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UN JOUR, UN PAYS

Papouasie-Nouvelle-Guinée : le grand écart entre Pékin et Paris

UN JOUR, UN PAYS Source : EPOC - création IA

Sur les hauts plateaux de la province d'Enga, il n'est pas rare qu'un habitant parle une langue que son voisin de vallée ne comprend pas. La Papouasie-Nouvelle-Guinée abrite plus de huit cents langues vivantes, soit près d'un huitième du patrimoine linguistique mondial pour une population qui dépasse à peine les onze millions d'habitants. Cette fragmentation dit l'essentiel d'un pays où la géographie a longtemps tenu lieu de frontière entre les hommes.

Le territoire occupe la moitié orientale de la Nouvelle-Guinée, deuxième plus grande île du monde, ainsi qu'un archipel de six cents îles éparpillées dans le Pacifique sud-ouest, au nord de l'Australie. Une chaîne montagneuse centrale, la cordillère Bismarck, coupe l'île en deux et culmine à plus de quatre mille mètres au mont Wilhelm. De part et d'autre s'étendent des forêts tropicales parmi les plus denses de la planète, des marécages côtiers et des fleuves puissants comme le Sepik et le Fly. Cette barrière de reliefs et de jungle explique l'isolement des communautés, dont certaines vallées ne furent découvertes par des Occidentaux que dans les années 1930. Le pays se trouve sur la ceinture de feu du Pacifique, exposé aux séismes et aux éruptions volcaniques, tandis que ses eaux abritent une biodiversité marine exceptionnelle au sein du Triangle de corail.

Le peuplement humain y remonte à environ soixante mille ans, ce qui en fait l'une des plus anciennes présences continues hors d'Afrique. Les habitants des hauts plateaux ont développé l'agriculture il y a près de dix mille ans, notamment la culture de la patate douce et du taro, faisant de la région l'un des rares foyers d'invention agricole indépendants de l'humanité. Les navigateurs européens abordèrent l'île au XVIe siècle, mais la colonisation véritable ne commença qu'à la fin du XIXe. L'Allemagne s'installa dans le nord-est en 1884, le Royaume-Uni dans le sud, avant que l'Australie n'hérite de l'ensemble. Les combats de la Seconde Guerre mondiale marquèrent profondément le territoire : la piste Kokoda et la bataille de Milne Bay figurent parmi les affrontements les plus durs entre forces alliées et japonaises dans le Pacifique.

Administrée par l'Australie sous mandat, la Papouasie-Nouvelle-Guinée accéda à l'indépendance le 16 septembre 1975, sans effusion de sang, sous la conduite de son premier chef de gouvernement, Michael Somare, figure tutélaire souvent appelée le père de la nation. Le pays demeure une monarchie constitutionnelle au sein du Commonwealth, reconnaissant le souverain britannique comme chef de l'État, représenté localement par un gouverneur général. Le régime parlementaire s'inspire du modèle de Westminster, avec un Parlement national unique dont les cent dix-huit membres élisent le Premier ministre.

Cette architecture institutionnelle fonctionne dans un environnement politique réputé instable, où les alliances se font et se défont au gré des allégeances régionales plus que des programmes. James Marape, arrivé au pouvoir en mai 2019 après avoir renversé son prédécesseur Peter O'Neill, a conservé la direction du gouvernement au terme des élections de 2022 et survécu à plusieurs motions de censure. Sa ligne, résumée par le slogan d'un pays qui doit devenir « la nation la plus riche du Pacifique », repose sur une reprise en main des ressources naturelles. La Papouasie-Nouvelle-Guinée regorge en effet d'or, de cuivre, de gaz naturel et de bois, mais la manne extractive profite peu à une population dont une large part vit encore d'une agriculture de subsistance.

La diplomatie de Port Moresby illustre les tensions qui traversent aujourd'hui le Pacifique, devenu terrain de rivalité entre la Chine et les puissances occidentales. En avril 2026, James Marape s'est rendu à Canton pour rencontrer les dirigeants d'une entreprise publique chinoise et faire avancer un vaste projet de mine de cuivre et d'or, signe de l'attrait des capitaux de Pékin. Quelques semaines plus tard, le 20 mai, il était reçu à l'Élysée par Emmanuel Macron, une visite consacrée en partie à la lutte contre le changement climatique et à la protection de la biodiversité, doublée du projet d'ouvrir une ambassade papouasienne à Paris. Ce grand écart traduit la volonté d'un petit État de tirer parti des convoitises que suscitent sa position stratégique et ses forêts.

Les défis intérieurs restent considérables. La question de Bougainville, île du nord-est théâtre d'une guerre civile meurtrière entre 1988 et 1998, continue de peser : lors d'un référendum organisé en 2019, près de 98 % des votants se sont prononcés pour l'indépendance, un résultat consultatif que le Parlement national doit encore ratifier, source de friction persistante avec les autorités locales qui visaient une indépendance effective au tournant de la décennie. Les violences tribales sur les hauts plateaux, parfois amplifiées par la circulation d'armes à feu, endeuillent régulièrement les provinces de l'intérieur. Les émeutes qui ont frappé Port Moresby en janvier 2024, faisant plusieurs morts après un mouvement de contestation des forces de l'ordre, ont rappelé la fragilité du maintien de l'ordre dans les centres urbains.

Le pays doit aussi composer avec les effets déjà tangibles du réchauffement. Les atolls et les îles basses voient la mer grignoter leurs rivages, contraignant certaines communautés à envisager des déplacements, tandis que les épisodes de sécheresse liés au phénomène El Niño menacent régulièrement les récoltes vivrières des hautes terres.

À cinquante ans d'indépendance, célébrée en septembre prochain, la Papouasie-Nouvelle-Guinée reste un pays de contrastes, riche de ses ressources et de sa mosaïque humaine, mais confronté à la pauvreté, à la faiblesse de ses infrastructures et aux appétits extérieurs. Le sort du projet minier négocié avec Pékin, comme la ratification encore suspendue du vote de Bougainville, dira dans quelle direction penche désormais la plus grande nation insulaire du Pacifique.