené par John Rustad, le NPD d'Eby remporte de justesse les élections provinciales, conservant le pouvoir avec une majorité étroite à l'Assemblée législative. Cette victoire arrachée le place à la tête d'un gouvernement fragilisé, contraint de composer avec une opposition revigorée et une coalition interne parfois tendue. Depuis, la conjoncture n'a rien simplifié. Les droits de douane décrétés par l'administration américaine et la hausse des prix du gaz liée aux tensions internationales pèsent sur les entreprises et les ménages de la province, poussant le Premier ministre à chercher ailleurs des débouchés.

Sa mission chinoise de juin et juillet 2026 illustre cette réorientation stratégique baptisée « Look West ». Devant les dirigeants gouvernementaux et économiques de Pékin, Shanghai et Canton, Eby a mis en avant les atouts de sa province : foresterie, énergie, tourisme et agriculture. Au cœur de ses discussions figurait un dossier qu'il a lui-même qualifié de « très gros poisson » : une rencontre avec PetroChina autour de la deuxième phase d'expansion de la vaste installation de gaz naturel liquéfié de Kitimat, sur la côte nord de la province, dont une décision d'investissement finale est attendue avant la fin de l'année. La Chine constitue le deuxième marché d'exportation de la Colombie-Britannique, et la logique du Premier ministre est explicite : diversifier les partenariats pour réduire la vulnérabilité de l'économie provinciale face aux soubresauts du voisin américain.

L'homme qui pilote cette diplomatie économique reste attaché à une image de proximité. David Eby est marié à Cailey Lynch, médecin de famille à Vancouver qui exerça d'abord comme infirmière avant d'étudier la médecine à l'Université de la Colombie-Britannique. Le couple a trois enfants : un fils, Ezra, et deux filles, Iva et Gwendolyn Kay, cette dernière née le 27 juin 2024, en pleine période préélectorale. Grand (il mesure plus de deux mètres) et passionné de basketball, l'ancien avocat des rues du Downtown Eastside cultive un contraste marqué avec les codes traditionnels du pouvoir.

À 50 ans, David Eby dirige une province confrontée à des défis lourds : crise du logement, dépendance aux opioïdes, pressions commerciales et incertitude budgétaire. Certains observateurs s'interrogent ouvertement sur la solidité de son emprise, évoquant les tensions au sein du NPD depuis le scrutin de 2024. Lui continue d'avancer sur le terrain qu'il connaît le mieux, celui des dossiers concrets. Son gouvernement doit trancher dans les prochains mois sur l'avenir du projet gazier de Kitimat, dont dépendent des milliers d'emplois et une part croissante des exportations de la Colombie-Britannique vers l'Asie.