À Longyearbyen, sur l'archipel du Svalbard, le soleil ne se couche pas de la fin avril à la fin août, puis disparaît totalement pendant près de quatre mois. Cette alternance extrême rythme la vie du point habité le plus septentrional du monde, à quelque mille kilomètres du pôle Nord. La Norvège s'étire ainsi sur près de treize degrés de latitude, offrant des paysages qui vont des vergers du Sud aux toundras arctiques, unifiés par une même relation intime à la mer.
Le pays occupe la partie occidentale de la péninsule scandinave, bordé à l'est par la Suède, la Finlande et une courte frontière avec la Russie. Son littoral, découpé par les fjords que les glaciers ont creusés au fil des ères, se déploie sur plus de vingt-cinq mille kilomètres une fois comptées les innombrables îles et échancrures. Le Sognefjord, le plus long, s'enfonce sur deux cents kilomètres dans les terres, encaissé entre des parois qui plongent à plus de mille mètres. Les montagnes couvrent l'essentiel du territoire, ne laissant qu'une faible part de terres arables. Le Gulf Stream tempère un climat qui devrait être glacial sous ces latitudes, maintenant les ports du Nord libres de glace toute l'année, avantage décisif qui a façonné une nation de marins et de pêcheurs.
Cette vocation maritime remonte à l'âge des Vikings, entre le VIIIe et le XIe siècle, quand les navigateurs norrois écumèrent les côtes de l'Europe, s'établirent en Islande, au Groenland et abordèrent même l'Amérique du Nord bien avant Christophe Colomb. La christianisation et l'unification du royaume sous Harald à la Belle Chevelure puis Olaf II jetèrent les bases d'un État. Frappée par la peste noire au XIVe siècle, affaiblie, la Norvège entra en 1397 dans l'union de Kalmar puis passa sous la couronne danoise pour plus de quatre siècles. Le traité de Kiel, en 1814, la céda à la Suède ; les Norvégiens en profitèrent pour adopter le 17 mai de la même année une Constitution parmi les plus libérales de l'époque, date encore célébrée aujourd'hui comme fête nationale.
L'union avec la Suède fut dissoute pacifiquement en 1905, et le pays se choisit un roi en la personne du prince danois Carl, devenu Haakon VII. La Norvège, neutre durant la Première Guerre mondiale, fut envahie par l'Allemagne nazie en 1940 ; le roi et le gouvernement gagnèrent Londres tandis que le nom de Vidkun Quisling, chef collaborateur, entrait dans le vocabulaire de la trahison. La libération de 1945 scella l'abandon de la neutralité : membre fondateur de l'OTAN en 1949, la Norvège arrima durablement sa sécurité à l'alliance atlantique, dont l'ancien Premier ministre Jens Stoltenberg fut le secrétaire général de 2014 à 2024.
La découverte de gisements d'hydrocarbures en mer du Nord à la fin des années 1960 transforma le destin économique du pays. Devenue l'un des premiers exportateurs mondiaux de pétrole et de gaz, la Norvège eut la sagesse d'en placer les revenus dans un fonds souverain créé en 1990, aujourd'hui le plus important de la planète avec un encours dépassant les mille sept cents milliards de dollars. Ce fonds, propriété de l'État pour le compte des générations futures, finance une partie du budget et confère à Oslo un poids financier sans commune mesure avec sa population de cinq millions et demi d'habitants. La guerre en Ukraine et la coupure du gaz russe ont fait de la Norvège le premier fournisseur de gaz de l'Union européenne, position qui a nourri un débat intérieur sur les profits tirés du conflit.
La Norvège est une monarchie constitutionnelle et parlementaire. Le roi Harald V, sur le trône depuis 1991, exerce des fonctions essentiellement symboliques, le pouvoir réel appartenant au gouvernement responsable devant le Storting, le parlement monocaméral. Trait singulier de son histoire européenne, le pays a refusé par deux fois, en 1972 puis en 1994, d'adhérer à la Communauté puis à l'Union européenne, lors de référendums serrés. Il participe néanmoins au marché unique par l'Espace économique européen et à la libre circulation par les accords de Schengen, situation d'intégration sans adhésion qui fait figure de modèle discuté ailleurs sur le continent.
Les élections législatives du 8 septembre 2025 ont reconduit le camp de la gauche. Le Premier ministre travailliste Jonas Gahr Støre, en poste depuis octobre 2021, a été confirmé pour quatre années supplémentaires, le bloc de gauche rassemblant quatre-vingt-huit sièges contre quatre-vingt-un pour la droite. Le scrutin a toutefois été marqué par une poussée des populistes du Parti du progrès. Depuis le départ des centristes de la coalition en janvier 2025, le gouvernement est composé des seuls travaillistes ; Jens Stoltenberg, de retour de Bruxelles, y occupe le poste stratégique de ministre des Finances, gardien du fameux fonds souverain.
Diplomate de formation, ancien ministre des Affaires étrangères, Jonas Gahr Støre inscrit son action dans un partenariat resserré avec les grandes capitales européennes. Il a été reçu à l'Élysée par Emmanuel Macron le 27 mai 2026, dans le prolongement du partenariat stratégique global signé entre Paris et Oslo en juin 2025, portant sur l'énergie, la défense et les enjeux arctiques. Cette proximité illustre le rôle croissant d'un pays non membre de l'Union mais devenu indispensable à sa sécurité énergétique et à la surveillance d'un Grand Nord où la présence militaire russe se fait plus pressante.
Riche, prudente et attachée à son indépendance, la Norvège avance sur une ligne de crête : concilier la rente pétrolière qui assure sa prospérité et l'ambition climatique dont elle se réclame, l'une des plus avancées au monde en matière de véhicules électriques. Le débat sur la date d'extinction de l'exploration pétrolière en mer du Nord, que Jonas Gahr Støre devra trancher dans les années qui viennent, dira si le royaume est prêt à renoncer à ce qui a fait sa fortune.