Le 4 septembre 2025, quand Mark Golding a reconnu sa défaite, Andrew Holness venait de réussir ce qu'aucun dirigeant jamaïcain de sa génération n'avait accompli : un troisième mandat consécutif à la tête du gouvernement. Son parti, le Jamaica Labour Party (JLP), avait remporté au moins 34 des 63 sièges du Parlement, laissant 29 sièges au People's National Party (PNP) de son adversaire. Le scrutin, marqué par une abstention massive (38,8 pour cent de participation seulement) et par des accusations de corruption, avait pourtant confirmé une donnée que peu d'observateurs contestaient : sur le terrain de la sécurité, le Premier ministre tenait un argument que l'opposition peinait à démonter.
Andrew Michael Holness est né le 22 juillet 1972 à Spanish Town, la vieille capitale coloniale de la paroisse de Sainte-Catherine, dans le sud de l'île. Il fête aujourd'hui ses 54 ans. Ses parents appartenaient à la classe laborieuse : son père, Morris Holness, était agriculteur et se disait socialiste ; sa mère, Carol Harvey Williams, était fonctionnaire. Le prénom Andrew lui aurait été donné en hommage à un ancien Premier ministre, Michael Manley, figure tutélaire du camp adverse, celui du PNP. Cinquième d'une fratrie de six enfants, il a grandi dans le quartier d'Ensom City, à Spanish Town, avant de fréquenter la St Catherine High School, où il s'est distingué comme débatteur, puis comme major de sa promotion et chef des élèves.
Sa trajectoire universitaire l'a conduit à l'University of the West Indies, où il a obtenu une licence en études de gestion, puis une maîtrise en études du développement. Entre 1994 et 1996, il a dirigé la Voluntary Organization for Uplifting Children (VOUCH), une structure consacrée à l'enfance, tout en achevant son cursus. C'est ensuite dans l'orbite d'Edward Seaga, ancien Premier ministre et pilier du JLP, qu'il a fait ses classes politiques, comme assistant particulier et gestionnaire financier au sein du groupe d'entreprises de ce dernier. Le mentor comptait ; il ouvrit la voie.
En 1997, à 25 ans, Andrew Holness a été élu pour la première fois député de la circonscription de West Central St. Andrew, un siège qu'il conserve depuis. Au fil des années, il a couvert plusieurs portefeuilles : protection sociale, développement communautaire, logement, éducation. C'est ce dernier domaine qui l'a fait connaître du grand public, d'abord comme porte-parole de l'opposition, puis comme ministre de l'Éducation. La politique de scolarité qu'il a défendue, centrée sur l'accès et sur l'infrastructure scolaire, reste attachée à son nom.
Le tournant est venu en octobre 2011. Le départ de Bruce Golding de la direction du gouvernement a propulsé Andrew Holness au poste de Premier ministre. À 39 ans, il devenait le plus jeune chef de gouvernement de l'histoire jamaïcaine. Le sursis fut bref : les élections anticipées de décembre 2011 ont ramené le PNP au pouvoir, et Holness a passé quatre années dans l'opposition, à reconstruire son parti et son image. En mars 2016, à 43 ans, il est redevenu Premier ministre, cette fois par les urnes, devenant le plus jeune dirigeant jamaïcain jamais porté au pouvoir par un scrutin. Reconduit en 2020, puis en 2025, il a installé une longévité rare dans un système politique habitué à l'alternance.
Le socle de cette longévité tient en un chiffre : la violence. Longtemps classée parmi les pays les plus meurtriers du monde (un taux d'homicides d'environ 49,6 pour 100 000 habitants en 2016), la Jamaïque a connu sous son gouvernement une baisse continue des meurtres. Les données citées par le Premier ministre font état d'un recul de 7 pour cent en 2023, de 21 pour cent en 2024, puis de 42 pour cent en 2025. Le 1er décembre 2025, Andrew Holness a annoncé que l'île pourrait enregistrer moins de 700 homicides sur l'année, un seuil qui n'avait plus été atteint depuis près de quarante ans. Il attribue ce résultat à un choix budgétaire : plus de 90 milliards de dollars jamaïcains investis dans les forces de sécurité au cours des neuf dernières années, accompagnés de saisies d'armes accrues et d'un déploiement policier renforcé. "Cela ne s'est pas produit par hasard", a-t-il déclaré, insistant sur la constance de l'orientation donnée aux forces de l'ordre.
Ce bilan sécuritaire ne suffit pourtant pas à effacer les critiques. La campagne de 2025 s'est cristallisée autour des inégalités et de l'économie, deux terrains sur lesquels l'opposition a martelé que la baisse des meurtres ne s'accompagnait pas d'une amélioration comparable du niveau de vie. Des soupçons de corruption ont pesé sur la fin du deuxième mandat. Et l'abstention record, à peine supérieure à celle du scrutin de 2020 organisé en pleine pandémie, traduit une lassitude d'une partie de l'électorat à l'égard des deux grandes formations qui se partagent le pouvoir depuis l'indépendance. Pour répondre à la question du pouvoir d'achat, Holness s'est engagé pendant la campagne à doubler le salaire minimum, alors fixé à 100 dollars américains pour une semaine de 40 heures.
Sa vie personnelle est étroitement liée à la politique. Il a épousé Juliet Landell, originaire comme lui de Sainte-Catherine, elle-même députée à la Chambre des représentants. Le couple a deux fils, Adam et Andrew II. Cette configuration familiale, où mari et femme siègent tous deux au Parlement, a nourri à la fois des accusations de concentration du pouvoir et une image de continuité domestique que le JLP a su exploiter.
À 54 ans, Andrew Holness occupe une position singulière dans la vie publique caribéenne : un dirigeant entré au Parlement à 25 ans, devenu Premier ministre à 39, et qui aborde son troisième mandat consécutif avec un argument chiffré rarement disponible pour un homme au pouvoir depuis aussi longtemps. Le pari qu'il défend depuis 2016 reste le même : convertir la baisse de la criminalité en confiance électorale durable. En 2025, la Jamaïque était en passe de réduire de moitié son taux national d'homicides par rapport au pic de 2016.