Le corps a été retrouvé chez lui, à Trotover Farm, sur les collines de Leopards Hill, au sud de Lusaka, là où Guy Scott avait passé sa vie à faire pousser des fraises et du blé irrigué bien avant de gouverner la Zambie. Il est mort mercredi 15 juillet, à 82 ans, après une longue maladie. Le président Hakainde Hichilema a annoncé dans la foulée que l'ancien vice-président aurait droit à des funérailles nationales.
Guy Lindsay Scott restera dans les livres pour un paradoxe que la Constitution zambienne n'avait pas prévu : le 29 octobre 2014, à la mort du président Michael Sata, il devint chef de l'État par intérim, premier dirigeant blanc d'un pays d'Afrique continentale depuis Frederick de Klerk, en 1989. Il conserva la fonction quatre-vingt-huit jours, le temps d'organiser l'élection qui porterait Edgar Lungu au pouvoir en janvier 2015. La loi fondamentale lui interdisait de se présenter lui-même : l'article 34 exigeait que les deux parents d'un candidat soient zambiens de naissance ou d'ascendance, une clause introduite par le président Frederick Chiluba pour barrer la route à Kenneth Kaunda. Le père de Scott, Alec, médecin, avait quitté Glasgow en 1927 pour travailler sur les chemins de fer de Cecil Rhodes ; sa mère avait rejoint l'Afrique australe depuis l'Angleterre en 1940.
Cette ascendance écossaise et anglaise, il ne l'a jamais camouflée, il en a fait matière à ironie. Racontant sa rencontre en 2012 avec l'ancien président américain George W. Bush, Scott aimait citer sa réaction : « quand ils m'ont présenté comme vice-président, il a cru qu'on plaisantait ». Aux journalistes qui l'interrogeaient sur sa couleur de peau, il répondait que la Zambie passait « d'une condition postcoloniale à une condition cosmopolite », et que les esprits changeaient.
Les hommages, jeudi, ont traversé les clivages qui avaient pourtant marqué sa carrière. Hakainde Hichilema a salué « un vrai patriote zambien », rappelant son passage au ministère de l'Agriculture et son empreinte sur ce secteur. Edgar Lungu, son adversaire d'hier, l'a décrit comme « un ami loyal et un redoutable politique ». L'ambassade des États-Unis à Lusaka a évoqué « un champion de la démocratie et de la bonne gouvernance ». Peu de dirigeants africains auront réuni un tel arc de voix, du parti au pouvoir à l'opposition en passant par Washington.
Sa trajectoire tenait pourtant peu du destin tracé. Diplômé d'économie à Cambridge en 1965, il rentre servir la Zambie fraîchement indépendante comme planificateur au ministère des Finances, puis repart en Angleterre étudier les sciences cognitives et l'intelligence artificielle. Il soutient à l'université du Sussex, en 1986, une thèse de doctorat intitulée « Interprétation locale et globale des images en mouvement », avant de travailler sur la robotique à Oxford. Entre deux séjours universitaires, il avait fondé en 1970 Walkover Estates, une exploitation agricole dont les fraises finissaient sur les étals des supermarchés Sainsbury's, et où il était réputé parler la langue locale et convier ses ouvriers à ses fêtes.
La politique, il y entre par l'agriculture. Élu député de Mpika Central en 1991 sous les couleurs du Mouvement pour la démocratie multipartite, il devient ministre de l'Agriculture et affronte aussitôt « la sécheresse du siècle » de janvier et février 1992. Il n'y avait plus de maïs en réserve, ni en Zambie ni dans toute l'Afrique australe ; il fallut importer d'outre-mer et acheminer les vivres sur des voies ferrées et des routes délabrées. La récolte exceptionnelle de 1992-1993 suivit. Chiluba le limogea en avril 1993. Scott quitta le parti, en fonda d'autres, puis rejoignit en 2001 le Front patriotique de Michael Sata, dont il deviendrait le vice-président.
Son intérim présidentiel ne fut pas un long fleuve tranquille. Le 3 novembre 2014, il démit Edgar Lungu de son poste de secrétaire général du Front patriotique ; des manifestations éclatèrent dans les rues de Lusaka, et il le réintégra dès le lendemain. En décembre, il refusa les appels de ministres qui le pressaient de démissionner. Il tint jusqu'au terme constitutionnel, remit le pouvoir et se retira, non sans avoir consigné son parcours dans un livre paru en 2019, au titre revendiqué : Adventures in Zambian Politics: A Story in Black and White.
Atteint de la maladie de Parkinson, il n'avait jamais tout à fait raccroché. En mars 2021, il rejoignit le Parti uni pour le développement national de Hakainde Hichilema, qui le nomma consultant en chef et membre de son comité de direction, quelques mois avant la victoire de ce dernier à la présidentielle. Le dernier acte d'un homme qui avait commencé sa vie publique aux côtés des nationalistes, dans le sillage d'un père rallié à l'indépendance.
Le programme des obsèques et les modalités de l'inhumation seront précisés dans les prochains jours, a fait savoir la présidence. À Trotover Farm, les fraisiers continueront de pousser.