Le 5 mars 2026, dans le Grand Palais du peuple à Pékin, Li Qiang s'est levé devant les députés de l'Assemblée populaire nationale pour livrer le rapport de travail du gouvernement. Il y a fixé un objectif de croissance compris entre 4,5 et 5 % du produit intérieur brut, la cible la plus basse assignée à l'économie chinoise depuis 1991. Devant une assemblée acquise, le Premier ministre a décrit une période de turbulences rarement égalée, promettant des mesures pour stimuler la consommation et l'innovation. L'exercice résume la position de cet homme de 67 ans : porter la parole économique d'un régime dont la puissance repose sur des chiffres qu'il ne maîtrise plus entièrement.
Li Qiang fête aujourd'hui, 23 juillet 2026, ses 67 ans. Il est né le 23 juillet 1959 à Rui'an, ville de la préfecture de Wenzhou, dans la province du Zhejiang, sur la côte orientale de la Chine. Cette région, l'une des plus entreprenantes du pays, a façonné sa trajectoire. Wenzhou est réputée pour son tissu de petites entreprises privées, un capitalisme familial et débrouillard qui contraste avec la lourdeur des conglomérats d'État du nord. C'est dans ce terreau que Li Qiang a bâti sa réputation d'administrateur favorable aux affaires, image qu'il a cultivée tout au long de son ascension.
Sa carrière s'est déroulée presque entièrement au Zhejiang, où il a gravi les échelons de l'appareil provincial pendant des décennies. C'est là qu'il a noué le lien décisif de sa vie politique. De 2002 à 2007, Xi Jinping dirige la province en tant que secrétaire du Parti communiste. Li Qiang travaille dans son sillage, occupant notamment le poste de secrétaire général du comité provincial, une fonction de directeur de cabinet qui le place au contact quotidien du futur chef de l'État. Quand Xi Jinping quitte le Zhejiang pour Shanghai puis pour Pékin, il n'oublie pas ceux qui l'ont servi. Cette proximité deviendra le moteur de la carrière de Li Qiang, souvent décrit comme l'un des fidèles les plus proches du président.
Après le départ de Xi Jinping, Li Qiang poursuit son ascension. Il devient gouverneur du Zhejiang, puis prend en 2016 la tête du Parti dans la province voisine du Jiangsu, autre poumon industriel de la Chine côtière. En octobre 2017, il accède au poste de secrétaire du Parti communiste à Shanghai, la capitale économique du pays, l'une des fonctions les plus prestigieuses de la hiérarchie chinoise. À Shanghai, il soigne son profil de dirigeant ouvert aux investisseurs étrangers et attire l'usine géante de Tesla, inaugurée en un temps record. Cette réputation de pragmatique semble le destiner aux plus hautes responsabilités.
Le printemps 2022 vient pourtant fissurer cette image. Confrontée à une flambée du variant Omicron, Shanghai est placée sous un confinement d'une sévérité extrême, appliqué au nom de la politique dite du « zéro Covid » voulue par Pékin. Pendant deux mois, les vingt-cinq millions d'habitants de la métropole sont enfermés chez eux. Des files d'attente pour la nourriture, des malades privés de soins, des scènes de détresse filmées et diffusées malgré la censure ébranlent la confiance d'une population habituée à un certain confort. Li Qiang, en tant que secrétaire du Parti, porte la responsabilité politique de cette gestion. Beaucoup d'observateurs pronostiquent alors que l'épisode va briser sa carrière. Il n'en sera rien.
En octobre 2022, lors du vingtième congrès du Parti communiste chinois, Li Qiang est propulsé au numéro deux du Comité permanent du Bureau politique, l'organe suprême du pouvoir. Sa promotion, malgré le fiasco de Shanghai, illustre une logique que le confinement n'a fait qu'exposer : dans la Chine de Xi Jinping, la loyauté prime sur le bilan. Le 11 mars 2023, l'Assemblée populaire nationale entérine sa nomination comme Premier ministre du Conseil des affaires de l'État. Le vote est sans surprise : 2 936 voix pour, trois contre, huit abstentions. Il succède à Li Keqiang, économiste de formation qui avait incarné, sans jamais peser lourd face à Xi Jinping, une ligne plus attentive au secteur privé.
Devenu chef du gouvernement, Li Qiang occupe en théorie le poste le plus puissant sur l'économie et l'administration. En pratique, la fonction a été vidée d'une partie de sa substance par la concentration du pouvoir entre les mains du secrétaire général du Parti. Là où ses prédécesseurs disposaient d'une marge d'initiative, Li Qiang exécute une feuille de route arrêtée au sommet. Il n'a pas suivi, contrairement à l'usage, la voie qui menait au poste de vice-Premier ministre avant d'accéder au sommet du gouvernement, signe d'une trajectoire taillée sur mesure par la volonté d'un seul homme.
Ses trois premières années à la tête du gouvernement l'ont confronté à une conjoncture difficile. La crise du secteur immobilier, moteur historique de la croissance, continue de peser sur la confiance des ménages et des collectivités locales endettées. La consommation intérieure reste atone, la déflation menace, et la rivalité commerciale avec les États-Unis complique les perspectives à l'exportation. Face à ces défis, Li Qiang plaide pour l'innovation technologique. Le projet de quatorzième plan quinquennal pour la période 2026-2030, dont il a défendu les grandes lignes, vise à faire de la Chine le leader mondial de l'intelligence artificielle, une expression revenue à plus de cinquante reprises dans son rapport de mars.
Sur la scène internationale, Li Qiang représente régulièrement la Chine dans les enceintes multilatérales et les sommets économiques, tandis que Xi Jinping conserve les rendez-vous diplomatiques les plus visibles. Le Premier ministre y défend un discours de stabilité et d'ouverture aux échanges, à rebours des tensions qui traversent les relations de Pékin avec Washington et une partie de l'Europe. Ce partage des rôles confirme sa place : celle d'un exécutant de haut rang, chargé de faire fonctionner la machine sans jamais en contester la direction.
À 67 ans, Li Qiang reste l'un des hommes les plus proches du président chinois et le deuxième personnage de l'appareil du Parti. Son mandat de Premier ministre, entamé en mars 2023, court jusqu'aux prochaines échéances de l'Assemblée populaire nationale. Le 5 mars dernier, en annonçant un objectif de croissance de 4,5 à 5 %, il a fixé pour la Chine la barre la plus basse depuis trente-cinq ans.