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ITALIE - ANNIVERSAIRE

Sergio Mattarella, le gardien discret du Quirinal fête ses 85 ans

ITALIE - ANNIVERSAIRE Source : Insta Quirinale

Le 6 janvier 1980, une Fiat 132 blanche s'arrête devant un immeuble de la via Libertà, à Palerme. Piersanti Mattarella, président de la Région Sicile, s'apprête à conduire sa famille à la messe. Un homme s'approche de la vitre et tire à bout portant. C'est son frère cadet, Sergio, alors professeur de droit parlementaire, qui accourt et tente de le sortir de la voiture, le visage et les mains couverts de sang. Piersanti meurt peu après, à 44 ans, abattu par la mafia qu'il combattait au sein d'une Démocratie chrétienne rongée par les compromissions. Ce matin-là a scellé une vocation. Quarante-six ans plus tard, l'homme qui a tenu son frère mourant dans ses bras occupe la plus haute fonction de l'État italien. Sergio Mattarella, douzième président de la République italienne, fête aujourd'hui ses 85 ans.

Né le 23 juillet 1941 à Palerme, en Sicile, Sergio Mattarella grandit dans une famille où la politique est une affaire de famille et un devoir. Son père, Bernardo Mattarella, fut l'un des fondateurs de la Démocratie chrétienne et plusieurs fois ministre de la jeune République née des ruines du fascisme. Le fils suit d'abord une voie plus feutrée. Diplômé de droit summa cum laude à l'université La Sapienza de Rome en 1964, il devient enseignant, spécialiste du droit parlementaire, loin de l'agitation des congrès et des tractations de couloir. L'assassinat de Piersanti le précipite dans l'arène qu'il avait tenu à distance. En 1983, il est élu pour la première fois à la Chambre des députés, où il représentera la Sicile pendant sept législatures consécutives, jusqu'en 2008.

Sa réputation se forge dans la retenue. Ministre à plusieurs reprises entre 1987 et 2001, il occupe les portefeuilles des Relations avec le Parlement, de l'Éducation, puis de la Défense, où il pilote en 2000 l'abolition de la conscription obligatoire et le passage à une armée de métier. En 1990, il claque la porte du gouvernement de Giulio Andreotti pour protester contre la loi Mammì, taillée sur mesure pour l'empire télévisuel de Silvio Berlusconi. Le geste lui vaut une aura d'intransigeance tranquille. Deux ans plus tard, il donne son nom à une réforme électorale, le Mattarellum, système mixte à dominante majoritaire censé stabiliser une vie politique italienne épuisée par l'instabilité et par le séisme judiciaire de Mani pulite. La loi restera en vigueur une décennie, jusqu'à son remplacement en 2005, jalon d'une carrière moins spectaculaire que méthodique. Vice-président du Conseil sous Massimo D'Alema entre 1998 et 1999, il traverse la recomposition de la gauche italienne sans jamais chercher les projecteurs, fidèle à une culture démocrate-chrétienne héritée de son père et purgée, chez lui, de toute compromission avec le pouvoir mafieux qui avait tué son frère.

En 2011, Mattarella est nommé juge à la Cour constitutionnelle, gardienne de la charte fondamentale de 1948. Il y siège jusqu'à ce que le Parlement, en janvier 2015, le porte au sommet de l'État. Élu au quatrième tour de scrutin le 31 janvier 2015, il succède à Giorgio Napolitano et entre au palais du Quirinal, ancienne résidence des papes puis des rois d'Italie, qui domine les forums romains depuis sa colline. Le contraste avec ses prédécesseurs saute aux yeux. Là où d'autres cultivaient l'éloquence, Mattarella impose un style dépouillé, une parole rare, une neutralité scrupuleuse qui deviennent sa marque de fabrique dans un pays où les gouvernements tombent avec une régularité déconcertante.

Cette réserve se mue en autorité lors des crises. En mai 2018, au moment de former un exécutif entre le Mouvement 5 étoiles et la Ligue, il refuse la nomination au ministère de l'Économie de Paolo Savona, économiste ouvertement hostile à l'euro, jugeant l'engagement européen de l'Italie non négociable. La décision provoque un tollé, des menaces de destitution, avant que les partis ne cèdent. À plusieurs reprises, Mattarella se retrouve arbitre ultime d'une République parlementaire où le chef de l'État, d'ordinaire cantonné à un rôle protocolaire, redevient pivot dès que les majorités se délitent.

Son premier mandat de sept ans devait s'achever début 2022. Épuisés par des semaines de scrutins infructueux et incapables de s'accorder sur un successeur, les grands électeurs se tournent vers lui. Mattarella, qui avait pourtant répété son intention de se retirer et déjà cherché un appartement pour sa retraite, accepte de rempiler. Réélu le 29 janvier 2022 au huitième tour, il prête serment le 3 février pour un second septennat courant jusqu'en février 2029. À 85 ans, il est le président le plus âgé et le plus longtemps en fonction de l'histoire républicaine italienne, veuf depuis 2012, père de trois enfants, catholique pratiquant discret sur sa foi comme sur le reste.

La seconde partie de sa présidence se déroule dans une configuration inédite. Depuis octobre 2022, l'Italie est gouvernée par Giorgia Meloni, première femme cheffe du gouvernement et dirigeante de Fratelli d'Italia, parti issu de l'extrême droite postfasciste. Beaucoup redoutaient un affrontement frontal entre le gardien vigilant de la Constitution antifasciste et une majorité aux racines idéologiques revendiquées. La cohabitation s'est révélée plus prudente. Mattarella veille, corrige, rappelle les limites, sans jamais rompre. Le dossier des migrants illustre cet équilibre tendu. Lorsque le gouvernement Meloni tente d'externaliser en Albanie la rétention des demandeurs d'asile, les tribunaux italiens puis la Cour de justice de l'Union européenne bloquent le dispositif, la juridiction européenne jugeant en août 2025 qu'un pays ne peut être déclaré sûr que s'il l'est pour l'ensemble de sa population. Le président, lui, promulgue les décrets migratoires au terme d'une coordination ordinaire entre le Quirinal, la présidence du Conseil et les ministères concernés, sans se transformer en obstacle politique ni en caution.

Ce refus obstiné de la posture définit toute sa présidence. Mattarella parle peu, préfère les gestes aux discours, incarne une forme de stabilité institutionnelle dans un pays qui en manque chroniquement. Son visage impassible lors des cérémonies, sa signature au bas des lois, ses interventions mesurées aux moments de blocage composent le portrait d'un homme façonné par un deuil et par une conception austère du service public. Ni tribun ni idéologue, il aura été le point fixe d'une République qui change sans cesse de gouvernement. Son mandat s'achèvera en février 2029, quand il aura 87 ans.